jeudi 14 août 2008

La sculpture décorative du second Après-guerre

Je vous livre aujourd'hui l'introduction de la partie "Après-guerre" de l'exposition photographique Tête à tête, portraits de façades marseillaises qui s'est tenue à la préfecture des Bouches-du-Rhône lors des Journées du Patrimoine 2007 :

À Marseille, la destruction des quartiers de la rive nord du Vieux-Port en 1943 et les bombardements alliés l’année suivante imposent, dès la fin du conflit mondial, une politique immobilière de grande ampleur sous l’égide du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU). Les besoins étant immenses, l’immédiat après-guerre innove en créant d’imposants ensembles d’habitations à bon marché. Pour autant, l’esthétique n’est pas négligée et les architectes les plus renommés (Auguste Perret, 1874-1954 ; Le Corbusier, 1887-1965) côtoient les meilleurs bâtisseurs locaux (Gaston Castel, 1886-1971).
Dans ce contexte privilégiant un habitat de masse, la sculpture tend à devenir marginale. Elle investit par exemple quelques immeubles de Castel en bordure de la mairie, célébrant les origines grecques de la ville. Une œuvre – une empreinte plutôt qu’un relief – se démarque cependant et acquiert une notoriété internationale : le Modulor, figure masculine dont le rapport taille/hauteur du nombril équivaut au nombre d’or. Mis au point par Le Corbusier en 1943 et expérimenté pour la première fois à la Cité radieuse, il s’agit d’un système basé sur les proportions du corps humain, déterminant ainsi les dimensions de tout espace destiné à l’homme.

Le Corbusier, Le Modulor, Cité Radieuse, 1952, 8e arrondissement

À propos d’échelle, celle des nouvelles unités d’habitations s’avère sans commune mesure avec les immeubles de la IIIe République. De fait, le petit motif de la tête décorative disparaît : d’une part, son format ne convient pas à la monumentalité de l’architecture ; d’autre part, la présence d’un portrait de propriétaire n’a plus lieu d’être. Une exception confirme la règle : le sculpteur Guis réalise en série des têtes colossales pour le groupe HLM Saint-Charles.
La tête décorative ou commémorative apparaît alors comme une survivance des époques précédentes. Mais bientôt les figures monumentales vont elles aussi s’éclipser définitivement des façades : en effet, à partir des années 1960 débute le rapatriement des Français d’Algérie ; dès lors, les barres d’habitations – à la Madrague et à Montredon pour commencer – s’élèvent dans l’urgence. La sculpture ornementale n’est donc plus à l’ordre du jour.

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