dimanche 6 avril 2008

Constant Roux (2)

Sitôt à Rome, il se met au travail avec beaucoup de zèle. Pour son premier envoi, Maternité, il expédie un groupe au lieu du bas-relief attendu, ce que l’Académie lui reproche dans son rapport. L’an suivant, une statue en marbre – au lieu d’un plâtre – représentant L’Amour au guet témoigne encore de son ardeur et de son empressement à plaire. Présentée au Salon de 1898, l’œuvre est récompensée par une médaille de 3e classe. Enfin, son envoi de dernière année dénote une aspiration élevée et engagée mais, sans doute, également stratégique puisque le but en est l’achat de l’État. Pourquoi naître esclave ? répond parfaitement aux espérances de l’artistes : exposée au Salon de 1900, l’œuvre est acquise par l’État le 12 juin pour 5 000 francs.

Constant Roux, Pourquoi naître esclave ? dessin, vers 1898-1899
Cabinet des arts graphiques, musée du Louvre

Deux événement marquent le retour d’Italie de Constant Roux. Tout d’abord, à Marseille, l’industriel et homme politique Jules Charles-Roux qui avait déjà recommandé à l’État, en vain, l’achat du Maudit, organise une exposition monographique de l’artiste au Cercle artistique au printemps 1899. De fait, son Grand Prix, sa notoriété et son talent lui obtiennent bon nombre de commandes dans la cité phocéenne pour la décennie suivante : la statue de La République pour la Préfecture des Bouches-du-Rhône (1903), le Monument Marion (1903), les tympans et les archivoltes de la Caisse d’Épargne (1904), Massalia grecque pour l’Exposition coloniale (1906), les monuments à Louis Salvator (1907) et à Ernest Delibes (1909)… En second lieu, le jury de l’Exposition universelle de 1900 le récompense d’une médaille de bronze pour sa participation constituée d’un buste en marbre, Achille enfant, et du portrait en bronze de l’architecte Alfred Recoura.
Dès lors, il mène une carrière officielle de premier plan, obtenant des commandes de l’État et recevant des médailles au Salon. Ainsi, le 8 juin 1900, on lui demande pour la buvette de l’Assemblée nationale, au Palais Bourbon, deux panneaux décoratifs (L’Automne et L’Hiver) destiné à être traduits en grès cérame par la manufacture de Sèvres. Présentés au Salon de 1902, ces bas-reliefs de céramique sont salués par une médaille de 2e classe. Cette commande est complétée en 1903 par la réalisation de deux autres panneaux décoratifs en grès cérame figurant L’eau et Le Feu. Quelques années plus tard, l’État commandite successivement au sculpteur marseillais le modèle en plâtre et sa traduction en pierre d’une statue représentant le peintre Nicolas Poussin. Les deux sculptures sont exposées, la première en 1910 et la seconde en 1911 où elle obtient une médaille de 1ère classe.

Constant Roux, L’eau, bas-relief en grès cérame, 1905
Exemplaire n°2 conservé au musée La Piscine, Roubaix

Durant l’entre-deux-guerres, Constant Roux est sollicité pour la réalisation de plusieurs monuments aux morts, dont celui célébrant Le Souvenir des députés morts pour la France qui orne le Salon des Quatre Colonnes du Palais Bourbon. Par ailleurs, malgré un désaveu progressif de l’académisme hérité du XIXe siècle, il connaît encore quelques beaux succès au Salon qu’il fréquente régulièrement, et ce jusqu’en 1940, notamment en 1930 où sa version en marbre de La Colère d’Achille – Son Grand Prix de Rome ! – emporte une médaille d’honneur. L’esthétique de cette œuvre puissante conquiert les édiles parisiens qui l’acquièrent, à compte à demi avec l’État, pour 50 000 francs, le 13 août 1930. L’année suivante, le buste isolé de cette statue, édité en bronze par la maison Susse frères, séduit à son tour la municipalité marseillaise lors de son exhibition ; cette dernière l’achète, moyennant 10 000 francs, le 30 octobre 1931.

François Vizzavona, Constant Roux chez lui devant le marbre de La Colère d’Achille, photographie, vers 1930

Si le sculpteur participe toujours aux expositions parisiennes, il quitte toutefois la capitale en 1924 pour se réinstaller à Marseille. Le 19 février 1925, il est élu membre de l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Marseille au fauteuil n°37, laissé vacant par son ancien maître Émile Aldebert. Il y demeure jusqu’à son propre décès qui survient le 17 novembre 1942.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Votre travail sur les sculptures à Marseille est remarquable. Je ne comprends pas que la ville, la Drac et le patrimoine n'aient pas fait en sorte de publier vos travaux. Qui passionneraient autant touristes qu'érudits. Me répondre par lise.dupas -arobase-numericable.fr