dimanche 24 février 2008

La Fontaine des Danaïdes (Jean Hugues sculpteur)

Pour le n°220 de la revue Marseille (mars 2008), j’ai rédigé – en plus de celle consacrée à la Fontaine Estrangin – une courte notice sur la Fontaine des Danaïdes du sculpteur Jean Hugues.

Jean Hugues, Fontaine des Danaïdes, vers 1910

Au Salon des artistes français de 1903, Jean Hugues (1849-1930) expose un groupe en plâtre intitulé Les Danaïdes, ensemble décoratif formant fontaine (n°2862). L’iconographie mythologique illustre, de façon synthétique, le destin des cinquante filles du roi Danaos condamnées à remplir un tonneau sans fond pour expier le meurtre de leurs époux au cours de leur nuit de noce. La présentation du plâtre constitue le premier pas en vue d’une commande ferme. De fait, le sculpteur en sollicite l’achat auprès de l’État, moyennant 40 000 francs-or. Le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts accepte l’acquisition à la condition qu’une commune fasse compte à demi avec l’État. Hugues propose donc son œuvre à sa ville natale qui, sensible au partenariat financier, répond favorablement le 5 novembre 1904.
Le Conseil municipal prévoit d’élever le groupe des Danaïdes sur la place du Chapitre, jusqu’alors simplement animée d’un jet d’eau au centre d’un bassin fleuri. Par cet emplacement prestigieux, il montre sa capacité à agrémenter – enfin ! – l’espace public.1 Néanmoins, lorsqu’en avril 1907 le statuaire annonce l’achèvement de la fontaine, aucune disposition n’a encore été prise pour aménager le site ; les travaux ne débutent pas avant la fin septembre. Finalement, à la mi-décembre, tout semble prêt pour une inauguration solennelle. Toutefois, le financement conjoint du monument rend obligatoire la présence d’un membre du gouvernement à la cérémonie. Or, les élus marseillais s’avèrent incapables de réunir les officiels requis. Le 19 septembre 1913, le maire Amable Chanot écrit une nouvelle fois au malheureux artiste : « Le séjour de M. Poincaré à Marseille sera de trop courte durée pour qu’on puisse espéré qu’il y soit ajouté l’inauguration de la fontaine des Danaïdes. »2 Ainsi, le seul monument public érigé par la Ville à cette époque-là est-il également le seul à n’avoir jamais connu de consécration.

1 Depuis la chute du Second Empire, la Ville est trop endettée pour mener à bien l’érection de nombreux monuments publics, abandonnant ce soin aux comités privés et aux particuliers. À la même époque, les autres fontaines – Estrangin (1890), Amphitrite (1906) et Cantini (1911) – font ainsi l’objet d’un don.
2 Archives municipales de Marseille 4D132, p.216

Marseille sous la neige (14 janvier 1914), Les Danaïdes
Carte postale… comme allégorie de sa non-consécration.

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