jeudi 1 décembre 2016

Jean-Baptiste Dellepiane

La fondation Regards de Provence est assurément le musée qui offre aux Marseillais la programmation la plus riche et la plus intéressante. Elle le prouve encore avec sa nouvelle exposition qui, du 7 octobre 2016 au 23 avril 2017, met à l’honneur le peintre et affichiste David Dellepiane (Gênes, 1866 – Marseille, 1932).

Affiche de l’exposition Dellepiane – arts et modernité

Je me souviens bien de l’exposition consacrée à ce peintre qui s’était tenue au palais de la Bourse en 1999 ; eh bien, l’exposition de Regards de Provence évite la simple redite. Mieux ! Elle m’a fait découvrir un sculpteur que je ne connaissais pas : Jean-Baptiste Dellepiane (Gênes, 1864 – Marseille, ?), frère de David.
Les deux garçons sont les fils de Vittorio Dellepiane, un ébéniste d’art réalisant de la sculpture sur bois pour orner les navires. Jean-Baptiste suit la voie paternelle et devient sculpteur sur bois dans l’atelier de l’ébéniste de marine Chabrol. Durant l’Entre-deux-guerres, il produit des pièces d’art, mais – à ma connaissance – ne participe à aucune exposition artistique locale ou nationale. Les sculptures exposées appartiennent à la famille de l’artiste.

Jean-Baptiste Dellepiane, David Dellepiane, buste en bois, 1933

Jean-Baptiste Dellepiane, Dolce riposo, statuette en bois, 1921

Jean-Baptiste Dellepiane, Moine en prière, statuette en bois, 1929

vendredi 25 novembre 2016

Dénouement inattendu du monument à Gyptis et Protis

C’est au tribunal que s’est terminée l’histoire du Monument à Gyptis et Protis, ce que révèle La Marseillaise du 23 décembre 1970. Il s’agit en effet de déterminer s’il y a eu tromperie !

La Marseillaise, 23 décembre 1970

Paul Goyet, président du comité dudit monument, prend contact au début des années 1960 avec le sculpteur et peintre Jean-Charles Lallement (Paris, 1914 – Le Grau-du-Roi ?, 1970), surnommé Bacchus. Cet artiste installé au Grau-du-Roi, lauréat en 1942 du Grand  Prix de Rome de gravure en médailles, prétend alors côtoyer les géants de son temps tels Le Corbusier (1887-1965) ou Picasso (1881-1973). Or Goyet souhaite justement qu’il serve d’intermédiaire auprès du peintre catalan.
Lallement et Picasso se rencontrent en 1964, parlent de leurs travaux. Abordant au passage le Monument à Gyptis et Protis, Picasso griffonne une idée sur un bout de papier que Lallement ramène comme un trophée. Il s’autoproclame aussitôt exécuteur de la pensée du maître et le comité croit dès lors avoir engagé les services de Picasso.
Lorsque la maquette réalisée par Lallement est présentée au palais du Pharo comme étant une œuvre de Picasso, le bruit remonte jusqu’aux oreilles de celui-ci qui aussitôt dément. Le comité licencie brutalement le sculpteur parisien qui, immédiatement, riposte par une demande de dommages et intérêts à titre de préjudice.
Au final, aucun monument n’est à ce jour érigé à la gloire des fondateurs mythiques de Marseille !

mercredi 2 novembre 2016

Projet de monument à Gyptis et Protis (Pablo Picasso sculpteur)

Dès l’Entre-deux-guerres, l’idée d’un monument à Gyptis et Protis – les héros mythique de la fondation de Marseille – trottent dans les esprits. Elle se renforce après-guerre, trouvant alors écho dans la reconstruction de la cité phocéenne. Ainsi, le sculpteur Louis Botinelly (1883-1962) travaille-t-il à un tel projet au moment de sa mort. Finalement, le comité commanditaire désigne une célébrité – Pablo Picasso (1881-1873) – pour réaliser le monument. Le 16 novembre 1964, la maquette de Picasso est présentée à la presse dans le palais du Pharo : sur un socle monumental constitué de marbre pentélique s’élèvera un navire hellène, symbole des origines grecques de la ville et de commerce. Le monument doit être implanté à l’emplacement d’un des piliers de l’ancien pont transbordeur, dynamité par les Allemands le 22 août 1944

La Marseillaise, 17 novembre 1964

Il semble toutefois que Picasso se désintéresse très rapidement du projet : son nom n’est déjà plus cité dans l’article de La Marseillaise du 11 juin 1965 et les archives du Musée Picasso de Paris ne conservent aucune trace du projet. Il est probable également que le comité n’ait pas réuni les fonds nécessaires à l’érection dudit monument.

La Marseillaise, 11 juin 1965

En définitive, aucun monument à Gyptis et Protis n’est érigé à Marseille qui perd ici l’occasion de posséder une œuvre monumentale de Picasso.

lundi 24 octobre 2016

Dégradation de la fontaine Espérandieu

Le journaliste David Coquille m’interpelle sur la dégradation de la Fontaine Espérandieu qui surplombe la place Carli. Cette fontaine décore l’un des bâtiments majeurs de la ville, le palais des arts, dernière œuvre de l’architecte Henry Espérandieu (1829-1974). Pour l’historique de la fontaine, je renvoie à ma notice du 22 novembre 2009.

