vendredi 11 septembre 2009

Le cours du Chapitre à la Belle Époque - IV

Bien qu’elle reproche la lenteur de l’artiste, la municipalité est également responsable du retard car elle ne verse sa part contributive qu’en mars 1906 (d’où la commande tardive du marbre !). Par ailleurs, lorsque Hugues prévient le Conseil municipal de l’achèvement des travaux de sculpture en avril 1907, la Ville tarde à voter les fonds pour l’aménagement du bassin du Chapitre (aménagement de la place, établissement d’une dalle de béton armé pour accueillir le groupe sans parler des frais d’emballage, de transport par chemin de fer PLM et de camionnage jusqu’au site).
Constatant ce contretemps, le sculpteur décide d’envoyer son motif central au Salon des artistes français de 1907 (n°2976), ce que réprouve la Ville qui, pourtant, ne peut le réceptionner. Si les travaux d’aménagement ne sont pas effectués à la fin du Salon (fin juin), il propose de livrer l’œuvre à l’État afin qu’il la remise dans un dépôt en attendant le bon vouloir de Marseille.
Le Conseil municipal fait établir un devis estimatif des travaux d’aménagement à 5000 francs-or dont 2100 francs-or pour la maçonnerie (dalle de ciment armée de 30 cm d’épaisseur apte à recevoir les 12000 kg de la fontaine en eau, piédestal en brique pleine, marche circulaire en pierres froides de Cassis autour de la vasque, installation de l’œuvre). La dépense est couverte par un crédit inscrit au budget primitif de l’exercice 1907. Toutefois, lorsque le groupe principal prend le train de Paris à Marseille le 17 juillet 1907, le chantier n’est toujours pas ouvert. Pour sa part, la vasque arrive par voie maritime depuis l’Italie et débarque à la fin juillet à la Joliette.
Les travaux d’aménagement, après soumission, sont confiés à l’architecte-entrepreneur Fernand Allar (1871-1927), neveu du sculpteur André Allar (1845-1926) et fils de l’architecte Gaudensi Allar (1841-1904 ; architecte du Monument des Mobiles ou de l’immeuble sis à l’angle de la rue de la Grande Armée et du cours Joseph Thierry). Hélas ! malgré le choix de l’entrepreneur, les travaux ne débutent pas avant la fin du mois de septembre : en effet, les ouvriers chargés de la besogne sont jusque là en grève et manifestent à l’extérieure de la cité phocéenne. Les honoraires de Fernand Allar lui sont versés le 15 octobre 1907. Enfin, tout semble prêt pour une inauguration solennelle : le 18 décembre suivant, une demande de fourniture de 28 m2 de calicot blanc est passée afin de recouvrir le monument.
Malheureusement, le financement conjoint du monument rend obligatoire la présence d’un membre du gouvernement à la cérémonie inaugurale. Or, les élus marseillais s’avèrent incapables de réunir les officiels requis. Le 19 septembre 1913, le maire Amable Chanot écrit une nouvelle fois au malheureux artiste : « Le séjour de M. Poincaré à Marseille sera de trop courte durée pour qu’on puisse espéré qu’il y soit ajouté l’inauguration de la fontaine des Danaïdes. » Ainsi, le seul monument public érigé par la Ville à cette époque-là est-il également le seul à n’avoir jamais connu de consécration.

La Fontaine des Danaïdes sous la neige (14 janvier 1914)
comme symbole de son infortune

Aucun commentaire: