lundi 2 février 2009

Le Monument à Pierre Puget (Henri Lombard sculpteur) - 2

2- L’érection
Désormais un délai de deux ans lui est accordé pour sculpter son œuvre dans un matériau noble. Hélas ! il apparaît rapidement que les fonds initialement prévus ne peuvent être réunis. Si la Ville et le Conseil général s’engagent pour 50000 et 20000 francs, les souscriptions ouvertes aux particuliers n’atteignent pas 14000 francs. Dès lors, tous les travaux sont ajournés. Afin de relancer l’intérêt et les dons, le comité dresse une silhouette de la future sculpture sur la place de la Bourse le 12 juin 1899. La presse laisse même entendre que le président de la République pourrait poser la première pierre à l’occasion des fêtes célébrant le 25e centenaire de la fondation de Marseille. En vain ! Alors, Henri Lombard intervient en personne, proposant de réduire le coût de 35000 francs.

Henri Lombard, projet de piédestal, calque, 1896-1905
Collection personnelle

Henri et/ou Frédéric Lombard, fondation pour le piédestal, photomontage, 1900-1906
Archives nationales F/21/4783

En premier lieu, il diminue les frais en confiant la taille du piédestal à des ouvriers spécialisés italiens : alors que la marbrerie marseillaise Derville estime l’ouvrage entre 55 et 60000 francs, la maison Nicoli, installée à Carrare, en demande seulement 38000. Cette économie substantielle est violemment dénoncée par le syndicat des entrepreneurs de monuments funéraires qui agite le spectre du chômage et dénonce l’emploi de travailleurs transalpins bon marché. En effet, au début du XXe siècle, de plus en plus d’artistes envoient directement leurs plâtres dans les carrières toscanes, entraînant une concurrence déloyale avec les entreprises phocéennes. Toutefois le statuaire riposte aussitôt : « Je ne me suis pas adressé il est vrai aux entrepreneurs des monuments funéraires de Marseille, j’avoue n’y avoir pas pensé. Et c’est probablement ce qui a blessé les membres de ce syndicat. Je crois que tout le monde aurait été étonné, sauf eux, si je m’étais adressé à l’un des membres de ce syndicat car j’ai pu m’assurer après l’envoi de leur lettre de protestation de l’importance des ressources artistiques de leurs ateliers. J’affirme qu’il leur aurait été impossible avec leurs seuls moyens de se charger d’un travail de cette importance, n’ayant aucun praticien sculpteur, mais seulement des marbriers et des tailleurs de pierres, en n’étant ni installés ni outillés pour cela. Mais ce qui m’a surpris bien davantage, c’est d’apprendre que la plupart de ces entrepreneurs et marbriers de Marseille emploient presque exclusivement la main d’œuvre italienne. »[2]
Dans un second temps, Lombard sacrifie son salaire, acceptant de voir près de trois années de labeur non rétribuées. Grâce à cette libéralité, la commande est relancée. Au printemps 1905, la partie supérieure du monument – Pierre Puget sculptant le ‘Milon de Crotone’ – figure au Salon (n°3367). Courant 1906, le piédestal et la statue sont érigés sur la place de la Bourse avec le concours de son frère architecte Frédéric Lombard.[3] Enfin, le 16 septembre 1906, soit dix ans après l’ouverture du concours, le président de la République Armand Fallières, de passage dans la cité phocéenne pour visiter l’Exposition coloniale, inaugure solennellement le monument tant espéré.

Henri Lombard, Monument à Pierre Puget, marbre, 1906
Place de la Bourse (carte postale)

Henri Lombard, Pierre Puget sculptant le ‘Milon de Crotone’, statue marbre, 1905
Cours Puget, 7e arrondissement

À une date indéterminée, le monument a été démonté ; la statue trône désormais au sommet du cours Puget, les deux figures du piédestal ont été déposées dans les quartiers Nord (jardin de l’Espérance), le reste a disparu.

[2] A.N. F/21/4783, op. cit. : lettre d’Henri Lombard au sous-secrétaire d’Etat des Beaux-Arts du 16 mai 1906.
[3] À la mort de Frédéric Lombard (1850-1906) qui survient peu après, il fait appel à un ancien camarade de la Villa Médicis : Henri Deglane (1855-1931).

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