mercredi 4 juin 2008

L'atelier-musée des frères Carli - 2

L’atelier-musée des frères Carli, chapitre 2 :

Dès lors les rôles des deux frères s’instaurent naturellement : Auguste mènera une carrière de statuaire à Paris tandis que François, dont la formation reste locale, dirigera l’atelier paternel, alternant avec aisance les casquettes de mouleur et d’artiste sculpteur.

Victor Peter, Auguste Carli statuaire, médaille bronze, 70 mm de diamètre, 1911
Vendue sur Ebay le 25 janvier 2008

Très rapidement, François Carli décide d’ouvrir les portes de son atelier au public. Effectivement, dans le modeste local se côtoient les reproductions de chefs-d’œuvre de toutes les époques, donnant un aperçu encyclopédique de la sculpture européenne : statuettes de Tanagra, Victoire de Samothrace, vases étrusques, divers pleurants des tombeaux des ducs de Bourgogne, le Persée de Benvenuto Cellini… Grâce à des patines soignées, les copies apparaissent toutes d’excellente facture « depuis les sphinx verdegrisés [sic] de l’Égypte, jusqu’aux statuettes élégantes de Torwaldsen et de Pradier, présentées sous le luisant exquis de l’ivoirine ».[1] De plus, le sculpteur-mouleur recourt à l’émaillage du plâtre – un procédé aujourd’hui perdu – pour imiter notamment les terres cuites polychromes du quattrocento.
Le poète et littérateur Elzéard Rougier (1857-1926), familier de la maison, rapporte sur ce point une anecdote en juillet 1900 : « François Carli pousse l’art de l’imitation jusqu’au rendu de la plus complète réalité. Un jour, en effet, le directeur du musée du Louvre, qui avait entendu parler des curiosité charmantes de la rue Neuve, à Marseille, voulut voir de ses propres yeux ce qu’on lui avait dit. Il entra dans l’atelier. Sa première parole fut celle-ci : ‘‘Mais on m’a volé le bouclier de Charles IX !’’ Carli se contenta de sourire et offrit le bouclier à l’important visiteur. Celui-ci dut le palper pour reconnaître qu’il était en plâtre et recouvert d’une teinte illusionnante de métal ».[2]
Il est difficile de connaître la façon de procéder de François Carli sans avoir accès aux originaux ; probablement l’anecdote est-elle alors exagérée et sans doute le directeur du Louvre avait-il donné son accord… ce qui expliquerait sa venue dans l’atelier dès les premiers temps d’ouverture au public. Du moins, dans un cas précis est-on certain qu’il travaille directement sur l’œuvre à copier : il reproduit ainsi l’exemplaire en bronze du Ratapoil de Daumier appartenant au musée des Beaux-Arts de Marseille, identifiable à sa numérotation (2) ; un exemplaire de ce moulage appartient aujourd’hui aux collections dudit musée.

François Carli, Ratapoil d’après Honoré Daumier, moulage plâtre
Musée des Beaux-Arts de Marseille

L’article d’Elzéard Rougier, paru dans la Revue de Provence, apporte une notoriété soudaine à l’atelier-musée, terme utilisé par le journaliste. Le lieu devient un espace culturel à la mode. Visiteurs, parmi lesquels se trouvent certainement de nombreux apprentis artistes puisque l’étroite rue Neuve débouche sur l’esplanade de l’école des Beaux-Arts… visiteurs donc et clients semblent s’y presser. En octobre 1909, Sarah Bernhardt qui joue Phèdre et La Dame aux Camélias dans la cité phocéenne effectue à son tour ce pèlerinage ; l’actrice – également sculpteur – acquiert aussitôt un buste de Dante, des Tanagra, des œuvres religieuses, etc. Et François Carli de s’exclamer dans la presse : « Ma parole, elle m’a dévalisé ! Encore un peu et elle emportait tout le magasin ».[3]

[1]. Elzéard Rougier, « Les arts de l’imitation. L’Atelier-Musée de François Carli », Le Petit Marseillais, 16 décembre 1904.
[2]. Elzéard Rougier, « Les sculpteurs de Provence - Les frères Carli », Revue de Provence, n°19, juillet 1900, p. 137-148, cit. p. 139.
[3]. Jean Servien, « Sarah Bernhardt chez Carli », Le Petit Marseillais, 22 octobre 1909.

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