jeudi 28 février 2008

Le Monument aux morts de Tombouctou (Adolphe Royan sculpteur)

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous soumettre sous la forme de feuilleton un article que j’ai écrit pour le Bulletin de l’Essor (n°14, décembre 2006) : « Histoire rocambolesque d’une commande : le Monument aux Héros et Victimes de la mer (1913-1923) ». Voici le premier chapitre :

Adolphe Royan, Monument aux mort de Tombouctou, 1897, cimetière Saint-Pierre

Durant la dernière décennie du XIXe siècle, la France poursuit la célébration de ses grands hommes, gloires illustres et célébrités obscures, par une statuomanie effrénée. Marseille n’échappe pas à la règle : avec des fortunes diverses, le promoteur André Chave (buste marbre, 1890), le chansonnier Victor Gélu (haut-relief bronze, 1891), l’oculiste Jacques Daviel (buste bronze, 1891), le poète Alphonse de Lamartine (buste bronze, 1891), l’abbé Louis Dassy (groupe marbre, 1892) et le sculpteur Pierre Puget (groupe marbre, 1896-1906) investissent l’espace urbain.
À côté de ces honorables personnages, les anonymes reçoivent à leur tour l’hommage de leurs concitoyens. Il en va ainsi des morts de la Colonne Bonnier. L’épisode renvoie à un événement tragique de la colonisation en Afrique : le 10 janvier 1894, le lieutenant-colonel Eugène Bonnier et ses hommes conquièrent de la légendaire cité de Tombouctou. Pas pour longtemps cependant ! Cinq jours plus tard, les Touaregs tendent une embuscade et défont les troupes françaises au terme d’une bataille homérique. Les dépouilles des malheureux conquérants, retrouvées le 12 février suivant par le commandant Joffre, sont rapatriées à Marseille où le valeureux officier avait fait ses études et ensevelies au cimetière Saint-Pierre. Sur la terre qui leur est consacrée, un comité entreprend l’érection d’un monument commémoratif. En mai 1897, à l’issue d’un concours, le projet est confié à l’architecte Auguste Lombard, ancien camarade de classe du défunt lieutenant-colonel, et au sculpteur Adolphe Royan.[1] L’iconographie primée par le jury représente La France armée – ou plutôt Gallia, une Gaule éternelle autant que mythique, au vu de son casque ailé – se recueillant devant un obélisque dédié aux glorieux combattants. L’œuvre est inaugurée au début de l’année 1898.
[à suivre]

[1] Palliès (Antonin), « Pour les morts de Tombouctou », Le Petit Marseillais, 11 mai 1897.

Aucun commentaire: