lundi 1 mars 2010

Hôtel Antony Roux (sculpteur inconnu)

J’emprunte une nouvelle notice de mon amie Florence Marciano, extraite du catalogue de l’exposition de l’Essor Figures en façade, le décor sculpté privé à Marseille (2005) :

L’hôtel particulier qu’Antony Roux (1833-1913) se fait construire en 1859 rue Sylvabelle, par l’architecte Charles Bodin (1803-1872), comporte un décor exceptionnel. La façade est percée de deux grandes portes en plein cintre portant sur l’extrados deux grandes figures allongées, l’une féminine, l’autre masculine (ces dernières à l'extérieur de la composition). Elles encadrent un médaillon de cuir enroulé où figurent le monogramme du propriétaire et le numéro de l’immeuble.
Autour du médaillon portant le monogramme A R, allusion directe à Antony Roux, les deux personnages tiennent d’une main une corne d’abondance (allégorie de La Fortune) ; la figure masculine, la plus importante, tient un livre (iconographie rare qui représente Le Savoir). On peut les interpréter comme Le Savoir allié à la Fortune ; en effet, Antony Roux est un rentier et un grand collectionneur : il est l’un des mécènes de Gustave Moreau (1826-1898) à qui il achète de nombreuses œuvres et commande des illustrations des Fables de La Fontaine, puis, à la mort de celui-ci, soutient Auguste Rodin (1840-1917).

Le Savoir et la Fortune, dessus-de-porte, pierre, 1859
101, rue Sylvabelle – 6e arrondissement

L’autre groupe présente comme attributs un flambeau (pour la figure masculine, là encore la principale) représentant La Connaissance et une trompette représentant La Renommée ; elles tiennent également chacune une corne d’abondance. Elles viennent compléter et renforcer la première allégorie : la renommée d’Antony Roux est certes assise sur sa fortune, mais également sur son intérêt pour l’art et sa connaissance du milieu artistique de son époque.

La Connaissance et la Renommée, dessus-de-porte, pierre, 1859
101, rue Sylvabelle – 6e arrondissement

Quoique symétriques, ces figures ont des attitudes légèrement différentes qui font référence aux grandes sculptures exécutées par Michel-Ange pour les tombeaux de Laurent et Julien de Médicis dans leur chapelle de l'église San Lorenzo à Florence (1521-1534). Ce rappel à l'art ancien dans ces temps d'éclectisme permet à la fois au sculpteur (malheureusement inconnu) de montrer sa culture et sa maîtrise et à Antony Roux, en tant que commanditaire, de rappeler le rôle de cette grande famille de la Renaissance et de son mécénat si actif.

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