dimanche 25 mai 2008

La Muse de la Source (Jean Hugues sculpteur) - 3

La Muse de la Source, chapitre 3 :

Jean Hugues, La Muse de la Source, marbre, 1894
Photographie du Salon de 1894

Par voie de conséquence, la statue exposée au Salon est incomplète. Néanmoins, elle séduit le public et convainc la commission des acquisitions de l’État. Ce dernier l’acquiert le 21 juillet 1893, moyennant la somme de 2 000 francs, puis la dépose au musée des beaux-arts de Marseille en 1902. Profitant de ce succès, Jean Hugues s’adresse dès l’été 1893 à la fonderie Siot-Decauville afin de réaliser des réductions en bronze et en bronze doré8. D’après les catalogues du bronzier, les statuettes se vendaient respectivement 800 et 1 200 francs, un revenu très conséquent pour le sculpteur. En outre, sans en avoir reçu la commande, il entame la traduction en marbre de la belle déesse, laquelle est exhibée au Salon de 1894 (n°3212). Une fois encore, il espère un achat de l’État. Son espoir n’est pas déçu : l’œuvre est achetée le 10 juillet 1894 pour 5 000 francs. Malgré tout, il perd de l’argent dans cette transaction : « Je me permets toutefois […], écrit-il au directeur des Beaux-Arts, de vous faire remarquer que cette œuvre qui comporte une figure, de grands accessoires et quatre figurines en bas-reliefs, le tout en marbre de première qualité et fourni par moi me coûte d’argent déboursé 6 000 francs. Je vous laisse le soin de juger la perte d’argent et de travail que m’impose le prix auquel vous avez fixé mon œuvre »9. Seul le prestige d’une acquisition publique le fait céder… et peut-être aussi le profit assuré des éditions en bronze.

Jean Hugues, La Muse de la Source, médaille en cire, vers 1894
Collection personnelle


Jean Hugues, La Muse de la Source, plaquette en bronze doré, vers 1894
Collection personnelle

Dans le même temps, il joue les médailleurs : il grave la Muse de la Source dans la cire et en tire une plaquette en bronze doré. Cette plaquette figure vraisemblablement parmi les médailles en bronze et en marbre qu’il expose au Salon de 1895 (n°3609). Par ailleurs, il applique son sujet fétiche sur une petite gourde, également en bronze doré. Cette première incursion dans les arts décoratifs paraît trop aboutie pour ne pas avoir été longuement mûrie. Un petit croquis semble le confirmer (RF 51939 - f°14 recto) : la déesse y est circonscrite dans un médaillon pourvu d’excroissances circulaires qui rappellent fortement la panse et les anses de la gourde. Si le dessin n’est pas daté à l’instar de l’ensemble des esquisses contenues dans les différents calepins, du moins la position du personnage évoque-t-elle indubitablement les recherches menées autour de 1881. Un élément varie néanmoins : le mascaron crachant l’eau de la fontaine connaît un développement plus important qu’à l’accoutumée. Théoriquement dans l’axe du col du récipient, il est alors en adéquation avec sa fonction. La gourde s’est libérée de cette pensée initiale. Cependant, tout comme les premiers dessins relatifs à la Muse de la Source, elle accompagne le motif principal d’un décor végétal, en l’occurrence des branches de mimosa.


Jean Hugues, Gourde avec la Muse de la Source, bronze doré, 1894
Collection personnelle

Or, ce détail ornemental permet d’établir un lien direct avec une production contemporaine d’étains. En effet, Jean Hugues expose dans la section « objet d’art » du Salon de 1894 deux bibelots en étain : un porte-fleurs intitulé Nymphe (n°3793) – aujourd’hui conservé au musée d’art et d’histoire de Belfort – et un plat titré Dans les mimosas (n°3792). Apparemment, le sculpteur tient beaucoup à ce dernier objet puisqu’il le présente à nouveau lors de l’exposition internationale des beaux-arts de Monaco (n°523). À n’en pas douter, comme la petite gourde en bronze doré, le plat s’orne de la naïade assise sur son sarcophage à l’ombre des mimosas. Peut-être même s’agit-il de l’assiette en étain, estampillée du fameux personnage, qui se trouve désormais chez une cousine de Jean-Baptiste Hugues, petit-fils homonyme du sculpteur. À mois qu’il n’y ait eu tout un service…

8 La succession de Jean-Baptiste Hugues proposait une réduction en bronze de la Muse de la Source (n°43), fondue par Gruet. Il semble donc qu’un second fondeur ait édité l’œuvre, sans doute tardivement (entre 1910 et 1930 ?).
9 A.N. F/21/2174 : dossier Hugues, sous-dossier Muse de la Source (marbre), lettre de Hugues au directeur des Beaux-Arts du 24 juin 1894. L’œuvre se trouve aujourd’hui au jardin botanique de Chartres.

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