lundi 7 avril 2008

La maison Achille Blanqui

Aujourd’hui, j’ai décidé de faire un petit hors-sujet. Avec Constant Roux, j’ai évoqué l’entreprise d’Achille Blanqui dans laquelle le sculpteur a été apprenti. Or, j’ai publié un article sur cette maison de meuble dans le Bulletin de l’Essor (n°5, mai 1999). Je vous en donne un extrait retraçant la vie de cette manufacture marseillaise qui a su s’entourer de prestigieux collaborateurs comme l’architecte Paul Sédille (1836-1900) et le sculpteur André Allar (1845-1926).

À juste raison, on croit bien souvent que la capitale centralise la majorité des industrie d’art. Il en va ainsi pour l’ébénisterie qui, depuis le XVIIIe siècle a fait du quartier Saint-Germain son principal fief. Pourtant sous le Second Empire, Marseille développe ses fabriques d’où sort une production abondante de meubles en séries (notamment des sièges). Peu à peu, certaines maisons se lancent dans la réalisation d’un mobilier artistique, original ou de style. Quelques-unes obtiennent une réputation méritée ; l’une d’elles – l’entreprise Achille Blanqui – soutient même la comparaison avec les plus grandes manufactures parisiennes.
Achille Blanqui – de son vrai nom Michel-Achille Blanchi, sans doute francisé pour une question de prononciation – est né le 12 septembre 1826 à Monaco où son père, Antoine, occupe le poste de garde-meuble du prince. On ignore, hélas ! le cursus scolaire du jeune homme : s’est-il formé auprès de son père ? A-t-il suivi des cours dans une école des Beaux-Arts ? Dans la petite principauté ?… Quoi qu’il en soit, on le retrouve dans la cité phocéenne le 21 mars 1854 lors de son mariage avec Rose-Anne Jouve. Il est alors tapissier en ameublement ; en outre, l’un de ses témoins, Jules Brunet, également tapissier, est très vraisemblablement son patron. De cette union naît, au moins, un fils (Louis-Albert, 22 novembre 1854).
Quelques années plus tard, en 1857, le Monégasque prend la succession de l’entreprise Brunet fils, installée au 32, rue Grignan. Tout au long des années 1860, il ne cesse d’agrandir ses locaux (1859- 28, rue Grignan ; 1863- 28, rue Grignan et 43, boulevard du Muy ; 1864- 6, boulevard de la Corderie ; 1867- 4, boulevard de la Corderie ; 1871- 8 rue Cherchell [actuelle rue Jules Moulet]). Par ailleurs, il diversifie ses activités : il fournit un ameublement complet comprenant les sculptures, les dorures, la miroiterie, les meubles de genre – spécialiste des meubles massifs –, les bronzes d’art et même les sonneries électriques de la maison Prud’homme de Paris, fournisseur de l’Empereur.
Toutefois, la manufacture prend son véritable essor dans les années 1870 après son installation rue Cherchell. Les ateliers de fabrication de meubles de style sont complétés d’un atelier de dorure sur bois. Le nombre des ouvriers s’accroît : 70 hommes et 10 femmes sont alors employés. Le chiffre d’affaire, à cette époque, avoisine les 400 000 francs, subdivisés de la façon suivante : Marseille 370 000 francs, Paris 10 000 francs, exportation 20 000 francs. Si le marché local reste le principal débouché, il ne faut pas croire la production qui lui est destinée de moindre qualité ou importance. Ainsi, Achille Blanqui obtient-il la commande intégrale des meubles et tentures de la nouvelle Bibliothèque – École des Beaux-Arts (délibération municipale du 10 janvier 1876).
L’industriel montre également ses plus belles pièces dans les nombreuses expositions nationales et internationales qui jalonnent la fin du XIXe siècle. Celles-ci sont régulièrement remarquées et primées. Une médaille d’argent récompense ses envois à l’Exposition universelle de 1878 ; un diplôme d’honneur lui est décerné au concours régional de Marseille en 1879 ; il reçoit une médaille d’or à l’exposition de l’Union centrale des arts décoratifs de 1882 ; il est lauréat de la Société des architectes français en 1888 ; enfin, il obtient une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1889.


Paul Sédille et André Allar, Cabinet Renaissance, médaille d’or de la maison Blanqui à l’Exposition universelle de 1889
Dépôt des musées de Marseille au château Saint-Victor, résidence du gouverneur militaire de Marseille
Mais les goûts changent et, au début du XXe siècle, l’établissement vit sur sa gloire passée : les publicités publiées dans l’Indicateur marseillais, l’annuaire professionnel de la ville, en perpétuent le souvenir. En outre, Achille Blanqui, s’il est encore vivant – on ignore, pour l’instant, la date de son décès – est nonagénaire ; on peut légitimement supposer que son fils Louis-Albert (1854-1924) a pris la relève. En définitive, l’entreprise créée par Achille Blanqui qui conserve le nom de son fondateur durant toute son existence – presque 70 ans – disparaît en 1924-1925.

Addenda du 28 juillet 2013 : Depuis le mois de juin 2013, le Cabinet Renaissance qui illustre cet article est exposé au château Borély, le nouveau Musée de la faïence, des arts décoratifs et de la mode de Marseille.

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