vendredi 4 avril 2008

Constant Roux (1)

Je me suis rendu compte que, dernièrement, j’ai parlé assez durement de Constant Roux (1865-1942). Or c’est un sculpteur pour lequel j’éprouve une affection toute particulière : d’abord parce que je l’ai étudié en thèse, ensuite parce que j’ai pu racheter plusieurs de ses œuvres à la vente de succession de sa nièce Juliette et enfin parce que l’Académie de Marseille m’a décerné le prix Constant et Juliette Roux pour mon livre sur Botinelly l’année dernière. En 2003, j’ai publié dans les Annales Monégasques (n°23, p.161-190) un article que je lui ai consacré : « Constant Roux, un sculpteur à la cour du prince Albert 1er de Monaco ». Je vous en donne un extrait, sa biographie.

Paul Gasq (1860-1944), Constant Roux, médaillon en plâtre, 1938
Collection personnelle

Constant Ambroise Roux naît à Marseille le 20 avril 1865. Ses parents possèdent une droguerie dans le quartier populaire de Notre-Dame-du-Mont (24, place Notre-Dame-du-Mont). Si ces derniers souhaitent que leur fils aîné reprenne leur affaire le moment venu, les aspirations du garçon sont toutes autres : il désire devenir maître artisan. Après quelques tergiversations, il obtient de son père d’être mis en apprentissage chez Achille Blanqui dont la manufacture de meubles est la plus importante de la cité phocéenne. La passion de l’adolescent croît encore ; ses parents l’inscrivent alors à l’École des Beaux-Arts pour l’année scolaire 1879-1880.
Il entre dans la classe de sculpture d’Émile Aldebert. Rapidement, il glane de nombreuses récompenses si bien qu’en 1884, il a tout appris de ses maîtres. Ses ambitions le conduisent désormais à Paris, hélas ! pour l’instant sans l’aide et les subsides de sa ville natale. Il fréquente, dans un premier temps, l’Académie Julian où il a pour professeur Henri Chapu. Celui-ci le recommande à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts : il intègre l’École le 28 février 1888 et l’atelier affilié de Jules Cavelier le 21 mars suivant. Pourtant le moment ne semble guère favorable au jeune homme. En effet, il est appelé à remplir ses obligations militaire dès 1887. Toutefois, grâce à l’influence du directeur de l’École, il obtient quelques libéralités pour poursuivre ses études et, finalement, son service est écourté.
Dès lors, il peut se consacrer pleinement à la sculpture et cela transparaît à travers son palmarès. En outre, en 1890, la Ville de Marseille l’autorise à participer au concours triennal dont le prix est une bourse. Son bas-relief, La belle Chryséis rendue à son père, l’emporte sur celui d’Auguste Carli, son principal rival. La pension municipale lui échoit donc pour quatre années. Désormais, tout paraît propice à Constant Roux pour tenter avec succès le Grand Prix de Rome… Malheureusement, un malencontreux incident lui attire les foudres de Jules Cavelier – il le soulève par inadvertance en l’aidant à remettre son manteau – qui, humilié et rancunier, bloque toutes ses tentatives pour monter en loge.
Le jeune homme s’éloigne sensiblement de l’atelier. Dans ces moments d’incertitudes, il se tourne vers le statuaire arlésien Jean Turcan qui l’honore de son amitié et qui, vraisemblablement, l’emploie comme praticien, voire comme collaborateur, à la réalisation pour Marseille du Monument aux Mobiles des Bouches-du-Rhône. Dans le même temps, et peut-être dans l’atelier de Turcan, Constant Roux modèle une importante statue, intitulée Maudit et reflétant sans doute son état d’âme, qu’il destine au Salon de 1892. L’œuvre y est remarquée et reçoit une mention honorable, un sérieux encouragement qui lui permet de gagner la confiance de l’État. Le 29 juillet 1893, la commande d’un buste en plâtre du Général de Lamoricière lui est passée moyennant 800 francs.
Petit à petit, le sculpteur marseillais approche de son trentième anniversaire. Or Jules Cavelier meurt au début de l’année 1894 et son successeur, Ernest Barrias, ne nourrit pas la même rancune à son encontre. Il s’agit alors de sa dernière occasion de tenter le Prix de Rome1. À l’issue des épreuves éliminatoires, il est nommé 6e logiste. Le sujet du concours est : Achille revêtant l’armure apportée par Thétis, sa mère, au moment où, animé par la colère, il s’apprête à venger Patrocle. Sa statue est remarquable et surpasse de loin les différents morceaux des autres concurrents. Enfin, outre le prix Maubert, décerné tous les cinq ans au meilleurs ouvrage de sculpture, qui lui sera ultérieurement attribué, les portes de la Villa Médicis lui désormais ouvertes.
[à suivre]

Constant Roux, La Colère d’Achille, édition en bronze de son prix de Rome
Académie de Marseille

1 Le concours du Prix de Rome était ouvert à tous les artistes français âgé de moins de trente ans.

Aucun commentaire: