vendredi 27 novembre 2009

Monument à la Navigation : deux projets avortés

Hier, j’ai abordé l’histoire d’un monument qui n’a jamais vu le jour. Malheureusement, le Monument des Marseillaises n’est pas une exception. Deux projets de Monument à la Navigation ont également avorté. J’ai brièvement évoqué leur destin dans une conférence que j’ai donné à Toulouse en janvier 2006 lors d’un colloque sur « Le monument public en France de 1870 à nos jours ».
Joseph Félon, La Navigation, projet de fontaine sur calque, 1859
Archives municipales de Marseille 32M28

Le peintre et sculpteur bordelais Joseph Félon (1818-1896) propose en novembre 1859 un projet de fontaine à la ville de Marseille : La Navigation apportant à toutes les parties du monde les lumières de la civilisation. Le devis estimatif s’élève à 209050 francs-or. La commission sollicitée estime que, faute de moyen, il n’y a pas lieu de donner suite. Représenté en décembre 1861, le projet reçoit de nouveau une réponse négative.

Joseph Félon, La Navigation, dessin
Publié dans L’autographe au Salon et dans les ateliers en 1865

Pour autant, l’artiste ne renonce pas : en 1865, il fait reproduire le dessin de sa figure principale (dont la pose a légèrement évolué) dans L’autographe au Salon et dans les ateliers (p.35) tandis que le buste isolé de cette même figure est exposé au Salon parisien.

Henri Ébrard et André Ramasso,
Monument à la Navigation, au Commerce et à l’Industrie
Dessin publié dans Les concours publics d’architecture de Louis Farge
(9e année, 1906)

Extrait de ma conférence :
Au début du XXe siècle, la municipalité d’Amable Chanot se lance dans la rénovation des vieux quartiers situés derrière le palais de la Bourse, impliquant d’abord leur destruction. À cette occasion, un concours est ouvert à l’échelle nationale : 125 architectes y participent générant pas moins de 225 projet. En juillet 1906, les résultats sont proclamés : Henri Ébrard – tout juste sorti de l’École des Beaux-Arts – et André Ramasso, deux architectes marseillais, remportent le premier prix tandis que le Lyonnais Tony Garnier se classe second.. Sur le papier, les lauréats envisagent notamment la construction d’un nouvel hôtel de ville devant lequel une place, dédiée au négoce, accueille un colossal Monument à la Navigation, au Commerce et à l’Industrie, lointain écho de la Fontaine de la Navigation imaginée par Joseph Felon quelques cinquante ans plus tôt. Hélas ! selon toutes vraisemblances, la mairie, la place et le monument ne verront jamais le jour faute d’un financement suffisant.

jeudi 26 novembre 2009

Le Monument des Marseillaises (Henri Lombard sculpteur)

Voici un extrait de la notice « Dames du Siège (les) » que j’ai écrite en collaboration avec Wolfgang Kaiser pour le dictionnaire Marseillaises, vingt-six siècles d’histoire (Édisud, 1999). À ce propos, je vous signale que cet ouvrage va être réédité en 2010 dans une version enrichie.

Henri Lombard, Monument des Marseillaises, maquette plâtre, 1911
Œuvre aujourd’hui non localisée

En juillet 1911, à l’instar du marbrier Jules Cantini (1826-1916) qui élève une fontaine monumentale sur la place Castellane, l’industriel Charles Verminck (1827-1911) souhaite offrir à la ville un monument digne d’elle. Afin de matérialiser son vœu, il s’attache les services du sculpteur Henri Lombard (1855-1929). Le sujet retenu rend hommage « Aux dames de Marseille de toutes conditions qui aidèrent à la défense glorieuse de la cité » en 1524 contre les troupes de Charles Quint.
Dans un premier temps, le Rond-Point du Prado devait accueillir le groupe commémoratif. Cependant, la rénovation des quartiers derrière le palais de la Bourse étant envisagée, l’idée d’ériger en centre ville le groupe sculpté séduit et le donateur et les élus municipaux. Hélas, le 13 décembre 1911, Charles Verminck décède et son testament ne mentionne pas ses volontés, oralement connues de tous, concernant le monument. Seule la maquette est alors réalisée. Les héritiers qui s’opposent fermement à la réalisation du caprice du défunt versent 10 000 francs-or au sculpteur en dédommagement et le projet est enterré définitivement. Suite à ce dénouement, Henri Lombard expose son œuvre au Salon de la Société des Artistes Français à Paris (1913, n°3747) puis l’offre au musée du Vieux-Marseille nouvellement créé.
Le sculpture s’étage sur trois registres dans une composition pyramidale au sommet de laquelle trône l’allégorie de la Victoire. Le niveau médian accueille les défenseurs de la cité, exhortés par les Marseillaises, tandis qu’aux pieds du monument l’on trouve les cadavres des assaillants les plus téméraires. Enfin, sur la face arrière, l’Histoire grave le mémorable épisode sur ses tablettes.

Bibl. : Thomas E. « À la mémoire des Marseillaises », Le Petit Marseillais, 10 août 1913

dimanche 22 novembre 2009

Lucien Chauvet

Voici une nouvelle notice du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur, suivie d’une court historique d’œuvre :

Chauvet Lucien (Pertuis, vers 1832 – ?, après 1900), sculpteur
Il expose à Marseille dès 1851 : Hyacinthe blessé par Apollon (1851), L’Amour vaincu par Bacchus (groupe plâtre, 1852), Madame C… (buste, 1862). Le 3 novembre 1854, il obtient une bourse municipale de 400 francs pour poursuivre ses études à Paris. De retour à Marseille, il participe aux grands travaux du Second Empire : deux Griffons pour le parc Borély (1864), Les Génies de Duparc et de Réattu ainsi que des mascarons pour le Palais Longchamp (1867), Tritons portant les armes de Marseille pour la fontaine Espérandieu de l’École des Beaux-Arts – Bibliothèque (1870). En avril 1900, il participe au concours de la statue de la République destinée à l’escalier d’honneur de la Préfecture des Bouches du Rhône.

Jules Cavelier et Lucien Chauvet, Fontaine Espérandieu, 1868
Boulodrome du Palais des Arts, place Carli, 1er arrondissement

Le chantier de l’École des Beaux-Arts – Bibliothèque (dite aujourd’hui Palais des Arts) annonce la fin des grands travaux du Second Empire. Le décor sculpté est dorénavant moins luxuriant – donc moins coûteux – et confié à des artistes locaux. La fontaine Espérandieu fait exception puisqu’elle est réalisée pour moitié par un statuaire parisien grand prix de Rome, Jules Cavelier (1814-1894) ; pour son mascaron il ne touche cependant que 1800 francs-or, très loin des 130000 francs-or reçus pour ses travaux du Palais Longchamp. De son côté, Lucien Chauvet perçoit 2500 francs-or pour l’ornementation du fronton de ladite fontaine. Commandée en 1868, le procès-verbal de réception de l’œuvre est dressé le 7 mai 1870.

mardi 17 novembre 2009

Liotard de Lambesc

Voici une nouvelle notice issue du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Liotard de Lambesc, Pascal Liotard dit (Lambesc ?, Bouches-du-Rhône, 1804 – ?, 1886), sculpteur
Élève de David d’Angers, il expose au Salon parisien de 1835 à 1837. Il participe, sous le Second Empire, aux expositions marseillaises de 1859 (cinq bustes dont celui de Frédéric Mistral) et de 1860 (Le Chanoine de Molières). Le 21 mai 1861, la ville de Tarascon inaugure sa statue en pied du Chanoine de Molières, placée dans une niche à l’entrée principale de l’hospice de La Charité (aujourd’hui dans le jardin de l’hôpital Saint-Nicolas). Le 18 octobre 1867, la ville de Marseille lui commande un buste en marbre (Napoléon Ier) et un médaillon en plâtre (Honoré Bouche) pour le décor de la nouvelle École des Beaux-Arts – Bibliothèque (aujourd’hui Conservatoire de Musique, dit aussi Palais des Arts). En 1874, il postule pour un emploi de professeur de modelage dans ladite école ; le poste est cependant attribué à Émile Aldebert.

Liotard de Lambesc, Napoléon Ier, buste marbre, 1869
Palais des Arts, place Carli, 1er arrondissement

Liotard de Lambesc, Honoré Bouche, médaillon plâtre, vers 1868
Escalier d’honneur, Palais des Arts, place Carli, 1er arrondissement

samedi 14 novembre 2009

Augustin Fabre (Émile Aldebert sculpteur)

Le 24 octobre dernier, j’ai brièvement parlé du transfert des sculptures de l’Hôtel-Dieu (métamorphosé en palace) au Conservatoire du Patrimoine Médical à l’hôpital Salvator, dans le quartier de Sainte-Marguerite. Mon amie Odile Gabbay m’a envoyé les photos d’un buste qui a ainsi été déménagé.

Émile Aldebert, Augustin Fabre, buste en bronze, 1893
Anciennement à l’Hôtel-Dieu, 2e arrondissement

Augustin Fabre (1836-1884) est le frère de l’armateur marseillais Cyprien Fabre. Il effectue son internat de médecine à Paris (1856-1861) avant de revenir exercer dans la cité phocéenne. Professeur suppléant à l’École de Médecine en 1864, il devient titulaire de la chaire de pathologie en 1868. Puis, à partir de 1871, il préside la Société de Médecine. Par ailleurs fervent chrétien, il exprime sa foi par la charité : il soigne gratuitement les nécessiteux deux jours par semaine, devenant ainsi le « bon docteur » ou encore le « médecin des pauvres ». Sa popularité est telle que, lorsqu’il meurt brusquement, ses obsèques sont suivies par 20000 personnes et prennent l’allure d’un deuil public.
En 1893, le sculpteur Émile Aldebert (1828-1924) réalise son buste pour un monument commémoratif érigé dans l’Hôtel-Dieu, au pied de l’escalier monumental de l’aile gauche. Le portrait en bronze a une hauteur de 79 cm, une largeur de 60 cm et une profondeur de 30 cm. Il est signé et daté E. Aldebert / 1893 sous l’amorce du bras gauche.

Émile Aldebert, Augustin Fabre, buste en bronze, 1893
Conservatoire du Patrimoine Médical, hôpital Salvator, 9e arrondissement

mercredi 11 novembre 2009

Le concours pour la statue de La République

Le 25 septembre dernier, je vous avais livré la notice de ma thèse concernant La République de Constant Roux. Depuis, mon ami Olivier Gorse des Archives départementales des Bouches-du-Rhône m’a communiqué le dossier concernant cette statue (4N63) révélant tous les détails du concours et un incroyable coup de théâtre. Je reprends donc la genèse de cette œuvre :

Le 22 octobre 1898, le Conseil Général des Bouches-du-Rhône décide d’ériger un buste de La République dans la niche de l’escalier d’honneur de la Préfecture. Le 15 avril 1899, le Conseil général et l’administration préfectorale adopte le devis de l’architecte en chef du département Buyron, évalué à 2018,80 francs-or.

Buyron, buste de La République, dessin, avril 1899
Archives Départementales 4N63

Dès le 23 mai 1899, la Commission départementale exprime le désir d’une statue en pied à la place du buste. L’architecte Buyron est donc prié de dresser un nouveau projet. Il rend alors un devis estimé à 9500 francs-or à la mi-juin.

Buyron, statue de La République, dessin, juin 1899
Archives Départementales 4N63

Le Conseil Général, dans sa séance du 10 octobre 1899, décide de mettre au concours ladite statue. Les sculpteurs nés ou vivants dans le département ont seuls le droit d’y participer. Les maquette en plâtre blanc, au tiers de l’exécution (76,6 cm) sont a envoyées à la Préfecture au plus tard le 10 avril 1900. Neuf artistes y participent : Auguste Carli (1868-1930), Constant Roux (1865-1942), Henri Lombard (1855-1929), Stanislas Clastrier (1857-1925), Valentin Pignol (1863-1912), l’Aixois Philippe Solari (1840-1906), Marius Guindon (1831-1919), Lucien Chauvet (vers 1832 - ?) et Philippe Poitevin (1831-1907).
Le 27 avril 1900, un jury de neuf membres procède au choix du lauréat, la majorité absolue étant de cinq voix. Avant le scrutin, un premier vote élimine les maquettes de Guindon, Chauvet et Poitevin qui n’apparaissent pas satisfaisantes.
1er tour de scrutin : Carli, 4 voix ; Roux, 3 voix ; Pignol, 1 voix ; Solari, 1 voix
2e tour de scrutin : Carli, 4 voix ; Roux, 3 voix ; Pignol, 2 voix
3e tour de scrutin : Carli, 4 voix ; Roux, 3 voix ; Pignol, 2 voix
Il est donc procédé à l’élimination de la maquette de Pignol par 2 voix contre 7 voix.
4e tour de scrutin : Roux, 5 voix ; Carli, 4 voix
Constant Roux est déclaré vainqueur du concours. Une prime de 500 francs-or est allouée à Carli et d’autres d’un montant de 300 francs-or à Lombard, Pignol et Solari.

