samedi 15 mars 2008

Fronton de la Caisse d’Épargne (Henri Lombard sculpteur)

Je reviens vous parler de l’hôtel central de la Caisse d’Épargne des Bouches-du-Rhône sur lequel j’ai écrit un livre en 2004 avec Laurence Américi : Bâtir un palais pour l’épargne. Aujourd’hui, je m’intéresse au fronton et vous présente des documents originaux provenant de ma collection personnelle.

Henri Lombard, Agriculture et Industrie, photographie, 1903
collection personnelle

Le 30 décembre 1902, Henri Lombard (1855-1929) propose une esquisse dessinée pour le couronnement du nouvel hôtel de la Caisse d’Épargne. Il groupe deux figures : « le travail urbain et celui des champs, se composant avec l’écusson et les lignes architecturales du fronton. Des attributs de travaux industriels, d’un côté ; agricoles de l’autre. » L’effet est suffisamment heureux pour que le Conseil des directeurs lui en commande la réalisation, ou du moins une maquette en plâtre.
Le sculpteur présente le 15 avril 1903 son projet de fronton, désormais intitulé Agriculture et Industrie. Le sujet paraît banal, mais l’ensemble est harmonieux, élégant, décoratif. L’Agriculture tient une faucille et une gerbe de blé tandis qu’un putto porte sur son dos une seconde botte d’épis ; une araire et une ruche, symbole du travail, complètent l’iconographie. Pour sa part, l’Industrie s’appuie sur le marteau et l’enclume. Son putto manipule le compas du progrès ; derrière lui se profilent les silhouettes d’un haut-fourneau et d’une locomotive. Un regret cependant : rien n’évoque le commerce maritime de Marseille qui a fait sa richesse. Peut-être qu’une ancre ou un trident associés au blason de la Ville pourraient y remédier…


Henri Lombard, La Provence rurale, crayon noir et encre violette sur papier, 1903
collection personnelle

La pertinence de la remarque concernant l’absence de références à la mer pousse Lombard à remanier l’iconographie de son fronton, pourtant approuvée à l’unanimité par le Conseil des directeurs de la Caisse d’Épargne. Il songe désormais à un thème régionaliste convenant davantage à une institution autonome et décentralisée : La Provence rurale et la Provence maritime.
L’Agriculture aurait pu se métamorphoser telle quelle en Provence rurale. Toutefois, le sculpteur ne juge pas son motif abouti. Il déplore notamment la redondance d’un attribut : la gerbe de blé. Au crayon et à l’encre violette pour indiquer les jeux du modelé, des ombres et de la lumière, il redessine alors son sujet. Le putto change d’orientation ; sa botte d’épis épouse maintenant la courbe du fronton. La ruche et l’araire demeurent inchangées. Quant à l’allégorie féminine, sa pose définitive reste à trouver. Elle tient une guirlande de fleurs, qui bientôt se transformera en corne d’abondance.

Henri Lombard, La Provence maritime, crayon noir et encre brune sur papier, 1903
collection Lombard-Vaïsse

Henri Lombard décide de remplacer l’Industrie par une allégorie plus emblématique d’un grand port méditerranéen, la Provence maritime. L’hélice fait moutonner l’onde. L’enfant déverse les richesses de la mer d’un coquillage. Quant à l’allégorie féminine, elle s’appuie sur une ancre et, derrière elle un filet s’enfonce dans la mer. La signature du sculpteur apposée sous l’hélice laisse supposer qu’il s’agit-là de l’un des deux croquis présentés le 24 juin 1903 devant le Conseil des directeurs de la Caisse d’Épargne, qui approuve pleinement le thème nouveau.


Henri Lombard, La Provence rurale et maritime, fronton, 1904
Caisse d’Épargne, place Estrangin-Pastré, 6e arrondissement

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