samedi 29 mars 2008

Louis Botinelly, sculpteur incontournable dans la Marseille du XXe siècle (3)

« Louis Botinelly, sculpteur incontournable dans la Marseille du XXe siècle »… Chapitre 3 :

La Ville connaît, durant cette période, une nouvelle ère faste pour la sculpture monumentale. Alors que certains théoriciens de l’architecture contemporaine tendent à l’épure, à l’éradication du pittoresque ou de l’anecdote, les architectes marseillais renouent, eux, avec le bas-relief décoratif. Ainsi, en 1936, Botinelly donne-t-il Le Docker, motif au cadrage serré, quasi photographique et pendant du Conducteur de tracteur de Raymond Servian, pour la façade de la Bourse du Travail d’Eugène Sénès.

Louis Botinelly, Le Docker, bas-relief en pierre, 1936
Bourse du Travail, bd Charles Nédélec, 3e arrondissement

Cependant, le principal promoteur de ce parti pris reste Gaston Castel comme en témoigne l’Opéra (1924), l’annexe du Palais de Justice (1933) ou la prison des Baumettes (1938). Botinelly et Castel se côtoient dès les années 1920 : le sculpteur portraiture notamment les enfants de son ami en 1927. Par contre, ils collaborent ensemble, pour la première fois, en 1930, au Monument à la gloire de Louis Cappazza et Alphonse Fondère. Ces deux héros ont effectué, le 14 novembre 1886, la première traversée en ballon entre Marseille et la Corse. En 1929, un comité se constitue afin qu’un monument commémoratif soit érigé sur la place Saint-Michel, point de départ des aéronautes. Plutôt que d’envahir l’espace dévolu à un marché populaire, Castel imagine un relief architecturé au dos de l’abside de la chapelle du couvent des Sœurs de l’Espérance. Pour sa part, Botinelly représente les visages laurés des aérostiers, autrefois polychromes, sur un fond stylisé de ciel et de mer. À la fois grandiose et discret, cet ensemble est inauguré le 16 novembre 1930. Il s’agit-là des débuts d’une association longue de trente ans.

Louis Botinelly, Monument à la gloire de Louis Cappazza et Alphonse Fondère, bas-relief en pierre, 1930
Angle des rues Curiol et Sibié, 1er arrondissement
L’architecte, néanmoins, n’emploie guère le statuaire pour les façades de ses bâtiments, lui préférant Antoine Sartorio ; il le sollicite davantage pour un décor intérieur et indépendant comme La Loi et la Justice protégeant le Droit (1933) du salon d’honneur du Tribunal de Commerce ou pour des projets commémoratifs comme le Monument à la Paix (1937-1941)1.
Si les bâtiments publics redécouvrent la sculpture monumentale, l’architecture privée délaisse, elle, les grands décors figuratifs. Afin de ressusciter ce goût chez sa clientèle, Botinelly donne l’exemple. Lorsqu’en en 1933 naît sa fille Ève, il réaménage son intérieur : il se bâtit un atelier indépendant, jouxtant son habitation, qui achève la perspective de la rue Buffon. Cette siutation privilégiée encourage un traitement décoratif : le linteau dominant la verrière accueille en conséquence un long relief en béton moulé – Le Génie de la Sculpture grecque2 – qui lui sert d’enseigne commerciale. Sa démarche n’obtient pas les répercutions escomptées mais elle témoigne des recherches sculpturales contemporaines sur un matériau moderne peu onéreux que son ami Carlo Sarrabezoles exploite de manière magistrale à l’église Saint-Louis (1935).
[à suivre]
Louis Botinelly, Le Génie de la sculpture grecque, bas-relief en béton moulé, 1933
Rue Buffon, 4e arrondissement

1 Le Monument à la Paix commémore Alexandre 1er de Yougoslavie et Louis Barthou, victimes d’un attentat à Marseille le 9 octobre 1934. Les trois sculpteurs majeurs de la place (Botinelly, Sartorio et Élie-Jean Vézien) collaborent à cette œuvre, inaugurée en pleine guerre le 20 juin 1941.
2 Le Génie tient à bout de bras une réduction de la Victoire de Samothrace, principale référence artistique de Botinelly.

Aucun commentaire: