samedi 29 août 2009

ré-attribution d'une oeuvre à Raymond Servian

Suite à la lecture du livre de Paul Sentenac sur Raymond Servian (1954), il semble qu’une ré-attribution s’impose. Jusqu’à présent, j’attribuais la statue de la Méditerranée qui se trouve à l’angle de la rue Tasso et de l’avenue de Saint-Jean à Louis Botinelly (1883-1962). J’ai été long à adhérer à cette attribution (bien qu’un panneau de la Ville l’indiquât), la tête ne me semblant guère dans le style de Botinelly : dans la notice que je lui consacre dans le fascicule de l’exposition photographique Figures en façades (2005), j’indique seulement « attribué à Louis Botinelly ». Mais un faisceau concordant d’informations allant dans ce sens, je cédais enfin : dans ma monographie et dans mon article paru en 2008 dans la revue Marseille (cf. 30 mars 2008), j’accorde à Botinelly la pleine paternité de cette œuvre.
Désormais, l’attribution est remise en question : une photo du livre cité ci-dessus montre le modèle d’une Amphitrite, très proche de la statue réalisée. De fait, il semble que la paternité en revienne finalement à Raymond Servian (1903-1954). Le texte même imprécis qui accompagne l’image déclare : « d’ailleurs cette œuvre se situe dans le cadre marseillais » (p.106).

Raymond Servian, Amphitrite, modèle, vers 1950
Photo extraite du livre de Sentenac

Raymond Servian, Et sur les flots d’Azur Phocée jeta à nouveau ses nefs
Haut-relief en pierre rose, 1951
Angle de la rue Tasso et de l’avenue de Saint-Jean, 2e arrondissement

vendredi 28 août 2009

Raymond Servian

J’ai dernièrement acheté un livre de Paul Sentenac, datant de 1954, sur un sculpteur marseillais que je connais mal : Raymond Servian. Je vous confie alors la notice issue de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur qui lui est consacrée :

Raymond Servian
Photo extraite de l’ouvrage de Sentenac

Servian Raymond (Marseille, 18 mai 1903 – Marseille, février 1954), sculpteur
Fils du critique Ferdinand Servian, il est l’élève d’Aldebert et de Martin à l’École des Beaux-Arts de Marseille. À partir de 1922, il expose régulièrement au Salon des Artistes de Provence. Par ailleurs, en 1924, il est classé second, derrière Sartorio, dans le concours du Monument aux héros des armées d’Orient et des terres lointaines. Il réalise différents décors monumentaux : une frise pour la façade du Palace d’Avignon (1928), une tête de Mercure pour l’Annexe du Palais de Justice de Marseille (1933) et le Monument national aux héros de la Police morts pour la défense de la Patrie (1945). En 1946, l’exécution d’un profil monumental de la Vierge, sculpté directement dans la roche à Rogne (Bouches-du-Rhône), lui vaut les suffrages de l’Église qui lui confie d’autres chantiers : la statue de Saint Augustin (1947) pour l’église Saint-Ferréol à Marseille et Notre-Dame de la Victoire (1946) pour la Sainte-Baume afin de remplacer un bas-relief de Clastrier fondu en 1944. Il est également l’auteur de La Madone des Pêcheurs de l’île de Bendor. Quelques musées conservent ses œuvres : à Digne (Le Remords, statuette, 1926), à Marseille (Jules Cantini, buste marbre, 1936 – musée Cantini ).

Raymond Servian, Le Conducteur de tracteur, bas-relief pierre, 1936
Bourse du Travail, 23 bd Charles Nédélec, 3e arrondissement

jeudi 20 août 2009

L'Aveugle et le Paralytique (Jean Turcan sculpteur)

Pendant les vacances, je me suis rendu à Arles où j’ai photographié le groupe en marbre de Jean Turcan (1846-1895) L’Aveugle et le Paralytique. Comme cette sculpture possède un lien avec Marseille, je me décide à vous livrer un passage du corpus de ma thèse consacré à cette œuvre.

Au Salon de la Société des artistes français de 1883, trois sculpteurs – Jean Turcan (n°423), Émile Carlier et Gustave Michel – illustrent dans le plâtre exactement le même thème extrait d’une fable de Florian : L’Aveugle et le Paralytique : « [...] J’ai des jambes et vous des yeux, / Moi je vais vous porter ; vous vous serez mon guide / Vos yeux dirigeront mes pas mal assurés ; / Mes jambes à leur tour iront où vous voudrez. / Ainsi sans que jamais notre amitié décide / Qui de nous deux remplit le plus utile emploi / Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi [...] » Henry Jouin déclare que « M. Turcan a été le mieux inspiré dans ce tournoi singulier. »1

Achats de l’État au Salon de 1883

Le jury du Salon décerne une médaille de 1ère classe à Turcan tandis que l’État, le 8 juin de la même année, lui commande la traduction en marbre de son groupe moyennant 18000 francs, ce prix incluant l’achat du plâtre. L’œuvre qui connaît un grand succès est présentée de nouveau lors de l’Exposition nationale de 1883 (n°1130). Le 16 avril 1890, l’État la dépose au Musée Longchamp (n°inv. S86) après l’avoir attribuée au musée de Toulon le 10 mai 1889 ; elle est alors présentée aux Phocéens lors du Salon marseillais de l’hiver 1891/1892 (n°493).

Jean Turcan, L’Aveugle et le Paralytique, groupe marbre, 1888
Arles, entrée de la bibliothèque municipale

Le marbre est donc commandé pour 18000 francs, alloués en quinze acomptes. Une indemnité de 4800 francs pour l’achat du bloc de marbre est arrêtée le 8 août 1884. De plus, une seconde indemnité de 1000 francs est accordée au sculpteur. L’œuvre achevée figure au Salon de 1888 (n°4709) où elle remporte la médaille d’honneur ; l’année suivante, elle obtient le grand prix de l’Exposition universelle. Elle entre alors dans les collections du Musée du Luxembourg. Enfin, le 10 août 1927, le comité des Amis du Vieil-Arles réclame le dépôt du groupe dans leur ville ce qui est fait d’abord au Musée Réattu puis à l’entrée de la bibliothèque.

Jean Turcan, L’Aveugle et le Paralytique, groupe bronze, 1888
Place de la Bibliothèque (aujourd’hui place Carli), 1er arrondissement

Dès 1888, Turcan voudrait voir son œuvre coulée en bronze mais ce n’est que le 21 janvier 1892 que la Ville de Marseille en commande le coulage à la maison Thiébaut pour 6000 francs. Cette sculpture figure à l’exposition centennale de l’Art français (n°1828) lors de l’Exposition universelle de 1900. Puis, en 1901, elle est installée devant l’École des Beaux-Arts de Marseille, jusqu’à sa refonte pendant la deuxième Guerre mondiale.

1 Henry Jouin, « La sculpture au Salon de 1883 », La Gazette des Beaux-Arts, 1883, t.28, p.63-64.

jeudi 13 août 2009

souvenirs de l'inauguration de deux monuments

Je suis récemment tombé sur deux cartes postales relatives à l’inauguration de deux monuments marseillais.
La première correspond à l’inauguration du Monument à Edmond Rostand (Paul Gondard sculpteur) le 13 avril 1930. Elle représente Émile Ripert (1882-1948) – écrivain (il écrit notamment un ouvrage sur Rostand), académicien marseillais et vraisemblablement président du comité d’érection - en train de lire son discours grandiloquent.

Émile Ripert lisant son discours

Paul Gondard (1884-1953), Monument à Edmond Rostand, pierre, 1930
Parc Chanot, 8e arrondissement

La seconde carte évoque l’inauguration du Monument au général Leclerc (Odette Singla sculpteur) les 17 et 18 mai 1975.

