mardi 18 mars 2008

Poséidon et Déméter (Élie-Jean Vézien sculpteur)

Je reprends aujourd’hui le dépouillement de l’exposition Figures en façades (Préfecture des Bouches-du-Rhône, Journées du Patrimoine, septembre 2005) : introduction générale sur la Reconstruction + notice.

En février 1943, à la demande expresse d’Adolf Hitler, le gouvernement de Vichy entreprend la destruction des quartiers de la rive nord du Vieux-Port. Le but affirmé est de décongestionner la vieille ville ; plus officieusement, il s’agit d’éradiquer d’éventuels foyers de résistance. Quelques vingt mille personnes sont alors évacuées en catastrophe.
Profondément blessés par cet épisode, les Marseillais entament des travaux de rénovation dès la guerre achevée avec l’appui de ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme qui pré-finance et supervise les divers projets sous la haute autorité d’un architecte en chef nommé en 1951 : Auguste Perret. Au final, une quinzaine d’îlots est attribuée à différents architectes : Fernand Pouillon, André Devin, René Egger, Gaston Castel, A.-J. Dunoyer de Segonzac, Jean Crozet, Jean Rozan et Eugène Chirié. Cependant, si le port reçoit l’essentiel des attentions, il n’est pas le seul quartier en chantier. Ainsi, en 1947, Le Corbusier érige-t-il son unité d’habitation sur le boulevard Michelet, dans les quartiers sud.
Dans ce contexte privilégiant un habitat de masse, la sculpture monumentale ne trouve guère sa place. Pourtant, elle a ses défenseurs, comme Gaston Castel qui la réintroduit dans l’architecture privée. Néanmoins, si elle investit tout d’abord les espaces qui lui sont traditionnellement dévolus, elle devient rapidement un élément décoratif inattendu. Par ailleurs, d’un point de vue artistique, elle gagne en hiératisme, puisant son inspiration à l’aune de la Grèce antique dans le style sévère et chez Phidias (Ve siècle avant J.-C.). Quant à l’iconographie, plus qu’à toutes autres époques, elle renoue avec ce lointain passé : les dieux de la mythologie – Poséidon, Amphitrite et Déméter – ressuscitent la cité phocéenne des origines, faisant ainsi écho à la renaissance de la ville contemporaine meurtrie par la guerre. Tout cela contribue finalement à la perpétuation du courant néo-grec qui s’était développé durant l’entre-deux-guerres et dont Castel fut l’un des principaux promoteurs à Marseille (Opéra, 1924 ; annexe du Palais de Justice, 1933).













Élie-Jean Vézien, Poséidon et Déméter, dessus-de-porte, vers 1953
Immeuble avec escalier traversant, 28-30 rue de la Loge, 2e arrondissement


Pour cet îlot du Vieux-Port, Gaston Castel (1886-1971) conçoit un vaste bâtiment en U traversé en son milieu par un escalier, lequel relie les rues de la Loge et Caisserie. Il traite le passage couvert comme un arc triomphal, mis d’autant plus en valeur qu’on y accède par plusieurs volées de marches entrecoupées de paliers. Ici, la monumentalité de l’architecture se suffit à elle-même ; le décor sculpté est donc rejeté sur les côtés pour ennoblir les deux principales entrées de l’immeuble.
L’exécution des dessus-de-porte échoit à Élie-Jean Vézien (1890-1982), le sculpteur le plus en vue de la place : grand prix de Rome, professeur puis directeur de l’École municipale des Beaux-Arts et membre de l’Académie de Marseille. Ce choix témoigne de la qualité et du soin apportés à cet édifice. D’ailleurs, l’artiste appose sa signature sur chacun des bas-reliefs.
Quant à l’iconographie, elle se réfère à la mythologie. À gauche, frontal et hiératique, le dieu Poséidon tient d’une main son trident, les pointes plongées dans les flots domptés, et protège de l’autre un dauphin stylisé ; à droite, la fertile déesse Déméter, environnée de blé, de fruits et de fleurs, regarde avec envie une pomme appétissante. Les deux divinités évoquent la mer et la terre qui, de tous temps, font la richesse du territoire marseillais.
Le décor se complète d’ensembles mineurs : un vol de mouettes au sommet de l’immeuble, au-dessus de l’arc, et de modestes reliefs marquant les entrées postérieures, aux 25-27 rue Caisserie. Là, le Pêcheur et la Vendeuse de coquillages y célèbrent les activités des quais voisins.

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