samedi 11 novembre 2017

Monument aux morts de la Tourette (Georges Ricaud sculpteur)

Ce jour de commémoration de l’Armistice de 1918 semble le moment idéal pour revenir sur les monuments aux morts marseillais de la Grande Guerre. Il en est un qui se détache du lot, celui de la Tourette, accolé à l’église Saint-Laurent, réalisé en… 2009 ! Il représente un poilu hurlant, enserrant d’un bras protecteur une mère et son enfant, symbole des populations civiles et de la Nation. Cette sculpture de bronze ne se substitue pas à un monument disparu : en effet, seuls trois noms figurent sur la plaque commémorative pour la période 1914-1918, soit trop peu pour ériger alors un cénotaphe dans ce quartier populaire.

Georges Ricaud, Monument aux morts de la Tourette
Esplanade de la Tourette, 2e arrondissement
Ensemble et détail


Ce monument est l’œuvre d’un touche-à-tout : l’Auvergnat Georges Ricaud (né en 1941) est peintre et sculpteur, mais a également été graphiste publicitaire, photographe de mode, chef d’entreprise et restaurateur. Il se forme aux beaux-arts à Roubaix et Tourcoing (son père est Lillois) ainsi qu’à Bruxelles (sa mère est Belge). Il découvre Marseille en 1960 au moment de son service militaire en Algérie. C’est un coup de foudre pour la cité phocéenne : il s’y installe en 1965 et ne la quittera qu’à la fin de l’année 2011, deux ans après l’inauguration de son monument, pour emménager dans le Gers.

mercredi 1 novembre 2017

Genèse de l’érection du Monument à la Paix (Gaston Castel architecte)

In Situ, revue des patrimoines a mis en ligne l’été dernier les actes d’un colloque auquel j’ai participé : Le collectif à l'œuvre. Collaborations entre architectes et plasticiens, XXe-XXIe siècles. Dans ma communication (https://insitu.revues.org/15391), je reviens notamment sur le contexte de l’érection du Monument à la Paix de Gaston Castel (1886-1871) ; quant à l’histoire du monument lui-même, je renvoie à ma notice publiée le 12 mars 2009.

La genèse du Monument à la Paix remonte au 9 octobre 1934, date à laquelle un indépendantiste croate assassine à Marseille le roi Alexandre Ier de Yougoslavie (1888-1934) et le ministre des Affaires étrangères Louis Barthou (1862-1934). Dès le lendemain, l’Association des amis de la Yougoslavie, par la voix de son président Louis Franchet d’Esperey (1856-1942), crée un comité pour l’érection d’un monument[1] afin de perpétuer le souvenir des victimes et la paix entre les deux nations endeuillées[2]. Dans la foulée, un sous-comité se constitue à Marseille sous la férule de Gustave Bourrageas, directeur du quotidien Le Petit Marseillais. Le 13 octobre suivant, la décision d’élever un mémorial dans la cité phocéenne est officialisée[3].

Gréber, Projet de monument 
à Alexandre Ier de Yougoslavie et Louis Barthou
Photo du dessin publié dans Marseille libre le 25 novembre 1934
Archives municipales de Marseille

Aussitôt plusieurs projets voient le jour. Ainsi, le journal Marseille libre reproduit-il celui de l’architecte Gréber – sans doute l’architecte parisien Jacques Gréber (1882-1962) – dans son édition du 25 novembre 1934[4] : un môle-embarcadère scandé de pylônes à la mémoire des défunts, à édifier au niveau du quai des Belges, dans l’axe de la Canebière. Parallèlement, le choix de l’emplacement fait rapidement débat[5]. Doit-il s’élever sur le Vieux-Port, là où le souverain a débarqué ? Doit-il investir la place de la Bourse, à proximité du lieu de l’attentat ? Doit-on préférer la place de la Préfecture puisque le monarque a rendu l’âme sur le canapé du préfet ? D’aucuns – la Ligue des Marseillais notamment – pensent que « ces trois emplacements sont aussi indésirables les uns que les autres »[6] et proposent son érection au cimetière Saint-Pierre.

Gaston Castel, Hôtel de Préfecture – projet de construction de bureaux annexes & monument national au roi Alexandre de Yougoslavie et au ministre Barthou
Archives départementales des Bouches-du-Rhône 86 J 234

Pour sa part, Gaston Castel penche pour les abords du palais préfectoral. En effet, ses fonctions d’architecte des Bouches-du-Rhône l’amènent, en 1935-1936, à réfléchir à la construction de bureaux annexes dans le jardin de la Préfecture, à l’angle du boulevard Paul Peytral et de la rue de Rome. Il s’agit d’accroître la surface d’une administration désormais à l’étroit dans ses locaux. L’occasion se révèle idéale pour transformer le projet en programme double. Il imagine alors le monument, intégré au nouveau bâtiment de service, se composant d’un mur mosaïqué devant lequel brûle la flamme du souvenir tandis que les portraits d’Alexandre Ier et de Louis Barthou ornent deux courtes ailes en saillie. Cette solution n’est finalement pas retenue, la Préfecture renonçant à lotir son jardin. Par ailleurs, l’Association des amis de la Yougoslavie décide d’ouvrir un concours à degrés[7] en mai 1937, aboutissant à l’érection du monument actuel.


[1] Ce sont finalement deux monuments que l’on réalise, l’un à Paris (Maxime Réal del Sarte, Monument à Pierre Ier de Serbie et Alexandre Ier de Yougoslavie, place de Colombie, 1936) et l’autre à Marseille.
[2] L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, le 28 juin 1914, ayant embrasé l’Europe, il s’agit de ne pas répéter les erreurs du passé et de préserver la paix à tous prix… d’où la dénomination de Monument à la Paix.
[3] Archive municipales de Marseille 32 M 29, lettre de l’Association des amis de la Yougoslavie au maire de Marseille Simon Sabiani, 13 octobre 1934
[4] Anonyme, « L’avenir urbanistique de la cité. À propos du monument à élever au Roi Alexandre Ier de Yougoslavie et à Louis Barthou », Marseille libre, 25 novembre 1934.
[5] Pierre Sauze, « À propos du monument au Roi Alexandre. Où doit-il être érigé ? », Massalia, 5 janvier 1935.
[6] Ibid. La Ligue des Marseillais estime que l’emplacement du quai des Belges donnerait une image désastreuse de la ville aux visiteurs officiels, remémorant sans cesse le risque d’attentat ; concernant la place de la Bourse où se dresse alors le Monument à Pierre Puget d’Henri Lombard, elle refuse qu’un souverain étranger soit mieux placé que l’une des rares statues à la gloire d’un Marseillais célèbre ; enfin, jugeant l’alliance franco-yougoslave plus profitable à la Yougoslavie qu’à la France, elle trouve excessif une érection devant la Préfecture.
[7] Une première étape sélectionne trois finalistes et une seconde désigne le lauréat.

jeudi 12 octobre 2017

Le peintre Georges Chauvier de Léon (Émile Aldebert sculpteur)

Samedi 14 octobre, le commissaire-priseur marseillais Damien Leclère vend aux enchères un petit buste en bronze, haut de 37 cm, représentant le peintre Georges Chauvier de Léon (Paris, 1835 – Sanary-sur-Mer, 1907). Cet artiste parisien effectue ses études artistiques à Marseille - il habite au n°39  de la rue Saint-Jacques - sous la férule d’Émile Loubon (1809-1863) et se fait une spécialité des paysages camarguais qu’il expose dans la capitale au Salon des artistes français. Il fréquente également les expositions régionales de Montpellier, Nîmes, Toulon et bien sûr Marseille.

Georges Chauvier de Léon, Paysage en Camargue
Vente Leclère, lot 28

Georges Chauvier de Léon, Les-Saintes-Maries-de-la-Mer
Vente Leclère, lot 33

Le sculpteur Émile Aldebert (Millau, 1827 – Marseille, 1924), autre élève de Loubon, réalise son portrait en 1879. L’activité du modèle est rappelée par la palette et les pinceaux sis sur le piédouche. Le petit format du buste montre qu’il s’agit d’une œuvre intime et non une commande officielle, ce que corrobore la dédicace gravée sur le côté : à mon ami / Chauvier de Léon / E. Aldebert / 1879. L’estimation de ce beau portrait est de 500/700 €.
Émile Aldebert, Georges Chauvier de Léon, bronze, 1879
Vente Leclère, lot 31

mardi 3 octobre 2017

La Mer et l’Océan (Armand Toussaint sculpteur)

Pascal Coste, Palais de la Bourse, façade principale
9 La Canebière, 1er arrondissement

Le 11 août 1857, la Chambre de Commerce de Marseille accepte les sculpteurs proposés par l’architecte Pascal Coste (1787-1879) pour décorer le palais de la Bourse alors en chantier. Le sculpteur parisien Armand Toussaint (1806-1862) obtient la réalisation d’un long bas-relief pour la loggia à colonnade et du couronnement de l’attique moyennant 38 000 francs.
L’artiste, élève de Pierre-Jean David d’Angers (1788-1856), obtient un Second Grand Prix de Rome en 1832. Cela lui ouvre les portes des grands chantiers de la capitale (Notre-Dame de Paris, Palais de Justice, Sainte-Clotilde, Louvre). Parallèlement, il exerce comme professeur de sculpture à l’École des beaux-arts de Paris et, en 1852, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur. C’est donc un artiste très officiel qui reçoit la principale commande décorative de la façade.

