dimanche 1 février 2009

Le Monument à Pierre Puget (Henri Lombard sculpteur) - 1

À partir d’aujourd’hui, je vous livre un extrait d’une conférence que j’ai donnée au colloque « Le monument public de 1870 à nos jour » (Toulouse, janvier 2006). J’ai choisi de vous raconté en deux temps la genèse du monument Puget d’Henri Lombard :

1- Le concours.
Personne, toutefois, n’est plus honoré à Marseille que Pierre Puget ! Le grand homme possède sa colline ainsi que son cours et plusieurs effigies sculptées. Un buste par Étienne Dantoine (1801) domine une fontaine tandis qu’un autre, dû au ciseau Jean-Joseph Foucou (1816), trône au sommet d’une colonne ; un médaillon de Philippe Poitevin (1867) orne la façade du Palais Longchamp. Ces modestes témoignages d’admiration sont complétés par deux statues en pied : malheureusement la première, de Jean-Esprit Marcellin (1864), demeure cachée dans la cour d’honneur de la Préfecture et la seconde, par Marius Ramus (1855), a été exilée au parc Borély pour cause de brocards et de lazzi (on la comparait notamment à un bourreau exhibant la tête d’un supplicié). De fait, aucune de ces représentations ne paraît digne du célèbre artiste baroque. C’est pour y remédier qu’en novembre 1893 Horace Bertin, le président du syndicat de la presse marseillaise, rassemble le microcosme local des arts dans un comité.

Étienne Dantoine, Pierre Puget, buste en marbre, 1801
Angle des rues de Rome et de La Palud, 1er arrondissement

Marius Ramus, Pierre Puget, statue en marbre, 1855
Parc Borély, 8e arrondissement

Le budget prévisionnel affecté à l’opération s’élève à 125000 francs ; une œuvre aussi onéreuse réclame de fait un emplacement prestigieux, à savoir la place de la Bourse. Quant au choix de l’artiste, il fait l’objet d’un concours national en 1896. Un jury s’élabore, comportant quatre sculpteurs, quatre architectes, le directeur de l’École des Beaux-Arts, le conservateur du musée, l’adjoint aux Beaux-Arts, deux délégués du ministère tutélaire et deux membres du comité dont le président. En tout, quinze membres, six Parisiens et neuf Marseillais sous la houlette du statuaire toulousain Antonin Mercié, garantissent le sérieux et la probité de la compétition. Enfin, d’importantes primes, promises aux concurrents classés aux cinq premiers rangs[1], suscitent une large participation. Le 30 novembre 1896, à la clôture de la première phase du concours, trente-huit maquettes d’ensemble à l’échelle d’un dixième rivalisent les unes contre les autres. Après un minutieux examen, le jury en élimine neuf pour dépassement du budget et vingt-quatre autres pour une mauvaise adéquation au volume de l’emplacement arrêté. Il retient cinq sculpteurs sans ordre de classement : Jean-Baptiste Belloc, Paul Ducuing, Jean-Baptiste Hugues, Jean-Antoine Injalbert et Henri Lombard. La seconde épreuve comprend la réalisation d’une figure, en plâtre et au tiers des proportions définitives, que chaque finaliste peut choisir à son gré dans l’ensemble de son projet ainsi que le détail du morceau d’architecture attenant, au dixième d’exécution. Les esquisses sont exposées au grand public, au début du mois d’août 1897, dans la salle des Antiques à l’École des Beaux-Arts. Puis, le 21 août, le jury délibère à bulletin secret : au 9e tour de scrutin, la commande échoit à Henri Lombard.

[1] 4 000 francs, à valoir sur la somme totale de 125 000 francs, sont promis au lauréat. Des indemnités de 3 000, 2 500, 2 000 et 1 500 francs sont respectivement promises aux auteurs des projets classés 2e, 3e, 4e et 5e.

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