mardi 15 juillet 2008

Amphitrite (sculpteur inconnu)

Nouvelle notice issue de l’exposition Figures en façades, présentée lors de l’exposition photographique qui eut lieu à la Préfecture des Bouches-du-Rhône pour les Journées du Patrimoine en septembre 2005 :


Phocée renaissante à Amphitrite éternelle confiera son destin, bas-relief, vers 1952-1955
Mur pignon, angle de la rue Caisserie et de l’avenue de Saint-Jean, 2e arrondissement

La rue Caisserie et l’avenue de Saint-Jean se rejoignent en formant un angle aigu et, par conséquent, une parcelle triangulaire. La pointe de ce triangle accueille le mur pignon d’un immeuble dont les façades principales se développent le long des deux artères sécantes. Délaissant une longue tradition de sculpture ornementale qui investit des espaces définis (dessus-de-porte, soutènement des balcons, frontons), le décor fait ici une curieuse incursion – qui plus est décentrée – au cœur de cette paroi quasi aveugle.
Le titre du bas-relief figure en toutes lettres sur la plinthe : Phocée renaissante à Amphitrite éternelle confiera son destin. Une nouvelle fois, le sujet renvoie au mythe fondateur de Marseille. La colonie phocéenne fondée par Protis, héritière d’une prospère cité d’Asie Mineure, se doit d’honorer l’épouse de Poséidon car, les Grecs de l’antiquité étant avant tout un peuple de marins, la déesse de la mer influe fortement sur leur bonne ou mauvaise fortune. Cependant, là encore, le message accepte une lecture plus contemporaine : le renouveau de la ville, meurtrie par la guerre, dépend comme par le passé de son activité portuaire. Un lien immémorial unit Marseille à la Méditerranée : de la mer vient sa richesse.
Toutefois, l’iconographie ne traduit pas la légende littéralement. La sculpture présente un seul personnage féminin, agenouillé sur les flots et brandissant un trident vers l’avant, tandis que derrière un dauphin stylisé bondit dans les vagues. Tous les attributs correspondent à ceux d’Amphitrite ; mais alors qu’en est-il de Phocée renaissante ? Sans doute l’allégorie s’est-elle incarnée dans la divinité, comme pour s’approprier son éternité. Et, déjà semble-t-il, elle s’apprête à se redresser, prête à prospérer de nouveau.

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