Carte-souvenir de l’inauguration du Monument au général Leclerc

Odette Singla (née en 1926), Monument au général Leclerc, médaillon bronze, 1975
Avenue du général Leclerc, 3e arrondissement

dimanche 9 août 2009

André Verdilhan

Voici une nouvelle notice de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

André Verdilhan, Monument aux héros et victimes de la mer, bronze, 1922
Jardin du Pharo, 7e arrondissement

Verdilhan André Alexandre (Marseille, 14 mars 1881 – Marseille, 21 juillet 1863), sculpteur et peintre
Frère de Mathieu Verdilhan, il participe au Salon des Indépendants de 1906 des bustes dont celui de Verlaine et des masques, puis de 1910 à 1914. A partir de 1913, il fréquente le Salon d’Automne et les galeries parisiennes où il présente ses sculptures et ses peintures, notamment des scènes de genre (Parade du cirque Valat, 1914 ; Pêcheur d’oursins, 1920…), des portraits et des paysages influencés par l’art de son frère. Sa renommée dépasse alors celle de son aîné, lequel se voit contraint d’adjoindre son prénom dans sa signature. On le croise enfin dans diverses manifestations artistiques provençales durant l’entre-deux-guerres. Il est l’auteur, à Marseille, du Monument aux héros et victimes de la mer, groupe bronze (1922). Il devient peintre du département de la Marine en 1936 et décore le paquebot Normandie. Après 1945, il peint essentiellement des natures mortes et des paysages. Le musée des Beaux-Arts de Rouen conserve une peinture de lui : Mouette au-dessus des flots (1917).

André Verdilhan, Marchande de poissons
Huile/toile – 55,5 x 67 cm
non localisée

mercredi 5 août 2009

Valère Bernard

Il y a quelques années, j’ai découvert au cimetière Saint-Pierre une tombe décorée par Valère Bernard. On le connaît surtout comme poète félibréen et peintre, mais il a également produit plusieurs sculptures dont une Douleur pour la sépulture d’Henri Carabelli (carré 30, si je me souviens bien). Je vous donne donc la notice que mon amie Armelle Parisse a rédigé à son propos pour le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d'Azur dont j'ai dirigé la refonte:

Valère Bernard, Douleur, statue pierre
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Valère Bernard (signature)

Bernard Valère François Marius, dit parfois Valère-Bernard (Marseille, 10 février 1860 – Marseille, 8 octobre 1936), peintre, sculpteur, graveur, poète et romancier
Après sa scolarité au Lycée de Marseille et l’obtention de son baccalauréat en 1877, il entre à l’École des Beaux-Arts de Marseille, jusqu’en 1881, comme élève de Magaud et de Joanny Rave ; il devient plus tard un éminent professeur de cette même école. En 1882, il intègre, après concours, à l’École des Beaux-Arts de Paris, dans l’atelier de Cabanel où il se passionne rapidement pour le dessin et la peinture. C’est également à partir des années 1880 qu’il obtient le soutien et l’amitié du peintre Puvis de Chavannes jusqu’à la mort de celui-ci en 1898. Par ailleurs, il se forme à l’eau-forte auprès de Félicien Rops. Parallèlement à ses études artistiques, il se passionne pour la langue provençale ; à ce titre, il est reçu comme félibre en 1879, à peine âgé de 19 ans… il en devient d’ailleurs majoral – Cigalo dou Var – en 1893, puis Capoulié du Félibrige de 1909 à 1919. À Paris, il se lie avec Paul Arène, Raoul Gineste (Dr Adolphe Augier), Jules Boissière, Maurice Faure et collabore à la Revue Félibréenne fondée par Paul Mariéton. De retour à Marseille en 1884, où il demeure tout le reste de sa vie, Valère Bernard commence alors une activité intense, débordante de production artistique aussi bien dans le domaine de la peinture que dans celui de la littérature, romans (La Pouriho [La Plèbe], 1889 ; Lei Boumian [Les Bohémiens], 1907…) et poésies (L’Aubo [L’Aube], Lou Cantaire [Le Chanteur]…) tant en français qu’en provençal. Au demeurant, il orne de fresques la salle consistoriale du Museon Arlaten (La Dama del Rat-Penat, La Coumtesso et L'entrée de Pierre 1er à Toulouse), la mairie de Maillane (La Farandole) et la mairie de La Ciotat (L’Industrie). Cependant, c’est surtout comme aquafortiste qu’il est connu. À Marseille, dans les années 1920-1930, rien ne se fait dans le domaine des Arts sans qu'il ne soit consulté : il siège dans les jurys de tous les concours et expositions. Mais la reconnaissance de son talent par ses pairs avait eu lieu bien des années avant, lorsque l’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille le reçoit comme membre le 22 mars 1903, dans la classe des Beaux-Arts. En 1933, sa cécité, déclarée un an auparavant, s’aggrave à la suite à une forte fièvre ; il ne perçoit alors plus que les couleurs éclatantes. Il s’éteint trois ans plus tard. On trouve ses œuvres dans plusieurs musées de la région : à Marseille (Jean-Baptiste Olive dans son atelier [peinture], Orphée [sculpture polychrome], totalité de l’œuvre gravée et dessins préparatoires – musée des Beaux-Arts / Cortège vénitien, Sérénade à Venise, Paysage à Capri, Nymphe, Vieilles maisons corses – musée Cantini / La Fondation de Marseille, Les Gueux au Soleil, Promenade au bord de mer, deux portraits de Tambourinaire, un Autoportrait, le portrait de sa fille Anna en costume de Marseillaise – musée du Vieux Marseille / Autoportrait, Jeune Gitan et des eaux-fortes – musée de Château-Gombert), à Toulon (Le Christ arrêté et conduit à Jérusalem, La Tentation de saint Antoine [peintures], La Mort de sainte Cécile [aquarelle]).

