jeudi 27 mars 2008

Louis Botinelly, sculpteur incontournable dans la Marseille du XXe siècle (1)

Le numéro 220 de la revue Marseille a paru. En plus des notices sur les fontaines Estrangin et des Danaïdes, je donne un long article intitulé « Louis Botinelly, sculpteur incontournable dans la Marseille du XXe siècle ». Il devait paraître dans le numéro précédent sur l’architecture mais a été reporté à ce mois-ci. J’ai décidé de vous le livrer en plusieurs épisodes… Chapitre 1 :

Louis Botinelly, Dresseur d’oursons, groupe bronze, 1913
Présentation au Salon

Louis Botinelly entame une nouvelle vie lorsque débute l’entre-deux-guerres : il renonce d’abord à une carrière parisienne1 et se réinstalle à Marseille ; il divorce ensuite de Jeanne Gaillard et épouse dans la foulée Madeleine Nicolet2, rencontrée à Avignon pendant la guerre. Très rapidement, il entend devenir un acteur incontournable de la scène artistique phocéenne. Aussi, dès décembre 1918, expose-t-il le Dresseur d’oursons – sa pièce maîtresse3 – dans une vitrine de la rue Saint-Ferréol au milieu d’œuvres de circonstance comme Le Chant de la Victoire ou les bustes du Maréchal Foch et de Georges Clemenceau. De même, il n’hésite pas à offrir plusieurs terres cuites et dessins au maire Eugène Pierre pour une tombola organisée par la Croix-Rouge au profit des poilus. Il participe au printemps 1919 à la renaissance des expositions de l’Association des artistes marseillais dont il devient membre en 1920 ; dix ans plus tard, il prend la vice-présidence de l’Union des artistes de Provence, successeur de l’association susnommée. Il se rapproche par ailleurs de Marius Dubois, fondateur du musée du Vieux-Marseille. C’est certainement par son intermédiaire qu’il publie un premier article, en 1922, dans la revue Pro Arte, Lettres et Arts : Dubois est membre du comité marseillais de cette publication nationale initiée par l’écrivain Henri de Régnier. À la suite de quoi, quelques mois plus tard, il préside avec le sculpteur Eugène Gosselin la commission de sculpture de l’Association professionnelle des Arts et Lettres de Provence.
Parallèlement, il assoit sa renommée sur l’érection des monuments aux morts. L’heure est en effet au recueillement. Partout en France, des comités se créent pour glorifier les héros de la Patrie tombés au champ d’honneur. Une aubaine pour tous les statuaires ! Botinelly use de ses origines pour s’imposer dans les Basses-Alpes. En tant qu’enfant et rare sculpteur du pays ayant une aura nationale, il ne rencontre guère de rivalité. Il réalise donc logiquement les monuments de Digne-les-Bains, de Sisteron et de Riez, respectivement sa ville natale ainsi que celles de son père et de sa première femme. Mais il s’impose également, souvent sur concours, dans les départements limitrophes du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône.
[à suivre]


Louis Botinelly, Monument aux enfants de Saint-Henri morts pour la Patrie, groupe en pierre, 1921
Cimetière de Saint-Henri, Marseille

1 Botinelly s’installe à Paris en 1906, au moment où il intègre l’École nationale supérieure des Beaux-Arts ; il y demeure jusqu’à sa mobilisation en août 1914 (7e régiment du génie basé à Avignon).
2 Botinelly épouse Jeanne Gaillard (1885-1962) à Riez le 14 octobre 1908 ; leur divorce est prononcé le 27 mai 1921. Il se remarie à Marseille avec Madeleine Nicolet (1896-1978) le 21 décembre 1921.
3 Le Dresseur d’oursons figure au Salon des artistes français de 1911 (plâtre, n°3139) et de 1913 (bronze, n°3217). Le bronze y obtient d’ailleurs un encouragement spécial de l’État et le prix Desprez de l’Institut ; la Ville de Marseille l’acquiert le 23 août 1927, moyennant 25 000 francs.

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