Armand Toussaint, La Mer et L’Océan, 1859
Couronnement de l’attique du palais de La Bourse

Pour le couronnement de l’attique, l’iconographie figure La Mer (Méditerranée) et l’Océan encadrant le blason de la ville de Marseille couronné de rameaux de chêne (Force) et d’olivier (Paix). Les deux allégories reprennent la tradition des divinités marines de l’antiquité, armées d’un trident. Toussaint sculpte son modèle dans son atelier parisien. Puis, à partir de mai 1859, ses praticiens descendent à Marseille pour dégrossir la pierre et reproduire la maquette à l’échelle. Le sculpteur, pour sa part, n’arrive que le 5 septembre suivant pour achever la taille ainsi que signer et dater son œuvre en bas à droite. La tâche est terminée le 9 septembre 1859.

lundi 25 septembre 2017

Le général Alfred Fetter (Antoine Sartorio sculpteur)

Les sculptures d’Antoine Sartorio (1885-1988) sont rares sur le marché de l’art. D’abord parce que son œuvre se compose principalement d’art monumental ; ensuite, parce que la famille est parvenue à conserver le fonds d’atelier de l’artiste, à Jouques (Bouches-du-Rhône). Aussi ce fut une surprise pour moi de tomber ce week-end, à la foire aux antiquités de Chatou (Yvelines), sur un buste en marbre – jusqu’alors inconnu – signé par Sartorio.

Antoine Sartorio, Le général Alfred Fetter, marbre, 1919
H. 60 cm – L. 45 cm – P. 25 cm
Ensemble et signature

Le buste représente un général alsacien, Alfred Fetter (1860-1929). Né français, il devient Allemand lorsque la province est conquise en 1871. Il quitte l’Alsace et est réintégré français par décret du 24 décembre 1881. Après des études à Polytechnique, il fait carrière dans l’armée. En 1916, en pleine guerre mondiale, il est élevé au grade de général de brigade.
Antoine Sartorio qui combat au front jusqu’en juillet 1916, date à laquelle il intègre l’unité de camouflage, l’a peut-être croisé à cette époque. Il le portraiture à la sortie du conflit, en 1919, au moment où le traité de Versailles rend l’Alsace et la Lorraine à la France. La mention Strasbourg, sous la signature, évoque sans doute ce fait cher au cœur du militaire.

vendredi 8 septembre 2017

Agrandissement du port de Marseille (Antoine Bovy médailleur)

Dans les années 1830-1840, l’agrandissement du port de Marseille devient un enjeu majeur pour le négoce phocéen. La forte croissance de la fréquentation et du tonnage des navires nécessite davantage d’espace, davantage de profondeur. En 1837, les ingénieurs des Ponts et Chaussées pensent améliorer le port par son approfondissement et son élargissement en gagnant sur la vieille ville : on envisage alors la destruction de 600 maisons entre la Consigne et la place Vivaux pour gagner 4 à 5 hectares. Le coût des expropriations semble ruineux, mais l’État juge nécessaire l’amélioration des infrastructures portuaires de Marseille. De fait, la loi du 9 août 1839 alloue à ce projet 7,2 millions. La Chambre de Commerce y ajoute 800 000 francs mais la manne étatique aiguise ses ambitions : elle demande une nouvelle étude pour un port auxiliaire, destiné au cabotage des vapeurs, de « la plus grande étendue possible »[1]. Cette étude aboutit à la fin de l’année 1842 au projet du port de la Joliette, validé par la loi du 5 août 1844.

Antoine Bovy, Agrandissement du port de Marseille, 1844
Médaille en bronze, collection particulière
Avers et revers

Le sculpteur et médailleur français d’origine suisse Antoine Bovy (1795-1877) réalise une médaille commémorant cette décision. L’avers présente le profil gauche du roi Louis-Philippe coiffé d’une couronne de chêne, symbole de force ; le revers offre une vue maritime de Marseille avec son Vieux-Port et le nouveau port de la Joliette.



[1] Archives de la Chambre de Commerce de Marseille, délibération du 27 août 1839.

mardi 8 août 2017

Monseigneur Louis Robert (Antoine Bontoux sculpteur)

Ce soir, sur Ebay, est vendu un buste d’Antoine Bontoux (1805-1892) représentant Mgr Louis Robert (1819-1900), évêque de Marseille de 1878 à 1900.

Antoine Bontoux, Mgr Louis Robert
Buste en plâtre patiné, 1887

Le 25 août 1887, le clergé marseillais offre à son évêque un buste en bronze à son effigie. Pour cela, il s’adresse au vieil Antoine Bontoux, professeur de sculpture à la retraite. Le prélat porte la calotte et la croix épiscopale ; quant au piédouche, il exhibe son monogramme « LR » et la signature de l’artiste.
Dans le même temps, Antoine Bontoux réalise une ou plusieurs réductions en plâtre patiné terre cuite ou médaille. Ces versions, hautes de 45 cm, sont vraisemblablement destinées au commanditaire ou aux souscripteurs les plus importants. Le buste actuellement en vente est affiché au prix de 250 euros.