dimanche 13 avril 2008

Gaétan Picon (sculpteur inconnu)

Je reviens aujourd’hui avec une nouvelle notice de l’exposition Tête à tête (Préfecture des Bouches-du-Rhône, journées du patrimoine 2007) :


Sculpteur inconnu, Gaétan Picon, buste en pierre, 1886
Usine Picon (aujourd’hui agence EDF), 9, boulevard National, 1er arrondissement

La famille Picon quitte la région de Gênes où elle était implantée pour Marseille en 1815. Là, le jeune Gaétan Picon (1809-1882) devient apprenti dans une distillerie. Plus tard, engagé en Algérie, il attrape comme tant de ses camarades une « fièvre maligne » ; il invente alors une mixture à base de zestes d’orange, de quinquina et de gentiane macérés dans de l’eau-de-vie présentant des propriétés fébrifuges et désaltérantes. Bientôt, il approvisionne toute l’armée française sur l’ordre du général Valée (1773-1846). Fixé à Philippeville (aujourd’hui Skikda) en 1832, puis à Alger, il améliore sa formule et la commercialise, à partir de 1837, comme apéritif sous le nom d’amer algérien. Le produit, couronné lors de l’Exposition Universelle de Londres en 1862, fait sa fortune. Et finalement, en 1872, il revient s’établir à Marseille tout en multipliant les succursales en France et à l’étranger ; dorénavant, la boisson prend le nom d’amer Picon.
En 1886, la société Picon & Cie, gérée par le fils et les quatre gendres du fondateur, commande à Louis Peyron, spécialiste en architecture industrielle, l’édification d’une nouvelle et vaste usine sur les terrains achetés aux religieuses du Saint Nom de Jésus en bordure du boulevard National. Au centre de la façade principale, plus digne d’une succursale de banque que d’une distillerie, une pseudo-niche formée d’un cuir enroulé tapissé de feuilles d’acanthe est aménagée pour servir de réceptacle au buste en hermès de Gaétan Picon, lequel repose sur une console en volute. Le portrait présente un entrepreneur à l’aspect sévère, sans doute accentué par les salissures et l’érosion de la pierre. Toutefois, au-delà de l’hommage rendu au fondateur de la maison, le buste sert ici d’enseigne et témoigne encore – avec les monogrammes AP pour amer Picon – de l’ancienne fonction des lieux, malgré la cession des bâtiments à EDF et leur transformation en bureaux après la seconde Guerre mondiale.

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