jeudi 13 mars 2008

Victor Hugo (sculpteur inconnu)

Je poursuis le dépouillement de mes notices de l'exposition Tête à tête (Préfecture des Bouches-du-Rhône, journées du patrimoine, septembre 2007) :

Victor Hugo, 1885
4, rue Sainte-Barbe, 1er arrondissement

L’on peut s’étonner de l’apparition de Victor Hugo (1802-1885) sur une façade marseillaise bien qu’il n’ait aucun lien particulier avec la cité phocéenne. La raison est sans doute que la mort du grand homme coïncida avec la construction du quartier Colbert où s’insère le petit immeuble du charron François Giroud. Mais, par-delà l’admiration du personnage, le portrait semble véhiculer une opinion politique.
En effet, le décor modeste, ornant la clé de l’arc de la porte d’entrée, ne rend pas hommage au seul poète : aucun attribut littéraire (plume, livres, etc.) n’accompagne son buste en hermès. Représenté âgé et nommément identifié, l’effigie laurée (symbole de victoire et de gloire) de Victor Hugo se détache sur un cuir enroulé terminé par des feuilles de chêne (symbole de force) ; de part et d’autre, des palmes se déploient sur l’arc de la porte, celles d’un martyr de la République plutôt que des palmes académiques.
Souvenons-nous alors que Victor Hugo, Pair de France sous Louis-Philippe et député en 1848, fuit la France au lendemain du coup d’état du 2 décembre 1851 et entame sa croisade pamphlétaire contre Napoléon III (1808-1873), « Napoléon-le-Petit » (Les Châtiments, 1853). Il ne revient à Paris qu’à la chute du régime, en 1870, auréolé d’une grande gloire qui se mue en une immense émotion à l’annonce de sa mort, le 22 mai 1885. La Chambre et le Sénat votent aussitôt, à la quasi-unanimité, des obsèques nationales : exposé sous l’Arc de Triomphe, son corps est veillé par le peuple, puis accompagné jusqu’au Panthéon au rythme des « Vive Hugo ! » C’est donc un exemple de cette ferveur populaire et républicaine que l’on retrouve sur cette clé de porte. Mais, François Giroud manifeste peut-être aussi son mécontentement contre la Ville qui a rebaptisé l’ancienne rue de l’Impératrice, non pas du patronyme de son héros mais du nom de Colbert.

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