mercredi 28 octobre 2009

La Vierge de l'Immaculée Conception (Eugène Guillaume sculpteur)

Voici un court extrait de ma thèse portant sur la Vierge de l’Immaculée Conception (tome I, p.61) :

Il [le sculpteur Eugène Guillaume, 1822-1905] n’est pas réellement un nouveau venu dans la cité phocéenne : en effet, il réalise pour 4000 francs-or la figure de la Vierge de l’Immaculée Conception en bronze doré devant coiffer une colonne ouvragée conçue par Henry Espérandieu (1829-1874) et commémorant la proclamation du nouveau dogme par Pie IX le 8 décembre 1854 : désormais la Vierge est exemptée du péché originel. De fait, sur la statue, le lys, symbole de pureté, s’oppose au serpent, symbole du péché.
Le monument est inauguré le 8 décembre 1857. Projeté pour orner l’escalier reliant le boulevard Gazzino (actuel boulevard Aune) et le chemin du sanctuaire de Notre-Dame-de-la-Garde ainsi que divers autres lieux, il a été érigé en haut du boulevard du Nord (actuel boulevard d’Athènes). Déplacé en 1922 pour permettre la construction de l’escalier de la gare, il se trouve aujourd’hui à l’angle des boulevards de la Liberté et Camille Flammarion.

Eugène Guillaume, Vierge de l’Immaculée Conception
statue bronze doré, 1857
angle des boulevards de la Liberté et Camille Flammarion, 1er arrondissement

samedi 24 octobre 2009

Édouard Delanglade (Charles Delanglade sculpteur)

Maintenant que l’Hôtel-Dieu va devenir un hôtel de luxe, l’ensemble des œuvres d’art qui s’y trouvait – des sculptures notamment – a été transféré au Conservatoire du Patrimoine Médical de Marseille, sis dans l’hôpital Salvator à Sainte-Marguerite (12e arrondissement). C’est le cas du monument dédié au docteur Édouard Delanglade.

Charles Delanglade, Monument à Édouard Delanglade
Buste bronze, vers 1918
Photographié avant son transfert de l’Hôtel-Dieu (2e arrondissement)

Édouard Delanglade (1868-1917) est le condisciple d’Edmond Rostand au Lycée de Marseille avant de s’orienter vers la médecine. En 1900, il devient chirurgien des Hôpitaux de Marseille et, en 1905, obtient la chaire de clinique chirurgicale à l’école de médecine sise à l’Hôtel-Dieu. Il s’engage dans le conflit de la première Guerre mondiale : il est mortellement blessé sur le front alsacien le 24 décembre 1917 (il meurt le lendemain), tout juste quelques mois après le décès de son fils Jules, étudiant en médecine, tué à Vadelaincourt dans la nuit du 4 au 5 septembre 1917. Une rue du 6e arrondissement de Marseille porte aujourd’hui son nom.
C’est à Charles Delanglade (1870-1952) que revient la charge de portraiturer son frère Édouard. La commande du buste émane soit des Hôpitaux de Marseille, soit du sculpteur lui-même qui veut commémorer son aîné. En tous les cas, l’exécution du buste se double par la réalisation d’une médaille commémorative connue en deux versions, une en bronze et une en argent. L’avers présente le portrait de trois-quart d’Édouard Delanglade ; le revers figure une allégorie intitulé Caritas una (Un seul amour). On y observe la présence à l’arrière-plan de l’Hôtel-Dieu et du champ de bataille, évoquant ainsi les carrières de médecin civil et de médecin militaire du défunt. Charles Delanglade évoque certainement la mort de son neveu Jules dans l’évocation du jeune soldat mort au combat. Ainsi, entremêle-t-il les destins croisés du père et du fils.

