lundi 18 juin 2018

En couleurs. La sculpture polychrome en France 1850-1910


Cet été, le musée d’Orsay consacre une belle exposition à la sculpture : En couleurs. La sculpture polychrome en France 1850-1910. Elle a ouvert ses portes la semaine dernière et durera jusqu’au 9 septembre 2018. Deux artistes marseillais y ont les honneurs de l’affiche : le statuaire Henri Lombard (1855-1929) et le marbrier Jules Cantini (1826-1916) avec la statue hiératique d’Hélène de Troie.

Affiche de l’exposition En couleurs

Dans ma notice du 9 juin 2009, j’ai donné historique de cette sculpture ; je n’y reviendrai donc pas. Ceci étant, je suis heureux de la voir restaurée et remontée… ce qui n’était plus le cas depuis la fin de l’exposition Marseille au XIXe siècle.

Henri Lombard et Jules Cantini, Hélène, 1885
Collections du musée des beaux-arts de Marseille

D’autres artistes phocéens figurent dignement dans l’exposition. C’est le cas de Jean Hugues (1849-1930) avec le beau buste de Ravenne. Cette œuvre a effectué ses débuts sous un autre titre : Byzance. Elle figure ainsi à l’Exposition internationale de Monaco en 1898 (n°662) et à l’Exposition coloniale de Marseille en 1906 (n°1024).

Jean Hugues, Ravenne, 1898
Collections du musée des beaux-arts d’Arras
(avec Hélène de Lombard en reflet)

On trouve également La Musique d’André Allar, mais sans son pendant La Peinture. Ce bas-relief en terre cuite partiellement émaillée fut exposé dans les stands du céramiste parisien Jules Loebnitz (1836-1895) à l’Union centrale des arts décoratifs de 1884 et à l’Exposition universelle de 1889.

André Allar, La Musique, 1884
Collections de la cité de la céramique à Sèvres

Pour finir, j’ajouterai La nature se dévoilant à la Science du sculpteur parisien Ernest Barrias (1841-1905), sans doute le chef-d’œuvre de la sculpture polychrome. Cette œuvre est réalisée en collaboration étroite avec Jules Cantini qui appose son nom sur la terrasse au même titre que le statuaire.

Ernest Barrias et Jules Cantini, La Nature se dévoila à la Science, 1899
Collections du musée d’Orsay

Si vous passez par Paris cet été, une visite au musée d’Orsay s’impose !

lundi 4 juin 2018

Jeu d’amour et La Danse (Auguste Guénot sculpteur)


Il y a quelques mois, j’ai parlé d’un décor de l’escalier de l’Opéra de Marseille. Aujourd’hui, je reviens dans ce bâtiment pour évoquer les deux groupes en bronze du foyer. Ces sculptures – Jeu d’amour et La Danse – sont l’œuvre d’Auguste Guénot (Toulouse, 1882 – Versailles, 1966).
Après ses études à l’école des beaux-arts de Toulouse et un séjour parisien, ce fils d’ébéniste codirige une entreprise de staff à Perpignan de 1910 à 1914. La guerre interrompt son activité artisanale ; après le conflit, il se révèle statuaire et obtient la réalisation de nombreux monuments aux morts : Saint-Félix-de-Lauragais, Recouvrance, Nérac… Parallèlement, il effectue ses débuts dans les Salons artistiques du Sud-Ouest, puis de Paris ; il s’y fait remarquer par des sculptures en bois illustrant ses sujets de prédilection : l’enfant et les jeunes filles nubiles.
C’est à ce moment-là que Gaston Castel le sollicite pour décorer le foyer du nouvel Opéra de Marseille. Le littérateur Tristan Klingsor lui consacre alors un article dans L’art et les artistes (octobre 1924, p.122-126) qui fait la part belle à cette première commande civile.

Auguste Guénot, Jeu d’Amour, bronze, 1924
L’art et les artistes, octobre 1924, p.125

Auguste Guénot, La Danse, bronze, 1924
L’art et les artistes, octobre 1924, p.124

« Cette recherche aboutira aux deux magnifiques groupes de bronze exécutés pour le foyer du nouvel Opéra de Marseille et exposés en 1924 au Salon des Tuileries. L’un s’intitule Jeu d’amour, l’autre La Danse. Chacun de ces groupes se compose d’une jeune femme et d’un enfant. Dans le premier, c’est l’enfant qui emprisonne les jambes de la jeune femme de ses bras potelés ; dans le second, c’est celle-ci qui tient l’enfant par les bras. Jamais Guénot n’a mieux montré son goût des formes élégantes et jeunes, des corps un peu graciles, des épaules étroites : le dos de la jeune femme de La Danse est une merveille de rythme délicat et d’harmonie heureuse. Bronzier, le sculpteur se permet de fouiller avec plus d’insistance le détail naturaliste, mais il reste toujours dans sa manière beaucoup d’aisance et de légèreté ; rien n’est lourd, rien n’y est trop appuyé. » (L’art et les artistes, octobre 1924, p.125-126)

lundi 14 mai 2018

Jean Bérengier au Salon de la Société des artistes français

Au cours de la première décennie du XXe siècle, le sculpteur marseillais Jean Bérengier (1881-1938) expose au Salon des Indépendants (1906-1908) et au Salon de la Société des artistes français (1907-1911). Cependant, il y présente deux productions très différentes : s’il envoie au premier des œuvres très variées (peintures, bustes, statuettes polychromes, art décoratif), il destine au second les morceaux purement statuaires (statues). Il ne reste hélas quasiment rien de ces grandes sculptures.

Jean Bérengier, Le pêcheur à la « traficho »

Salon de 1907 – Le pêcheur à la « traficho », statue plâtre (n°2531)
Salon de 1908 – Fatalité, statue plâtre (n°2840)

Jean Bérengier, Sambre-et-Meuse

Salon de 1910 – Sambre-et-Meuse, statue plâtre (n°3289)
Cette œuvre pittoresque représente une cantinière du régiment de Sambre-et-Meuse assise sur son âne et clamant un chant patriotique[1]. Elle obtient une mention honorable au Salon puis, en février 1911, intègre les collections du musée des beaux-arts de Marseille. Aujourd’hui elle ne s’y trouve plus ; sans doute a-t-elle été détruite !

Salon de 1911 – Éclosion, statue plâtre (n°3103)
Cette œuvre, haute de 1,80 m, a été offerte par l’artiste au musée Gassendi de Digne en 1911. Malheureusement, la majorité des plâtres – pour ne pas dire la totalité – ont été détruits par vandalisme ou par négligence à la fin des années 1960.



[1] Le Régiment de Sambre-et-Meuse est un chant patriotique français composé à la suite de la défaite militaire lors de la Guerre franco-prussienne de 1870. Il évoque l’armée de Sambre-et-Meuse formée après la victoire française de Fleurus (1794) sur les Autrichiens dans ce qui deviendra le département belge de Sambre-et-Meuse, réuni à la France de 1795 à 1814. C’est la musique militaire française la plus jouée après La Marseillaise et le Chant du départ ; elle figure chaque année au défilé du 14 juillet.

mardi 1 mai 2018

Le Salon en cartes postales : Berthe Girardet - 2


Salon de 1909 – Le fil de la vie (groupe plâtre, n°3359)

Salon de 1910 – La flèche indécise (statue marbre, n°3608)
Il s’agit du portrait d’Émile Bourcart en Amour.

Salon de 1910 – Le capitaine Ferber (buste plâtre, n°3609)

Salon de 1911 – Heureuse mère (groupe marbre, n°3384)
Il s’agit du portrait de Mme Ph. Bourcart et de ses filles.

Salon de 1913 – Celles qu’on oublie (salaire de misère)
(groupe plâtre patiné, n°3536)

Salon de 1914 – Les petites sirènes (vasque de jardin, plâtre, n°3838)

Salon de 1922 – Les femmes de France (groupe plâtre, n°3331)

dimanche 15 avril 2018

Le Salon en cartes postales : Berthe Girardet - 1

La carte postale, inventée à la fin du XIXe siècle, devient très rapidement un média promotionnel pour les artistes. Nombre d’entre eux font reproduire, entre 1900 et 1920, les œuvres peintes ou sculptées qu’ils exposent au Salon des artistes français. De fait, grâce aux cartes postales, il est possible de mettre un visuel sur une œuvre que l’on ne connaîtrait sinon que par un intitulé. Le sculpteur marseillais le plus assidu dans ce domaine est une femme : Berthe Girardet (1861-1948).

Salon de 1903 – Donnez-nous aujourd’hui
notre pain quotidien (groupe plâtre, n°2803)
La version marbre paraît quant à elle au Salon de 1913 (n°3535)

Salon de 1905 – La Vierge et l’Enfant (groupe marbre, n°3166)
« Et Marie conservait et repassait toutes ces choses dans son cœur. » (Saint Luc, II, verset 19)

Salon de 1906 – La tourmente (groupe pierre, n°3138)
« Avec ta rage aveugle et ton flot bondissant
En as-tu fait assez couler des pleurs de sang ! »
Le modèle plâtre avait été présenté au Salon de 1904 (n°2927)

Salon de 1906 – La mauvaise conseillère (groupe plâtre, n°3139)
« Tout est perdu ! L’enfant travaille et lutte encore ;
Elle est honnête ; mais elle a, quand elle veille,
La Misère, démon qui lui parle à l’oreille. » (Victor Hugo)
La version marbre paraît quant à elle au Salon de 1907 (n°2892)

Salon de 1907 – Le virage (groupe plâtre teinté, n°2893)

Salon de 1908 – La maternelle (groupe plâtre, n°3174)

