jeudi 6 mars 2008

Le Zouave Bordarier (Di Ciolo sculpteur)

Suite du dépouillement des notices de l’exposition Tête à tête (Préfecture, Journées du Patrimoine 2007) :


Le Zouave Bordarier, buste en marbre, 1895 ?
angle des rues Goudard et Briffaut, 5e arrondissement

L’architecte Louis Chauvet (XIXe-XXe) édifie en 1895, à l’intersection de la rue Briffaut, l’immeuble n°3 de la rue Goudard. Dès l’origine, un bar occupe le rez-de-chaussée. Sur l’arrondi de l’angle, au-dessus du commerce, une console supporte la base d’un buste en marbre : celui du sous-officier Bordarier, du 3e régiment de zouaves. Les corbeaux du balcon supérieur lui servent de cadre architectural. Cette mise en scène simple semble toutefois contemporaine de la construction. Dès lors, l’on peut supposer que le sieur Peyremorte, propriétaire du bar et unique occupant de l’immeuble en 1896, a souhaité commémorer un camarade d’armée, sans doute lui-même enfant du quartier.
À l’origine, en 1830, les zouaves sont des volontaires arabes – principalement des Kabyles de la confédération de Zouaoua – organisés en bataillons ; par la suite, en février 1852, ils sont regroupés en trois régiments, chacun étant respectivement rattaché à une province (Alger, Oran et Constantine). Très vite cependant, les effectifs se recrutent parmi les Français, les Arabes étant plutôt orientés chez les tirailleurs.
Le buste, vêtu du dolman et coiffé de la chéchia, apparaît de bonne facture, malgré l’érosion du visage due à l’écoulement des eaux de pluie. L’artiste revendique d’ailleurs la paternité de son œuvre en la signant ostensiblement. Néanmoins, Di Ciolo reste inconnu, ne figurant pas au rang des sculpteurs actifs à Marseille ; peut-être s’agit-il alors d’un des nombreux Transalpins – son nom le suggère – travaillant dans une marbrerie locale, celle de Jules Cantini (1826-1916) par exemple, et donc moins cher qu’un statuaire patenté.
Toutefois, la démocratisation des honneurs confine ici à une statuomanie excessive caractéristique de la fin du XIXe siècle : l’anonyme se substitue au grand homme ! En effet, qui peut dire aujourd’hui quels furent les hauts faits de ce zouave l’ayant rendu digne d’un tel hommage ? Dépossédé de son exemplarité didactique, le buste ne possède plus qu’un caractère pittoresque.

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