lundi 25 février 2008

Jean Hugues

Jean Hugues est le premier sculpteur marseillais que j’ai étudié. Je lui ai consacré ma maîtrise (1993), mon DEA (1994) et un livre (Jean-Baptiste Hugues, un sculpteur sous la IIIe République. Catalogue raisonné, éditions Thélès, Paris, 2002). Par ce biais, j’ai bien connu son dernier descendant, le décorateur Jean-Baptiste Hugues (1931-2007), petit-fils du sculpteur et fils du peintre Paul Hugues (1891-1972). Pour la vente de la succession Hugues à l’hôtel Drouot le 31 octobre 2007, le commissaire-priseur Thierry de Maigret m’a alors demandé une notice biographique de Jean Hugues… que voici :

Paul Hugues, Jean Hugues, pierre noire, gouache et aquarelle, 1923, collection particulière

Jean-Baptiste Hugues, dit Jean Hugues (1849-1930), est l’élève d’Antoine Bontoux (1805-1892) à Marseille, sa ville natale, puis d’Augustin Dumont (1801-1884) et de Jean-Marie Bonassieux (1810-1892) à Paris. Lauréat d’un second prix au concours de Rome en 1872 et 1873, il emporte enfin le Grand Prix de sculpture en 1875 (Homère, accompagné de son jeune guide, chante ses poèmes dans les villes de la Grèce – École des Beaux-Arts de Paris). Ses envois d’Italie coïncident alors avec ses premiers succès au Salon : Le Baptême du Christ (médaille de 3e classe, 1878), Jeune femme jouant avec son enfant (médaille de 2e classe, 1881 – Roubaix). De retour en France, il triomphe au Salon de 1882 avec Œdipe à Colone (médaille de 1ère classe – Grenoble) ainsi qu’aux Expositions universelles de 1889 et 1900 (médaille d’or). Les honneurs suivent de près ses succès : il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1889, puis officier en 1903. Par ailleurs, il est nommé professeur de modelage à l’École des Beaux-Arts de Paris en 1897 et membre du Conseil supérieur de l’enseignement en 1905.
Sculpteur monumental, il participe au décor de nombreux bâtiments : basilique Saint-Martin de Tours (Saint Martin), Bibliothèque nationale (La Gravure), hôtels de ville de Paris (L’Asie) et d’Ivry-sur-Seine (La Terre cuite et L’Électricité), extension du casino de Monte-Carlo (quatre paires d’Amours), gares de Tours (Nantes et Limoges) et d’Orsay (Bordeaux), Petit Palais (dix bas-reliefs), manufacture des Gobelins (quatre médaillons)… Dans les expositions, il alterne les sculptures de grand format, régulièrement acquises par l’État ou diverses municipalités (Un Potier – Choisy-le Roi ; Fontaine des Danaïdes – Marseille ; L’Homme et sa misère – jardin des Tuileries…) ainsi qu’une production plus expérimentale d’art décoratif (Nymphe, porte-fleurs en étain – Belfort) et d’œuvres polychromes (Ravenne, marbre peint et bronze – Arras ; Le Triomphe d’Amphitrite, marbre rouge et bronze). Mais, dans ce dernier domaine, sa pièce maîtresse reste assurément La Muse de la Source (marbres polychromes et bronze – musée d’Orsay).
À sa mort, son œuvre éclectique mais peu abondante – Jean Hugues a toujours privilégié les pièces uniques ou les éditions à petit tirage, en bronze (Siot-Decauville) comme en céramique (Théodore Deck) – échappe pour une bonne part au rejet de la sculpture académique du XIXe siècle. Sa veuve, ses enfants Paul et Marie, ses petits-fils Marcel et Jean-Baptiste multiplient dès lors les donations dans des musées : Arras, Belfort, Le Mans et le Louvre en 1931 ; le Louvre en 1945, le Petit Palais et Orsay en 1979, Orsay en 2000. Enfin, depuis le 13 avril 1931, une impasse proche de son atelier parisien (160, rue de Longchamp) porte le nom de rue Jean Hugues.

Aucun commentaire: