jeudi 10 septembre 2009

Le cours du Chapitre à la Belle Époque - III

L’œuvre en plâtre est achevée au printemps 1903. Le sculpteur marseillais la présente cette année-là au Salon des artistes français (mai-juin) sous le n°2862 du catalogue. L’intitulé est le suivant : « Les Danaïdes, ensemble décoratif formant fontaine ». Pour Jean Hugues, la présentation du plâtre n’est que le premier pas en vue d’une commande officielle qui transformerait le groupe en fontaine définitive. Devançant une éventuelle demande, il prend personnellement contact avec le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts auprès duquel il sollicite l’achat de son œuvre par l’État. Il estime le monument à 40000 francs-or (10000 pour l’achat du plâtre et 30000 pour la traduction en marbre). Le ministre accepte le marché à condition qu’une municipalité fasse compte à demi avec l’État, réduisant ainsi le coût d’acquisition de moitié, soit 20000 francs-or pour chacun des acheteurs.

La Fontaine des Danaïdes (plâtre)
au Salon des artistes français de 1903

Hugues se tourne naturellement vers sa ville natale. Le maire Amable Chanot (1855-1920 ; maire de 1902 à 1908 et de 1912 à 1914) se montre sensible à un partenariat financier qui lui permettrait – enfin ! – d’embellir la cité phocéenne à moindre coût : il dépêche, pour la forme, une commission pour évaluer l’intérêt artistique de l’œuvre. La réponse favorable est donnée lors du conseil municipal du 5 novembre 1904. La Ville doit alors verser le montant de sa part contributive à la caisse du Trésorier général à titre de fond de concours ; à partir de ce moment, l’État s’occupe en totalité de la commande et du suivi des travaux : un arrêté en date du 1er avril 1905 entérine l’achat du plâtre et un second, daté du 16 mars 1906, la commande du marbre.
Les 40000 francs-or payés à l’artiste comprennent l’ouvrage entier (modèle, groupe et vasque), la pierre restant à ses frais. Par contre, les dépenses effectuées pour l’érection de la fontaine (maçonnerie, canalisations…) au milieu du bassin du cours du Chapitre – le site retenu – demeurent à la charge des édiles marseillais.
Le temps passe et, bientôt, la municipalité se plaint du temps écoulé entre l’achat et la livraison des Danaïdes. Il est vrai que, prise d’enthousiasme, elle avait rebaptisé une portion du cours « place des Danaïdes » dès le 25 novembre 1904. Jean Hugues répond vertement au Conseil municipal par lettre du 1er juin 1907 que les pourparlers ont duré longtemps et que la commande officiel a été tardive (avril 1905) ; qu’à partir de ce moment-là, il a dû faire venir à Paris des blocs de marbre de Carrare aux dimensions voulues et d’un poids moyen de 800 kg par pièce, lesquels n’étaient pas toujours à la disposition de la demande ; enfin, qu’il faut du temps pour achever une œuvre comptant six figures, des accessoires et une vasque octogonale de 16 mètres de développement. Le travail du statuaire - avec l'aide de praticiens - s’échelonne de 1905 aux premiers mois de 1907, entre Paris (taille du groupe principal) et Carrare (exécution de la vasque).

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