dimanche 9 mars 2008

Projets pour un monument à la République

Je commence aujourd’hui un nouveau feuilleton en quatre chapitre : « Histoire de trois monuments marseillais en 1880 », article publié dans le Bulletin de l’Essor (n°11, juillet 2002). Chapitre 1 :

La chute du Second Empire plonge la Cité phocéenne dans une longue dépression, tant politique qu’économique. La répression de la Commune de Marseille, à partir du 4 avril 1871, impose un état de siège jusqu’en 1875. Cela n’empêche cependant pas la République de s’instaurer peu à peu et la Ville de basculer doucement à gauche1. Quant à la conjoncture économique, elle se dégrade rapidement. À la suite de ses somptueux travaux d’urbanisme et d’embellissement, les caisses sont vides et la municipalité surendettée. Le chômage menace et les esprits s’échauffent, atteignant leur paroxysme en juin 1881 dans ce que La Gazette du Midi appelle les « Vêpres Marseillaises »2.
Dans ce contexte difficile, la sculpture revêt un rôle de propagande de premier plan. Les projets de monuments et les discussions autour de statues existantes se multiplient au Conseil municipal. Ainsi, en janvier 1877, le Génie de Chardigny, symbole républicain, reparaît sur la voie publique au sommet de la colonne de la nouvelle bibliothèque tandis que, durant l’été 1878, Monseigneur Belzunce de Ramus quitte son cours éponyme – trop central – pour la Vieille Major. Néanmoins, c’est l’effigie même de la République qui préoccupe essentiellement les édiles dans les années 1877-1879.
Dès janvier 1877, l’érection d’un monument républicain sur la place de la Bourse est évoquée. Quelques mois plus tard, l’idée a évolué tant et si bien que le Conseil municipal rédige le programme d’un concours ouvert aux sculpteurs nés ou résidant à Marseille3. Il s’agit de la réalisation d’une statue de la République, non plus destinée à la place de la Bourse mais à la niche du grand escalier de l’Hôtel de Ville, ainsi que de l’exécution d’un buste, toujours de la République, pour la colonne de la colline Puget. Une somme de 17500 francs est allouée à ces travaux. Peu d’artistes semblent s’être mobilisés pour ce projet. En septembre, le jury convoqué décide que « les douze sujets exposés étaient tous plus ou moins défectueux et, par conséquent, refuse leur admission »4. Seule la maquette de l’architecte Ernest Paugoy5 paraît susceptible d’une rémunération de 500 francs pour sa main d’œuvre. Elle est donc déclarée lauréate sans posséder toutefois une tenue suffisante pour une traduction définitive. De fait, ce concours ne connaît pas de suite. Une ultime tentative, toute aussi vaine, voit le jour le 5 août 1879 : les élus songent encore à une statue de la République pour la Salle des Mariages et pour celle du Conseil.
Malgré tous ses efforts, la municipalité ne parvient pas à concrétiser ses rêves. Or, dans le même temps, trois comités matérialisent dans le bronze ou dans le marbre les effigies de leurs hommes illustres, agrandissant de la sorte le petit panthéon marseillais. Ces comités, subventionnés par la Ville et dépendant d’elle pour l’attribution d’un emplacement, participent dès lors la propagande sculptée communale. Mais, hélas, ils subissent en même temps les aléas de la politique.
[à suivre]

1 En octobre 1879 se tient le Congrès ouvrier et socialiste de Marseille ; aux élections législatives de 1881, Clovis Hugues, élu de la Belle-de-Mai, est le seul député socialiste de France ; enfin, aux municipales de 1881, le radical Jean-Baptiste Brochier enlève la mairie de Marseille à une droite démobilisée et abstentionniste.
2 Un conflit social oppose alors ouvriers transalpins immigrés et main-d’œuvre locale. Cette rivalité franco-italienne se transforme en xénophobie virulente.
3 Archives Municipales de Marseille 1D116 : délibération du Conseil municipal du 7 mai 1877, p.349-352
4 Anonyme « Chronique locale » dans Le Sémaphore de Marseille, 7 septembre 1877
5 Les documents de l’époque égratignent fortement le nom du lauréat. Les Archives Municipales (1D118 - 11 février 1878, pp.411-412) écrivent Pangoy ; Le Sémaphore (7 septembre 1877) parle d’Eugène Pougoy. En fait, il s’agit probablement d’Ernest Paugoy, les autres patronymes n’apparaissant nulle part ailleurs.

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