jeudi 5 juin 2008

L'atelier-musée des frères Carli - 3

L’atelier-musée des frères Carli, chapitre 3 :

Très vite, il importe aux frères Carli de signaler l’atelier-musée depuis la rue. L’immeuble qui l’abrite s’avère quelconque ; il s’agit donc de l’ennoblir par une enseigne sculptée. Auguste Carli choisit alors de réemployer un décor que l’État lui a commandé en 1900 pour le Grand Palais de l’Exposition universelle, moyennant 7 000 francs : deux figures d’enfants jouant avec un mascaron grotesque pour les linteaux des portes latérales du porche central.[1] Le motif purement décoratif qui encadre initialement un cartouche rectangulaire s’adapte de façon idéale à cette nouvelle fonction (cf. 26 février 2008).
Afin d’attirer un public toujours plus nombreux, François Carli organise à partir de mai 1902, et ce jusqu’en 1914, des expositions temporaires dans ses locaux au rythme soutenu d’une à deux par an. Catholique convaincu à une époque où l’anticléricalisme devient la règle, il les consacre exclusivement à l’art religieux. On trouve dans ces « expositions de Vierges » – appellation qui leur est dévolue – des reproductions de statues de l’époque gothique (Vierge primitive de Notre-Dame de Paris, Vierge de Nuremberg, etc.) et de chefs d’œuvre de la Renaissance attribués à Ghiberti, Donatello, Michel-Ange, Nino de Fiesole, Luca et Andrea Della Robbia… Si ces deux époques sont privilégiées, les XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles ne sont pour autant pas oubliés.

François Carli, Nativité dans le goût des Della Robbia, bas-relief en plâtre émaillé
Collection particulière

Enfin, au milieu des copies, se trouvent des œuvres contemporaines et originales, dues aux frères Carli : par exemple, en mai 1902, François exhibe une Mater Dolorosa et une Assomption tandis qu’Auguste présente Le Sommeil de la Sainte Famille qui figurera ensuite au Salon des artistes français de 1903 sous le titre : Le Songe de la Vierge (n°2615).
Un troisième homme, Paul Gonzalès (1856-1938), participe à toutes ces manifestations. Fils d’un industriel ayant fait fortune en Tunisie, il se forme tardivement à la sculpture auprès des Carli dont il partage les convictions religieuses. Il présente là, exclusivement sous la forme de bas-reliefs, des œuvres aux titres évocateurs : La Vierge au capuchon, Grande Vierge aux lys (1902), La Vierge à la Tarasque (1903), Notre Dame de Mai (1904)…

Paul Gonzalès, La Vierge à la Tarasque, bas-relief plâtre, 1903
Carte postale
Il est, par ailleurs, intéressant de constater que les frères Carli – tout comme Paul Gonzalès d’ailleurs – ne fréquentent guère les expositions annuelles de l’Association des artistes marseillais qui se tiennent dans la salle des fêtes de l’école municipale des Beaux-Arts. Certes, ils figurent régulièrement dans les Salons voisins – ceux d’Avignon ou de Toulon par exemple – ou aux Artistes français à Paris, mais ils ignorent délibérément celui de Marseille. L’atelier-musée fait office de Salon concurrent, d’autant plus que, bien souvent, les dates des deux manifestations coïncident. Ainsi, le visiteur peut-il se rendre aisément d’un lieu à l’autre, de part leur proximité géographique.
Au demeurant, lorsqu’ils apparaissent aux expositions marseillaises – en 1913 pour Auguste, de 1912 à 1914 pour François, plus quelques dates après la guerre – ils ne présentent que des portraits… peut-être pour ne pas attiser la colère des anticléricaux. Ils agissent de même lors des grandes expositions qu’organisent la cité phocéenne en 1906 (exposition coloniale) et 1908 (exposition internationale d’électricité). Auguste Carli ne s’autorise qu’une exception en 1906 avec l’exhibition d’un fragment de son groupe Le Christ et sainte Véronique.

[1]. A.N. F/12/4386 : Grand Palais des Champs-Élysées – sculpture statuaire, partie antérieure, liasse 18.

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