Lucien Chauvet & Jules Cavelier, Fontaine Espérandieu, 1868
Boulodrome du Palais des Arts, place Carli, 1er arrondissement

David Coquille désespère de son impuissance face à cette lente dégradation. Peut-être serait-il temps que les Marseillais amoureux de leur ville fassent remonter à leurs élus leur mécontentement de voir un magnifique bâtiment du centre-ville – à deux pas du commissariat central ! – si maltraité.

mardi 11 octobre 2016

Saint Yves et Saint Antoine de Padoue (Louis Castex sculpteur)

L’église Saint-Charles intra-muros est certainement l’une de mes églises marseillaise préférée pour ses proportions intimistes et son décor. On y trouve notamment deux statues en pierre dues au ciseau du sculpteur Louis Castex (1868-1954) : Saint Yves et Saint Antoine de Padoue.
Originaire de Saumur, dans le Maine-et-Loire, il est l’élève de Jules Cavelier, Ernest Barrias et Henry Maurette. Il fréquente le Salon des artistes français dès 1897 ; il y glane une médaille 3e classe et une bourse de voyage en 1898 pour son bas-relief Vision de la Vierge (n°3260), puis une médaille de 2e classe en 1910 pour un autre bas-relief (Chanteuses, n°3397). Par ailleurs, il obtient une médaille de bronze à l’Exposition universelle de 1900. Il réalise de nombreuses œuvres d’inspiration religieuse, décorant des lieux de culte prestigieux : Notre-Dame de Paris, la basilique de Fourvière, l’église Sainte-Thérèse de Lisieux…

Louis Castex, Saint Yves, statue en pierre
Église Saint-Charles intra-muros
Angle de la rue Breteuil et de la rue Grignan, 1er arrondissement

Les statues de Castex qui se trouvent dans cette église sont l’œuvre d’un don de l’avocat Auguste Rampal. La première est celle de Saint Yves, patron des avocats, prêtant serment. Il s’agit probablement de la statue exposée au Salon des artistes français de 1914 (n°3592). Un petit bas-relief cintré, en bronze doré, figurant le Jugement de saint Yves, est enchâssé dans le piédestal de la sculpture et complète l’iconographie.

Louis Castex, Jugement de Saint Yves, bas-relief en bronze doré
Église Saint-Charles intra-muros
Angle de la rue Breteuil et de la rue Grignan, 1er arrondissement

La seconde sculpture de Louis Castex représente Saint Antoine de Padoue vêtu de la bure franciscaine ; il tient l’Évangile de la main gauche et porte l’Enfant Jésus de son bras droit. Il est, entre autres, le patron des marins et des naufragés – très utile dans un grand port ! – mais aussi celui des prisonniers.

Louis Castex, Saint Antoine de Padoue, groupe en pierre
Église Saint-Charles intra-muros
Angle de la rue Breteuil et de la rue Grignan, 1er arrondissement

Les deux sculptures de Louis Castex figurent donc, dans une église située derrière le palais de justice, les protecteurs des avocats et de leurs clients. 

mardi 27 septembre 2016

Saint Jules (Alexis Pigalio sculpteur)

L’espace Villeneuve Bargemon présente actuellement – et ce jusqu’au 27 novembre – une intéressante exposition – gratuite ! – pour qui s’intéresse au patrimoine de la ville : Marseille en maquettes. On y trouve essentiellement de l’architecture. Mais quelques rares sculptures sont présentées, dont une qui m’était inconnue.

Alexis Pigalio, Saint Jules, modèle plâtre, vers 1895
Presbytère de Saint-Barnabé, 12e arrondissement

Il s’agit de la maquette – ou du modèle – d’une des trois statues qui ornent la façade de l’église Saint-Barnabé. Cette œuvre est sans doute l’une de celles que le sculpteur Alexis Pigalio (1860-1895) a exposée au Salon de l’Association des artistes marseillais de 1895 (n°311). Je suis heureux d’apprendre qu’elle est conservée au presbytère de Saint-Barnabé ; est-ce le cas des deux autres figures, Saint Pierre et Saint Barnabé ? Pour le reste, je renvoie à mes notices des 6 et 9 août 2010.

Alexis Pigalio, Saint Jules, statue pierre, 1895
Église de Saint-Barnabé, 12e arrondissement

vendredi 9 septembre 2016

Marius Cantini

La dernière fois, j’ai évoqué Jules Cantini (1826-1916). Aujourd’hui, je rends hommage à son neveu Marius Cantini (Marseille, 6 juin 1850 – Marseille, 30 septembre 1913). Il est le fils posthume du sculpteur et marbrier Pierre Cantini (1808-1850). Il effectue des études artistiques à l’école des beaux-arts de Marseille entre 1869 et 1873, interrompues un temps par la guerre franco-prussienne : il est engagé pour la campagne militaire avant d’être exempté par tirage au sort. Après ses études, il intègre la marbrerie fondée par son père et dirigée par son oncle dont il devient le bras droit. Il dirige notamment l’exploitation de carrières antiques de marbre rouge et de marbre jaune à Aïn Smara, en Algérie. Par ailleurs, il occupe la présidence de la chambre syndicale du bâtiment des Bouches-du-Rhône depuis 1885 et celle du syndicat général des industries du bâtiment à partir de 1906. En outre, il succède à son oncle à la tête de l’entreprise cette même année 1906. À ce titre, il remporte un grand prix lors de l’exposition franco-britannique de Londres, en 1908. Enfin, il est fait chevalier de la Légion d’honneur par décret du 15 juillet 1910.
Malgré ses activités industrielles, il poursuit une modeste activité de sculpteur. Deux tombes voisines au cimetière Saint-Pierre donnent la mesure de son talent.

Marius Cantini, Urne funéraire de Paul Verlaque, s.d.
Ensemble et signature (M. Cantini inv[enteur] sc[ulpteur])
Tombe Verlaque, cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Marius Cantini, Jeanne, Thérèse, Joseph & Marie Roure, s.d.
Ensemble, détail et signature
Tombe Marius-César Roure, cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement