dimanche 17 mai 2009

L'Arc de Triomphe de la Porte d'Aix - 4 & fin

IC1b - Les prémices du parisianisme
Après l’achèvement de l’arc de triomphe, certains s’interrogent tardivement sur un discours iconographique plus approprié. En effet, « il est peut-être à regretter [...] qu’au lieu d’élever un nouveau témoignage d’admiration à des gloires que la capitale avant nous et mieux que nous a déjà magnifiquement consacrées, nous n’avons pas pensé alors, nous capitale du Midi, aux vieilles illustrations de la Provence, aux gloires de notre propre histoire » 92. À ce propos, l’Arc de la Porte d’Aix sert de leçon : par la suite, les constructions monumentales décorées de statuaire arboreront une imagerie plus en rapport avec les activités de la Ville et de la région avoisinante.
La municipalité, pour ce premier chantier de son histoire privilégiant grandement la sculpture, s’adresse à des artistes formés à Paris - il est vrai qu’alors, dans les Bouches-du-Rhône, aucun sculpteur de quelque talent ne se démarque - et titulaires du Grand Prix de Rome. Ainsi s’instaure une pratique qui va perdurer sous le Second Empire alors même que la situation s’avère différente puisqu’une École aixoise émerge à ce moment.

David d'Angers, La Mort d’Épaminondas, 1811, bas-relief plâtre
(110 x 150 cm)
Collection particulière

Le premier de ces statuaires est Pierre-Jean David dit d’Angers (1788-1856). Il obtient un Second Prix en 1810 avec Othryades mourant et, l’année suivante, il sort premier du concours de sculpture avec La Mort d’Épaminondas. Très actif sous la monarchie de Juillet dont il est l’un des sculpteurs officiels, il donne de nombreux monuments publics ainsi qu’une multitude de portraits en buste ou en médaillon de ses contemporains.

Étienne-Jules Ramey, Ulysse reconnu par son chien, 1815, statue plâtre (109 x 44 x 39 cm)
École nationale supérieure des Beaux-Arts, Paris

Tout aussi officiel bien que moins connu, Étienne-Jules Ramey (1796-1852) est le fils d’un sculpteur dijonnais, Claude Ramey, lui-même lauréat du concours de Rome en 1782 93. Très jeune, il reçoit tous les honneurs dont le Grand Prix en 1815 - il n’a que 19 ans - avec Ulysse reconnu par son chien. En 1829, à 33 ans, il intègre l’Institut au siège prestigieux de Houdon. C’est donc à un maître fort bien introduit dans les milieux parisiens que s’adresse la Ville de Marseille.
Déjà, précédemment à la commande des bas-reliefs et des statues, la municipalité avait commandité les éléments décoratifs (rosaces, chapiteaux, frises, clés, modillons, moulures...) à deux sculpteurs d’ornements installés à Paris : Plantar et Fontaine. Ils s’engagent à réaliser dans le délais d’une année l’ensemble des motifs ornementaux de l’arc de triomphe moyennant la somme très précise de 65771,86 francs 94.Ainsi, l’ensemble du décor sculpté est élaboré dans la capitale. Une clause dans les soumissions réclame des modèles à l’échelle pour les ornements et au demi d’exécution pour les sujets statuaires. Toutefois, hormis dans la conception de l’iconographie qui relève du commanditaire et de l’architecte, les artistes semblent avoir bénéficié d’une relative liberté. Et, bien que, le 12 décembre 1829, une commission « composée du baron Gérard, de Percier et de Cartellier rejette plusieurs dessins de David et de Ramey [...], ils peuvent fournir eux-mêmes certains dessins et quand, avec le changement de régime, il fallut modifier les reliefs ils en discutèrent avec l’architecte » 95.

92 A.M.Marseille 32M3 : arc de triomphe - construction : procès verbaux de réception des ornements ; projet de transformation (1836-1859) : copie de la délibération du Conseil municipal du 27 juin 1842
93 Cette année-là, deux Grand Prix de sculpture furent décernés, l’un à Claude Ramey et l’autre à Chardigny dont la carrière artistique se déroule essentiellement en Provence.
94 A.M.Marseille 32M2 : arc de triomphe - construction : sculpture, ornement, procès verbaux de réception (1828-1835) : devis de la sculpture d’ornement d’architecture du 15 février 1827 et soumission Plantar - on note une double orthographe de ce nom, avec ou sans D final - du 12 avril 1827
95 Geoget (Luc) « Sculpture et architecture, un modèle marseillais » dans Marseille au XIXe. Rêves et Triomphes, Musées de Marseille/RMN, Marseille, 1991, p.221-222

1 commentaire:

Anonyme a dit…

do you know of his work "L'Innocence" ?