Auguste Carli, Juvénal Deleuil, buste marbre, 1901
Cimetière Saint-Pierre, carré 26, 10e arrondissement

Mais – coup de théâtre ! – le président du Conseil Général Juvénal Deleuil demande l’annulation du jugement dès le mois de mai suivant, alors même qu’il faisait partie du jury. Il estime que la présence de neuf jurés imposés par le préfet n’était pas conforme à une décision du Conseil Général qui n’en prescrivait que cinq. En fait, il est vraisemblablement mécontent de la défaite de son poulain, à savoir Auguste Carli auquel il commande son buste peu après. S'en suivent des mois de procédure, Constant Roux ayant saisi la Société des Artistes Français pour défendre ses intérêts moraux et matériels. Toutefois, il est finalement rétabli dans ses droits et réalise la statue qui, désormais, n’investit plus la niche mais trône devant elle sur un piédestal.

Constant Roux, La République, statue marbre, 1903
Escalier d’honneur de la Préfecture des Bouches-du-Rhône
6e arrondissement

jeudi 5 novembre 2009

Marius Malan

Voici la notice d’un artiste provençal, actif à Marseille et dans sa région, issue de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Malan Marius, Benoît Marius Malano dit (Mane, Alpes-de-Haute-Provence, 19 mai 1872 – ?, 11 juin 1940), sculpteur
Essentiellement portraitiste, il montre ses premières œuvres aux expositions de l’Association des Artistes Marseillais auxquelles il se montre fidèle de 1900 à 1914 : L’Ami Mein (buste plâtre, 1901) ; Ferdinand Servian (buste plâtre, 1908)… Il expose à Toulon (1903, 1ère médaille) et au Salon des Artistes Français en 1904 (Mme Ph…, buste plâtre), 1913 (Fillette, buste marbre) et 1926 (Vieille femme, buste marbre ; M. Ch. B…, buste bronze – mention honorable). Vers 1902, il réalise un haut-relief en marbre – La Visite au cimetière – pour la tombe de la famille Jean-Baptiste Robin à Ivry-sur-Seine. Il exécute par ailleurs un portrait du peintre Joseph Ravaisou d’après son masque funéraire. On lui doit enfin plusieurs monuments aux morts dont ceux d’Aix-en-Provence et des Milles (Bouches-du-Rhône).

Marius Malan, Monument aux morts des Milles, 1920
Carte postale

dimanche 1 novembre 2009

Faune et cabri (Ary Bitter sculpteur)

Décidément, Ary Bitter (1883-1973) est le sculpteur le plus régulièrement présent sur Ebay. Il est vrai que sa large production de petits groupes ou de statuettes en plâtre, terre cuite et bronze contribue largement à ce fait.
Cette semaine, l’artiste est représenté par Faune et cabri, un adorable groupe en terre cuite émaillée et polychrome. Les dimensions (H. 21 cm – L. 68 cm – P. 24,5 cm) en font une œuvre très décorative, en dépit de petits accidents (oreille droite du faune restaurée et une patte du cabri cassée/recollée). Elle est signée sur la terrasse ary bitter. Sa datation la situe vraisemblablement dans la décennie 1920-1930, la bonne période du sculpteur pour les amateurs.

Ary Bitter, Faune et cabri, terre cuite émaillée polychrome
(face, dos et signature)

La vente échoie mercredi prochain, 4 novembre. Le prix de base (250 euros) ne devrait pas décourager les connaisseurs. Moi-même, je l’ajouterais volontiers à ma collection…
Addenda du 5 novembre : bizarrement (et tant mieux !) je suis le seul internaute que cette oeuvre intéressait. Je l'ai donc acquise à l'enchère minimale.