lundi 10 mars 2008

Monument à Henry Espérandieu (André Allar sculpteur)

« Histoire de trois monuments marseillais en 1880 », chapitre 2 :


André Allar, Henry Espérandieu, 1879, buste en marbre
cour d’honneur, Conservatoire de musique
(ancienne École des Beaux-Arts – Bibliothèque), Marseille

Le 27 novembre 1876, le concours pour l’érection d’un monument à la mémoire d’Henry Espérandieu (1829-1874), ouvert au mois d’août précédent à l’instigation des élèves et des amis du grand architecte, trouve son épilogue dans la désignation du projet vainqueur, celui de Joseph Letz, architecte en chef du Département. Ce dernier consiste en un buste en marbre sis sur une gaine de trois mètres de hauteur où figurent les principales œuvres du défunt : Notre-Dame de la Garde, le Palais Longchamp et l’École des Beaux-Arts – Bibliothèque. La taille du buste est confiée à André Allar, grand prix de Rome, dont le frère, Gaudensi, était l’un des proches collaborateurs du maître.
Le 9 novembre 1879, le comité commanditaire est convoqué pour recevoir le buste, plus grand que nature (1,20m.), tout juste achevé. Voici comment la presse perçoit l’œuvre : « Le personnage est vu jusqu’à mi-corps. Les mains, disposées avec beaucoup d’esprit, tiennent un album et un crayon. La tête est fort ressemblante. Malgré les conditions de style qu’imposent la destination de l’œuvre, le buste d’Espérandieu a un remarquable accès de sincérité. Ce n’est point certainement un portrait intime, mais c’est la forme définitive dans laquelle l’artiste se présente à la postérité. On ne saurait trop louer M. Allar de cette belle œuvre conçue avec élévation et exécutée avec amour. »1. Il semble qu’à la même époque le piédestal dévolu au marbrier Jules Cantini et au sculpteur Ingénu Frétigny soit encore en cours de réalisation.
Le monument commémoratif fait l’unanimité tant par le souvenir encore vivace de l’architecte que par la belle esthétique de la sculpture. Néanmoins, il est l’objet d’une petite polémique quant à son emplacement. Très rapidement, les édiles ont décidé qu’il devait être érigé dans la cour d’honneur de l’École des Beaux-Arts – Bibliothèque, dernier ouvrage d’Henry Espérandieu. Or, quelques voix s’élèvent : « Cette œuvre d’art dont on nous dit le plus grand bien est actuellement non pas exposée mais cachée dans une petite cour intérieure de la Nouvelle Bibliothèque. Qu’attend donc la Ville pour livrer aux regards des Marseillais ce buste destiné à perpétuer le souvenir de cet architecte éminent ? »2. D’aucuns, en effet, auraient préféré une situation plus urbaine ou, du moins, plus publique comme le parvis de Notre-Dame de la Garde ou l’esplanade du Palais Longchamp.
Le monument est finalement inauguré le 22 février 1882, à l’emplacement originellement choisi et en petit comité, la foule n’ayant pu investir ladite cour intérieure. Toutefois, les petites misères encourues par cet édicule paraissent bien risibles comparées aux tourmentes qu’affrontent d’autres œuvres commémoratives. [à suivre]

1 Anonyme, " Chronique locale ", Le Sémaphore de Marseille, 9-10 novembre 1879
2 Adv., " Histoire de trois statues ", Le Petit Marseillais, 1er octobre 1881

Aucun commentaire: