mercredi 11 novembre 2009

Le concours pour la statue de La République

Le 25 septembre dernier, je vous avais livré la notice de ma thèse concernant La République de Constant Roux. Depuis, mon ami Olivier Gorse des Archives départementales des Bouches-du-Rhône m’a communiqué le dossier concernant cette statue (4N63) révélant tous les détails du concours et un incroyable coup de théâtre. Je reprends donc la genèse de cette œuvre :

Le 22 octobre 1898, le Conseil Général des Bouches-du-Rhône décide d’ériger un buste de La République dans la niche de l’escalier d’honneur de la Préfecture. Le 15 avril 1899, le Conseil général et l’administration préfectorale adopte le devis de l’architecte en chef du département Buyron, évalué à 2018,80 francs-or.

Buyron, buste de La République, dessin, avril 1899
Archives Départementales 4N63

Dès le 23 mai 1899, la Commission départementale exprime le désir d’une statue en pied à la place du buste. L’architecte Buyron est donc prié de dresser un nouveau projet. Il rend alors un devis estimé à 9500 francs-or à la mi-juin.

Buyron, statue de La République, dessin, juin 1899
Archives Départementales 4N63

Le Conseil Général, dans sa séance du 10 octobre 1899, décide de mettre au concours ladite statue. Les sculpteurs nés ou vivants dans le département ont seuls le droit d’y participer. Les maquette en plâtre blanc, au tiers de l’exécution (76,6 cm) sont a envoyées à la Préfecture au plus tard le 10 avril 1900. Neuf artistes y participent : Auguste Carli (1868-1930), Constant Roux (1865-1942), Henri Lombard (1855-1929), Stanislas Clastrier (1857-1925), Valentin Pignol (1863-1912), l’Aixois Philippe Solari (1840-1906), Marius Guindon (1831-1919), Lucien Chauvet (vers 1832 - ?) et Philippe Poitevin (1831-1907).
Le 27 avril 1900, un jury de neuf membres procède au choix du lauréat, la majorité absolue étant de cinq voix. Avant le scrutin, un premier vote élimine les maquettes de Guindon, Chauvet et Poitevin qui n’apparaissent pas satisfaisantes.
1er tour de scrutin : Carli, 4 voix ; Roux, 3 voix ; Pignol, 1 voix ; Solari, 1 voix
2e tour de scrutin : Carli, 4 voix ; Roux, 3 voix ; Pignol, 2 voix
3e tour de scrutin : Carli, 4 voix ; Roux, 3 voix ; Pignol, 2 voix
Il est donc procédé à l’élimination de la maquette de Pignol par 2 voix contre 7 voix.
4e tour de scrutin : Roux, 5 voix ; Carli, 4 voix
Constant Roux est déclaré vainqueur du concours. Une prime de 500 francs-or est allouée à Carli et d’autres d’un montant de 300 francs-or à Lombard, Pignol et Solari.

Auguste Carli, Juvénal Deleuil, buste marbre, 1901
Cimetière Saint-Pierre, carré 26, 10e arrondissement

Mais – coup de théâtre ! – le président du Conseil Général Juvénal Deleuil demande l’annulation du jugement dès le mois de mai suivant, alors même qu’il faisait partie du jury. Il estime que la présence de neuf jurés imposés par le préfet n’était pas conforme à une décision du Conseil Général qui n’en prescrivait que cinq. En fait, il est vraisemblablement mécontent de la défaite de son poulain, à savoir Auguste Carli auquel il commande son buste peu après. S'en suivent des mois de procédure, Constant Roux ayant saisi la Société des Artistes Français pour défendre ses intérêts moraux et matériels. Toutefois, il est finalement rétabli dans ses droits et réalise la statue qui, désormais, n’investit plus la niche mais trône devant elle sur un piédestal.

Constant Roux, La République, statue marbre, 1903
Escalier d’honneur de la Préfecture des Bouches-du-Rhône
6e arrondissement

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