Charles Delanglade, Édouard Delanglade, médaille bronze, avers, 1918
Collection personnelle

Charles Delanglade, Caritas una, médaille bronze, revers, 1918
Collection personnelle

mercredi 21 octobre 2009

Jean-Marie Baumel

Voici une nouvelle notice du Dictionnaire des Peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Baumel Jean-Marie (Marseille, 2 novembre 1911 – Neuilly, Eure, 2 juin 1978), sculpteur
Élève de Bouchard à Paris, il expose au Salon des Artistes Français où il reçoit de nombreuses récompenses : médaille d’argent en 1935 (L’Aumône, bas-relief plâtre), prix Chenavard et médaille d’or en 1936 (Idylle, groupe pierre), prix Puvis de Chavannes en 1965 (portail de l’église Notre-Dame de la Salette, Paris) et médaille d’honneur en 1978 (Grand nu debout, statue plâtre). En 1937, il décore l’une des façades du Pavillon du Vatican à l’Exposition Internationale de Paris ; L’Action catholique des jeunes chrétiens de différentes conditions (l’Artiste, l’Intellectuel, le Paysan et le Marin) lui vaut alors une médaille d’argent et une bourse de voyage. En 1939, il réalise pour la ville d’Annecy le Monument à Claudius Gallet (buste bronze). Après-guerre, il fréquente le Salon d’Automne dès 1945 ainsi que le Salon de la Jeune Sculpture de 1959 à 1964. En 1950, il orne le tunnel autoroutier de Saint-Antoine de deux bas-reliefs en béton : Marseille et la mer Méditerranée d’un côté et La Provence et ses principaux monuments de l’autre. En 1956, il est l’auteur à Agde d’un Monument à la République (buste pierre, déposé au musée d’Agde depuis 1995 et remplacé par une copie). Il sculpte par ailleurs le Monument aux morts de 1939-1945 de la gare de Dieppe, un groupe de Baigneuses (pierre) pour un square de Bandol, un Grand nu accroupi (statue pierre) pour le parc du grand ensemble Montmédy à Créteil, les cariatides en bois de six mètres de haut d’une salle d’audience du Palais de Justice d’Abidjan ainsi que des médailles (Photographie au sol de la planète Mars par la sonde Viking, 1976).

Jean-Marie Baumel, Marseille et la mer Méditerranée, béton, 1950
Tunnel autoroutier de Saint-Antoine, 15e arrondissement

Le tunnel, construit pour le premier tronçon de l'autoroute A7 au départ de Marseille, a été mis en service en 1947 et inauguré en 1951. Les deux bas-reliefs ornant chaque tête ont été probablement taillés dans le béton armé frais, selon la technique dite "sculpture à fresque".

Bibl. : Anonyme, « In memoriam. Jean-Marie Baumel », Club français de la médaille, n°64, 3e trimestre 1979, p.104-106.

samedi 17 octobre 2009

Oscar Eichacker

Voici une nouvelle notice biographique issue du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Eichacker Oscar (Avignon, 21 janvier 1881 – Marseille, 23 juin 1961), sculpteur et peintre
Élève de l’École des beaux-Arts de Marseille, il reçoit une bourse pour poursuive ses études à Paris. Il débute à l’exposition de l’Association des Artistes Marseillais de 1913 avec un portrait et deux têtes d’expression ; on le croise, du 2 avril au 2 mai de la même année, à la galerie Centrale où il se signale par des peintures et des dessins, notamment un Centaure. Après-guerre, il participe dès janvier 1919, à une exposition d’art moderne à la galerie marseillaise Nadar-Detaille où sont présentées des œuvres de Cézanne, Renoir, Vlaminck, Dufy, Kisling, Camoin, etc. Dans l’Entre-deux-guerres, il collabore à la reconstruction de l’Opéra de Marseille (La Musique, la Tragédie, la Danse, frise pierre, hall, 1924) et au chantier de l’escalier monumental de la gare Saint-Charles (1925-1927). En 1932, associé à l’architecte Gaston Castel, il sculpte le Monument à Jean Jaurès d’Istres. Le 1er octobre 1937, il devient professeur de sculpture à l’École des Beaux-Arts de Marseille, succédant à Henri Raybaud. Toutefois, ses activités militantes au sein du Front Populaire, puis sous l’Occupation, font qu’il est moins en vue dans les milieux artistiques pendant une dizaine d’années.

Oscar Eichacker, Monument à Henri Tasso, buste en bronze, 1951
Place de Lenche, 2e arrondissement

Mais on le retrouve dans la statuaire monumentale avec le Monument à Henri Tasso, maire de Marseille (buste bronze, 1951), le buste de Valère Bernard au plateau Longchamp (marbre, 1954), un bas-relief commandé par le Comité Victor Gélu pour le jardin du quai des Belges (1960). Il ne cesse pas, par ailleurs, de dessiner et de sculpter des œuvres qu’il montre dans divers Salons. Le visage humain le fascine : il expose des masques dès 1913 et, encore en 1959, un superbe Beethoven au Salon du Conseil Général des Bouches-du-Rhône. Il décède à 80 ans passés des suites d’une baignade.

Oscar Eichacker, La Méditerranée, bas-relief en béton moulé, vers 1950-1955
5 rue de la Prison, 2e arrondissement

mercredi 14 octobre 2009

actualité des ventes sur ebay (octobre)

L’actualité des sculpteurs marseillais est intense cette semaine sur ebay.

Constant Roux, Achille, buste bronze sur socle marbre
Édition Susse frères, 24 cm x 25 cm hors socle

Ce soir s’achève la vente directe d’un buste en bronze de Constant Roux (1865-1942) : Achille édité par la fonderie parisienne Susse frères. C’est une réduction du buste exposé au Salon des Artistes Français de 1931 (n°3941) et acquis par la Ville de Marseille moyennant 10000 francs de l’époque (musée des Beaux-Arts de Marseille). Le prix demandé est de 1700 €, de fait je ne pense pas qu’il trouve preneur.
Addenda du 20 octobre : vente reconduite.

Charles Delanglade, Charles de Gaulle médaillon terre cuite
24 cm x 24 cm

Jeudi 15, c’est une œuvre de Charles Delanglade (1870-1952) qui est proposée au prix de départ de 49 €. Le bas-relief en terre cuite est légèrement endommagé, mais rien d’irréparable. Le prix est raisonnable. À suivre donc pour les fidèles du général…
Addenda du 20 octobre : aucun enchérisseur ne s'est manifesté.
Cette semaine également deux œuvres d’Ary Bitter (1883-1973), toujours séduisantes.

Ary Bitter, Éléphants, serre-livres bronze

On commence par un classique des salles de vente : les serre-livres Éléphants. Ils ont vraisemblablement été édités par Susse frères durant l’entre-deux-guerres. Le prix de départ des enchères est de 500 €. Il faut savoir qu’un exemplaire en bronze (éléphants) et bois (serre-livres) s’est vendu 11980 € aux enchères à Marseille le 20 janvier 2007.
Addenda du 20 octobre : pas d'acquéreurs

Ary Bitter, Fillettes et biches, groupe terre cuite
Édité par Susse frères, 57 cm de long

La fonderie Susse frères, au XXe siècle, diversifie ses activités et édite également des terres cuites. Ici, le sujet est typiquement art déco, dans l’esprit bucolique qu’affectionne Ary Bitter (cf. Enfant au chevreau, 1910 ; Pastorale : fillette et cabris, 1921…). Une bonne occasion pour les nombreux amateurs de cet artiste, d’autant que la mise de départ est d’un euro ! Pour cette vente, les enchères se clôtureront le mardi 20 octobre.
Addenda du 20 octobre : véritable succès de cette semaine. L'oeuvre est partie à 556 € au terme de 21 enchères.

lundi 12 octobre 2009

Raymonde Martin

Mon dernier article sur Jacques Martin m’a rappelé que d’autres sculpteurs marseillais s’appellent Martin (sans lien de parenté), notamment une femme qui a relativement peu produit et dont, hélas ! je ne connais pas d’œuvres à Marseille. Je vous livre la notice que je lui ai consacrée dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Martin Raymonde Charlotte Marie (Marseille, 15 janvier 1887 – Marseille, 27 décembre 1977), sculpteur
Élève de Laurent Marqueste à Paris, elle expose au Salon des Artistes Français entre 1913 et 1923, notamment des groupes glorifiant le lien maternel : Femme et enfant, étude plâtre, 1913 ; Jeune fille et enfant, plâtre, 1914 ; Maternité, plâtre, 1920 ; Mère et enfant, plâtre, 1922. En 1920, elle reçoit le Prix du Palais Longchamp. En 1923, elle sculpte pour le monument aux morts de Néris-les-Bains (Allier) deux bas-reliefs en marbre, La Douleur et L’Hommage, dont les modèles figurent au Salon de 1921. Elle cesse d’exposer au début des années 1930.

Raymonde Martin, La Douleur et L’Hommage, bas-relief marbre, 1923
Monument aux morts de Néris-ls-Bains (Allier)

jeudi 8 octobre 2009

Jacques Martin

Voici une nouvelle notice de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d'Azur :

Martin Jacques Marie Alexandre (Marseille, 7 août 1885 – ?, 31 décembre 1976), sculpteur et médailleur
Élève de François Carli à Marseille, puis de Coutan (sculpture) et Patey (gravure en médaille), il remporte le 1er 2nd Prix de Rome de gravure en médaille et pierre fine en 1914. Après la guerre, de 1920 à 1928, il expose au Salon des Artistes français où il obtient une mention honorable en 1920 (Saint François d’Assise, médaillon plâtre) et une médaille de bronze en 1925 (Notre-Dame de Metz, modèle de la statue érigée sur la place Saint-Jacques à Metz le 13 août 1924). Durant l’Entre-deux-guerres, il produit quelques monuments aux morts des Bouches-du-Rhône (Les Olives, Martigues, quartier de Saint-Barnabé à Marseille) mais surtout des œuvres religieuses : à Paris, La Mort de saint Joseph et huit scènes de la Vie de saint Jean Eudes pour l’église du Saint-Esprit, Saint Martin pour l’église Saint Jean-Baptiste de la Salle ou encore des hauts-reliefs pour Saint-Hippolyte ; à Marseille, Sainte Thérèse pour la façade de l’église des Chutes-Lavie, Saint Antoine pour l’église du Roucas-Blanc ; Sacré Cœur, statue en béton pour la façade de l’église de Tergnier dans l’Aisne ; Le Christ pleuré par les anges, bas-relief marbre pour l’autel de l’église de Fassieux en Moselle ; Saint Tarcisius, statue marbre pour l’église du Sacré-Cœur de Dijon… Dans les années 1960-1970, il grave de nombreuses médailles : Qu’heureuses sonnent les heures pour vous (1964), Il fit route avec eux (1965), Les Pèlerins d’Emmaüs (1965), Marivaux (1966), Le Mime Marceau (1970)…

Jacques Martin, Monument aux morts
Saint-Barnabé, 12e arrondissement

mardi 6 octobre 2009

Portrait d'homme inconnu (Louis Botinelly sculpteur)

Louis Botinelly (1883-1962), Portrait d’homme inconnu
buste en plâtre, 1904

Un buste en plâtre sculpté par Louis Botinelly est proposé à la vente sur ebay, lundi 12 octobre. Il s’agit d’une œuvre de jeunesse, signée et datée au dos du piédouche Louis Botinelly / 1904.
À l’automne 1903, le jeune homme âgé de 20 ans s’émancipe de la tutelle paternelle. Il loue alors un atelier au 35 rue Ferrari, dans le quartier de la plaine Saint-Michel (aujourd’hui place Jean-Jaurès). Il s’octroie ce luxe grâce à l’argent gagné dans divers concours de l’école des Beaux-Arts et à l’exécution, moyennant finances, de quelques portraits de particuliers.
À l’issue de sa 5e année d’étude, il apparaît comme l’élève le plus méritant de l’école des Beaux-Arts de Marseille. À ce titre, le ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts lui décerne, le 20 juin 1904, une bourse de voyage d’une valeur de 400 francs-or. Botinelly part pour l’Italie et revient plein d’ambition : il désire désormais poursuivre ses études dans la capitale. Il sacrifie son atelier de la rue Ferrari et regagne le domicile parental, sis 22 chemin de Saint-Pierre. Tout l’argent économisé est désormais thésaurisé pour Paris.
Ce buste d’inconnu date de cette époque. Il s’agit très vraisemblablement d’un bourgeois marseillais. Il s’agit certes de la plus ancienne œuvre de Botinelly identifiée, mais la facture en est très scolaire et le personnage banal. Par ailleurs, l’œuvre est en plâtre (original), toutefois c’est la pierre qui fait la renommée de l’artiste… notamment au cours des années art déco, sa meilleure période. Tout cela fait que la mise à prix de 5000 € est ridicule : ce buste est surestimé de dix fois sa réelle valeur au minimum. En toute logique, il ne devrait pas trouver preneur. À suivre…