samedi 16 mai 2009

L'Arc de Triomphe de la Porte d'Aix - 3

· Les aménagements envisagés
La Ville réceptionne les ouvrages de David d’Angers en juin 1835 85, Ramey n’achève ses travaux qu’en 1839 86, soit l’année de l’inauguration. Dès ce moment, une nouvelle question que l’on avait éludée jusque là se pose : l’aménagement des abords. En effet, il semblait alors que « le monument eut été jeté là au hasard, sur la route, sans que l’œil put en deviner le motif » 87.
L’arc de triomphe se dresse effectivement à une extrémité de la ville, sur un chemin très fréquenté pas les hommes, les troupeaux et les charrois. Pour de nombreuses personnes, la construction présente une entrave à la circulation avant de glorifier des héros modernes. « Une occasion qui, peut-être, ne se représenterait plus était enfin donnée de régulariser et d’embellir l’entrée de Marseille » 88.
Le sculpteur Ramey propose spontanément plusieurs projets d’aménagement visant à transformer la Porte d’Aix en une vaste place circulaire ornée de fontaines majestueuses, le tout mettant l’arc en valeur. Le Conseil des Bâtiments Civils auquel ces projets d’embellissement sont soumis applaudit chaudement. Toutefois, Rivaud, l’architecte de la Ville, tempère l’enthousiasme des Parisiens : « dans sa détermination », dit-il, « le Conseil des Bâtiments Civils a été grisé peut-être par la pensée que la place d’Aix était un lieu habituel de réunions pour la population bourgeoise tandis qu’elle n’est en réalité qu’un carrefour de grand chemin et qu’il est au moins douteux qu’elle perde jamais ce caractère » 89.
Le rapporteur d’une commission spéciale concernant ce sujet s’inquiète de l’élégance de fontaines vouées en définitive à l’abreuvement des bestiaux, de la largeur importante des bassins qui ajoute encore à l’embarras de la circulation dans cette zone ou encore du fort mistral qui, fouettant l’eau desdits bassins, risque de dégrader rapidement les fins reliefs de l’arc 90. Les suggestions du rapport, très pragmatiques, proposent une circulation passant sous l’arcade ainsi que des vasques plus longues, plus étroites, moins ornées : un aménagement davantage en adéquation avec le lieu.
Ainsi, malgré une volonté permanente d’aménagement de la Porte d’Aix sous la Monarchie de Juillet, et ce jusqu’au Second Empire, les alentours de l’arc de triomphe changent peu et les gracieuses fontaines imaginées par Ramey ne se matérialisent pas dans le marbre ou le bronze.
Alors que la construction de l’Arc de la Porte d’Aix aurait pu ouvrir une « ère des réalisations monumentales dans lesquelles la sculpture est appelée à jouer un rôle de premier plan » 91, elle apparaît en définitive isolée du fait de la politique d’austérité menée par la municipalité dans les années 1830-1840. Par ailleurs, son caractère « parisien » tant dans son iconographie que dans le choix des artistes annihile l’espoir de faire du monument un modèle à suivre.

85 A.M.Marseille 32M2 : arc de triomphe - construction : sculpture, ornement, procès verbaux de réception (1828-1835) : procès verbal de réception des œuvres de David d’Angers du 4 juin 1835
86 A.M.Marseille 32M2 : arc de triomphe - construction : sculpture, ornement, procès verbaux de réception (1828-1835) : procès verbal de réception des œuvres de Ramey du 11 juin 1839
87 A.M.Marseille 32M3 : arc de triomphe - construction : procès verbaux de réception des ornements ; projet de transformation (1836-1859) : copie de la délibération du Conseil municipal du 27 juin 1842
88 A.M.Marseille 32M3 : idem
89 A.M.Marseille 32M3 : arc de triomphe - construction : procès verbaux de réception des ornements ; projet de transformation (1836-1859) : devis de l’entourage de l’arc de triomphe de Rivaud daté du 15 décembre 1843
90 A.M.Marseille 32M3 : arc de triomphe - construction : procès verbaux de réception des ornements ; projet de transformation (1836-1859) : observations sur le projet d’entourage de l’arc de triomphe par M. Ramey en date du 23 décembre 1839
91 Georget (Luc) « Sculpture et architecture, un modèle marseillais » dans Marseille au XIXe. Rêves et Triomphes, Musées de Marseille/RMN, Marseille, 1991, p.213

Aucun commentaire: