lundi 7 septembre 2009

Le cours du Chapitre à la Belle Époque - II

À la même époque (1900-1903), le sculpteur marseillais Jean Hugues (1849-1930) commence à travailler à l’élaboration d’une fontaine décorative… L’homme est alors un artiste reconnu et estimé qui collectionne les honneurs : grand prix de Rome en 1875, plusieurs fois médaillé aux Salons des artistes français (1878, 1881, 1882) et aux Expositions universelles (1889 et 1900), chevalier (1889) puis officier (1903) de la Légion d’honneur, professeur de modelage à l’École des Beaux-Arts de Paris (1897).
Hugues s’attaque donc à la conception de sa 1ère fontaine. Pour ce faire, il se plonge dans le mythe des Danaïdes que voici : Égyptos – roi d’Arabie qui conquiert l’Égypte à laquelle il donne son nom – veut marier ses 50 fils aux 50 filles de son frère Danaos, roi d’Argos. Bien qu’éprouvant de l’aversion pour un mariage contre nature avec leurs cousins, les Danaïdes sont contraintes à cette union. Mais, un oracle ayant prédit l’assassinat de ses filles, Danaos leur ordonne, le soir des noces, de cacher dans leurs cheveux une grande épingle dont elles se serviraient pour percer le cœur de leurs maris dès qu’ils dormiraient. Toutes obéissent sauf une, Hypermnestre, qui sauve son époux Lyncée et l’aide à s’enfuir. À leur mort, les 49 meurtrières sont jugées et précipitées dans le désert du Tartare, condamnées à remplir éternellement des jarres percées. Ce châtiment est resté célèbre par l’expression du « tonneau des Danaïdes », qui désigne une tâche absurde ou sans fin. Le sujet se prête idéalement au motif d’une fontaine.

Trois feuillets des carnets Hugues traitant de la Fontaine des Danaïdes vers 1901
Cabinet des dessins, musée du Louvre

Toute œuvre sculptée passe d’abord par le dessin. Les esquisses sont les premières recherches du statuaire pour établir la gestuelle et la pose de chaque personnages ainsi que la composition d’ensemble. Jean Hugues, pour sa part, exécute l’essentiel de ses croquis sur des carnets de petites dimensions (environ 15 x 10 cm), quadrillés ou blancs (cf. 19 carnets Hugues, cabinet des dessins, musée du Louvre). Une fois le projet clairement établi, l’esquisse sur papier est traduite en une maquette de terre cuite (cf. musée d’art et d’histoire, Belfort) et finalement en plâtre de grandeur (ou demi-grandeur) de l’exécution, devenant le modèle pour la traduction ultérieure en matériau noble, en l’occurrence le marbre.

Jean Hugues, Les Danaïdes, groupe en terre cuite, 1901
37,5 x 18 x 19,5 cm
musée d’art et d’histoire, Belfort

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