Bibliographie : Valère Bernard symboliste 1860-1936, catalogue d’exposition, Marseille, 1981 ; Nougier (Paul) & Ricard (Georges), Valère Bernard, Approche de l’artiste et de son œuvre, Comité Valère Bernard, 1987 ; Soubiran (Jean-Roger), Valère Bernard 1860-1936, éditions Jeanne Laffitte, Marseille, 1988.

lundi 3 août 2009

Atlantes (François Gilbert sculpteur)

Aujourd’hui, je vous communique une notice de mon amie Florence Marciano issue de l’exposition photographique Figures en façades qui eut lieu à la préfecture des Bouches-du-Rhône pour les journées du patrimoine 2005.

Laurent Déonna, négociant, consignataire des Bateaux à Vapeur Siciliens et co-fondateur des Messageries Nationales, est le commanditaire en 1864 d’un immeuble à double fonction : il abrite à la fois ses bureaux et son logement. Il fait appel à deux architectes marseillais, les frères Pierre-Marius (1808-1876) et Alexandre (1819-1899) Bérengier dont l’agence est l’une des plus importantes à Marseille ainsi qu’à François Gilbert (1816-1891), sculpteur parisien alors en charge de plusieurs commandes publiques (Palais de la Bourse, Palis de Justice) ; ce choix est révélateur de la volonté de Déonna d’exposer sa réussite.
Seul signe de richesse dans une façade particulièrement sobre, les deux atlantes véritablement monumentaux affirme le rang de leur commanditaire. Mais ils sont en rupture avec les habituelles références baroques et sont remarqués pour cela : « M. Gilbert a donné à ses torses une beauté surhumaine, une admirable tranquillité, et à ses visages l’expression sérieuse de la force immortelle » selon Louis Brès (Le Courrier de Marseille, 8 décembre 1865).

François Gilbert, Atlantes, pierre, 1865
22, rue Breteuil, 6e arrondissement

En choisissant cet emplacement, Laurent Déonna respecte la règle qui rassemble cours Bonaparte (actuel cour Puget) l’essentiel du milieu des négociants et armateurs marseillais ; ils logent en effet dans des hôtels particuliers dont le rez-de-chaussée est souvent dévolu à leurs bureaux. Mais la surface du terrain autorise les architectes à développer un bel immeuble d’angle dont la façade principale se trouve rue Breteuil et qui offre des espaces spacieux, éclairés, fonctionnels, aux circulations clairement définies par trois portes, une principale et deux secondaires (bureaux, logement et services). L’ordonnance classique et équilibrée d’une façade de six travées porte également le témoignage des idées nouvelles, en particulier dans la présence du comble brisé ardoisé, modèle parisien qui se répand avec les immeubles de la rue Impériale (actuelle rue de la République).

Bibliographie : Pour ce qui concerne l’architecture privée dans la Marseille du XIXe siècle, je recommande le livre de Florence Marciano L’architecture domestique à Marseille au XIXe siècle (La Thune, 2005).