Salon de 1908 – Le réveil de l’enfant (groupe pierre, n°3175)
Le modèle plâtre avait été présenté au Salon de 1905 (n°3167)

lundi 2 avril 2018

Sainte Marthe (Émilien Cabuchet sculpteur)

En 1875, à l’instar de six autres confrères, le sculpteur Émilien Cabuchet (Bourg-en-Bresse, Ain, 16 août 1819 – Bourg-en-Bresse, 24 février 1902) reçoit commande, moyennant 5000 francs, d’une statue en pierre de Calissane, haute de 2,90 mètres, pour orner la façade de la Major, nouvelle cathédrale de Marseille. Ce spécialiste d’art religieux obtient la réalisation de Sainte Marthe, sise à l’extrême droite de la galerie des saints de la Provence. 
Au printemps 1876, il expose au Salon des artistes français le modèle en plâtre, demi-grandeur, de sa figure (n°3116). Sœur de Marie-Madeleine, Sainte Marthe est représentée portant un bénitier de la main gauche et tenant un goupillon dans sa main droite. À ses pieds se trouve la Tarasque, monstre qui terrorisait les abords du Rhône aux environs de Tarascon ; la jeune femme l’a domptée en l’aspergeant d’eau bénite et l’a enchaînée pour la livrer à la vindicte des villageois.

Émilien Cabuchet, Sainte Marthe, pierre, 1876
Cathédrale de la Major, 2e arrondissement

Sainte Marthe d’après Émilien Cabuchet, gravure
La Provence artistique & pittoresque, 2 juillet 1882

Deux ans plus tard, le sculpteur reprend son motif pour en tirer une réduction en bronze. La statuette, haute de 30 centimètres pour un diamètre de 10 centimètres, est signée et datée derrière la sainte, sous la tarasque E. Cabuchet / 1878. Un exemplaire en bronze doré est alors exposé au Salon des artistes français de 1879 (n°4838) ; accidenté pendant la manifestation, l’artiste reçoit de l’administration des Beaux-Arts une indemnité de 100 francs pour couvrir le préjudice (Archives nationales F/21/4295/B).
Aujourd’hui, deux autres exemplaires sont proposés à la vente sur Ebay, le premier à patine médaille au prix de 899 €, le second à patine argentée et dorée au prix de 800 €.

Émilien Cabuchet, Sainte Marthe
Bronze à patine médaille, 1878

Émilien Cabuchet, Sainte Marthe
Bronze à patine argentée et dorée, 1878

jeudi 22 mars 2018

Yvonne Vézien

Le sculpteur marseillais Élie-Jean Vézien (1890-1982) participe au premier conflit mondial : il est mobilisé dès le 2 août 1914 ; le 21 mars 1916, il est blessé et fait prisonnier à Verdun. Libéré en octobre 1919, il reprend avec fougue ses études à l’École nationale supérieure des beaux-arts, à Paris. Alors que le concours du prix de Rome est limité aux élèves âgés de moins de 30 ans, il bénéficie d’une note indiquant que tous les étudiants ayant été mobilisés auraient droit à une prolongation de 4 années. De fait, à l’été 1921, à tout juste 31 ans, il remporte le 1er grand prix de Rome sur un sujet imposé, Les Fiançailles.

Élie-Jean Vézien, Les Fiançailles, plâtre, 1921
École nationale supérieure des beaux-arts, Paris
Photo ancienne, collection personnelle

Selon le règlement[1], le concours n’est ouvert qu’aux artistes célibataires. Cependant, le sujet est prémonitoire : Vézien, en route pour l’Italie et la Villa Médicis, épouse sa compagne Yvonne, à Marseille le 9 novembre 1921. Le suit-elle à Rome ? Fait-elle des allers-retours réguliers ? Quoi qu’il en soit, Yvonne Vézien est portraiturée à Rome par un peintre français, Maurice Bergès, en 1925. Cette grande huile sur toile (116 x 89 cm) passe lundi prochain, 26 mars, en vente publique à l’hôtel Drouot (étude L’Huillier & Associés, lot 226) ; elle est estimée 1200 / 1300 €.

Maurice Bergès, Yvonne Vézien, 1925
Recto et verso

Dans le même temps sans doute, le sculpteur exécute un buste en marbre de sa jeune épouse. On y reconnait sa chevelure courte et ondulée, coiffée à la garçonne, caractéristique des années folles.

Élie-Jean Vézien, Yvonne Vézien, vers 1925
Non localisée – photo ancienne, collection personnelle

Addenda du 27 mars 2018 : Le portrait d’Yvonne Vézien par Maurice Bergès s’est vendu 1000 euros hier à Drouot.


[1] L’Académie des beaux-arts ne voulait pas entretenir, en plus du lauréat, sa femme et ses enfants ; cependant, le règlement était régulièrement contourné, par une vie en concubinage et une progéniture née hors mariage.