samedi 23 février 2008

L'Agriculture entre le Commerce et l'Industrie (Henri Lombard sculpteur)

Aujourd’hui, j’aimerais vous présenter le dessus-de-porte de l’immeuble Moricelly aîné (3, rue Colbert, 1er arrondissement). J’avais étudié cet ensemble dans le cadre d’une exposition photographique – Figures en façades, le décor sculpté privé à Marseille – qui se tint à la préfecture des Bouches-du-Rhône en septembre 2005, pour les Journées du Patrimoine.

Le percement de la rue Colbert, en 1886-1887, est l’une des rares réalisations urbaines de la fin du XIXe siècle à Marseille. Il s’agit alors de désenclaver le quartier de la Blanquerie, situé derrière le palais de la Bourse. Le lotissement de cette artère nouvelle échoit en grande partie à l’architecte Frédéric Lombard (1850-1906) : n°1, 3, 5, 12 et 20.
La parcelle du n°3 appartient alors à J. Moricelly, dit Moricelly aîné. Cet héritier d’une dynastie de boulangers marseillais s’est enrichi en contrôlant, en amont, la production de la farine : il s’avère en effet négociant en grains et minotier. Il arbore par ailleurs les insignes d’officier de la Légion d’honneur, entre autres décorations. Pour célébrer sa réussite professionnelle et son ascension sociale, mais aussi pour distinguer l’entrée principale de son immeuble des accès secondaires menant aux appartements locatifs, il commande en 1892-1893 une porte monumentale couronnée d’un imposant décor sculpté. À cet effet, l’architecte s’adresse à son frère, Henri Lombard (1855-1929), grand prix de Rome de sculpture en 1883.
Le statuaire conçoit pour cet exceptionnel dessus-de-porte un programme évoquant les différentes activités du commanditaire. Au centre, l’allégorie de l’Agriculture repose sur des gerbes de blé, sa faucille à la main ; de part et d’autre deux jeune génies symbolisent l’un l’Industrie avec sa meule, l’autre le Commerce avec son caducée. Au demeurant, ce dernier s’appuie sur un cartouche de cuirs enroulés arborant le monogramme du commanditaire : un M cernés d’épis. Enfin, à ses pieds, l’artiste appose sa signature sur une banderole.


L’iconographie se poursuit à l’intérieur avec le plafond de la salle à manger par Henry Pinta (1856-1944), grand prix de Rome de peinture en 1884, représentant Cérès, déesse romaine des moissons1. Hélas ! Moricelly aîné ne profite guère de ce décor : il décède deux ans plus tard.

1 Ce décor exposé à Paris, au Salon de la Société des artistes français de 1894, est aujourd’hui dissimulé sous un faux-plafond.

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