vendredi 23 mai 2008

La Muse de la Source (Jean Hugues sculpteur) - 1

Le 25 juin prochain, le musée d’Orsay organise une soirée privée pour le départ à la retraite d’Anne Pingeot – conservateur en chef des sculptures et mère de Mazarine. À cette occasion, ses collègues lui remettront un ouvrage collectif intitulé La sculpture au XIXe siècle. Mélanges pour Anne Pingeot pour lequel 75 spécialistes de la sculpture ont été sollicités, dont moi. J’ai alors fait l’étude d’une statue conservée à Orsay, mais dont le musée des Beaux-Arts de Marseille possède le plâtre original.
Par conséquent, pour une fois, je ne parlerai pas d’un décor urbain mais d’une œuvre de musée. Chapitre 1 :

Genèse d’une œuvre : la Muse de la Source de Jean Hugues
Le musée d’Orsay conserve dans ses collections l’une des rares statues en marbres et bronze du sculpteur marseillais Jean-Baptiste Hugues, dit Jean Hugues (1849-1930) : la Muse de la Source. Cette séduisante figure, fruit d’une longue gestation, marque fortement la carrière de l’artiste. Elle témoigne ainsi de ses réflexions sur la polychromie en sculpture, mais également de ses recherches sur le cadre environnemental d’une œuvre et sur les arts décoratifs. À ce sujet, le don de dix-neuf carnets à dessins du statuaire en l’an 20001 et deux ventes aux enchères récentes2 apportent des éclairages nouveaux sur la genèse de cette sculpture.

Jean Hugues, La Muse de la Source, marbres polychromes et bronze, 1900
Musée d’Orsay, Paris

Lorsqu’il présente, en 1893, le plâtre de la Muse de la Source au Salon de la Société des artistes français (n°2989), Jean Hugues est un statuaire bien établi : il a obtenu le Grand Prix de Rome en 1875, glané plusieurs médailles au Salon (1878, 1881, 1882) et à la dernière Exposition universelle, été nommé chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur (1889)3. Critiques et littérateurs divers commentent régulièrement ses productions ; cette année-là ne fait pas exception. Sans doute est-ce Louis Brès qui décrit le mieux l’œuvre : « Imaginez un sarcophage antique, parmi les rochers et les feuilles de glaïeuls, servant de conque à quelque filet d’eau. Comme un oiseau vient s’y poser, une jeune fille, nue ainsi qu’il sied aux nymphes, s’est assise sur le rebord de la vasque. Sa pose délicieuse d’abandon fait valoir la juvénilité et la grâce de ses formes, la pureté de son profil. Il y a une trouvaille de poète virgilien menée à bien par une main d’artiste »4.

1 Arrêté n°13 bis du ministre de la Culture et de la Communication du 18 avril 2000 : pour le musée d’Orsay, 19 carnets à dessins par Jean Hugues (1849-1930) offert par M. Jean-Baptiste Hugues [petit-fils du sculpteur, 1931-2007] par l’intermédiaire de la Société des Amis d’Orsay (RF 51939 à RF 51957). Cinq carnets documentent la Muse de la Source : RF 51939, RF 51942, RF 51943, RF 51945 et RF 51956 (l’attribution des côtes ne correspond pas à une chronologie).
2 Ventes aux enchères de mobilier du XIXe siècle, sculptures, objets d’art, céramiques et tapis, Christie’s, Londres, 28 septembre 2006 ; Succession de Jean-Baptiste Hugues, étude Thierry de Maigret, Paris, hôtel Drouot, 31 octobre 2007.
3 Laurent Noet, Jean-Baptiste Hugues, un sculpteur sous la IIIe République. Catalogue raisonné, Paris, éditions Thélès, 2002.
4 Louis Brès, « Chronique parisienne. Le Midi au Salon », dans Le Sémaphore de Marseille, 10 juin 1893.

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