jeudi 4 mars 2010

L’Épiphanie (sculpteur inconnu)

Voici une notice que Florence Marciano et moi destinions à l’exposition de l’Essor Têtes à têtes (2007) et qui n’a finalement pas été retenue faute de place :

L’Épiphanie (Vierge à l’Enfant, séraphins et rois mages), vers 1871
33, rue des Trois-Mages - 1er arrondissement

La ville de Marseille présente dans le quartier de la Plaine une particularité topographique : deux rues qui se croisent portent les noms des « Trois-Mages » et des « Trois-Rois », dénominations anciennes. Augustin Fabre explique qu’une auberge à l’enseigne des Trois-Rois, bien connue, y était installée au XVIIe siècle. Elle était alors au bord d’un chemin public qui se transforma en rue quand le quartier se développa et qui en a visiblement conservé la mémoire. Il y avait probablement une autre auberge pas très loin, dont le nom exprimait la même idée et qui était sa concurrente. Une première maison est construite à l’emplacement de l’actuel n°33, rachetée en 1871 par une dame Marie Arthémise Desnoyers, veuve d’Auguste Hippolyte Agnel, détruite et reconstruite à ce moment-là. Veuve depuis de nombreuses années, elle a tenu pendant des années des bains publics 8 boulevard du Nord (actuel Dugommier). Ce nouvel immeuble est pour elle un investissement, puisqu’elle loge rue Sénac, dans une maison qui lui appartient également. Peut-être ce décor était-il pour elle un acte de piété inspiré par le nom de la rue ? Il s’inscrit d’ailleurs dans la tradition des statues d’angle des immeubles marseillais représentant des Vierges ou des saints protecteurs.
Au premier étage de ce « trois-fenêtres » traditionnel de quatre étages se trouve dans un fronton interrompu une petite Vierge sur un petit culot fleuronné ; elle présente l’enfant Jésus emmailloté, les bras ouverts ; de part et d’autre, se trouvent les têtes ailées de deux séraphins joufflus. Enfin, au-dessus, les têtes des trois mages couronnées, dans des enroulements, ornent les fenêtres du premier étage. Comme le veut la tradition, l’un d’entre eux, Balthazar, est de type négroïde ; il se trouve au centre. Les deux autres l’encadrent ; leurs têtes sont peu différenciées si ce n’est que Melchior apparaît plus âgé que Gaspard.

Gaspard, Balthazar et Melchior, têtes pierre, vers 1871
33, rue des Trois-Mages - 1er arrondissement

L’ensemble compose un programme iconographique très soigné : l’Épiphanie. Par la composition tout d’abord : la Vierge au premier étage, à la place d’honneur, les Rois au-dessus la protégeant en quelque sorte, Balthazar au centre formant ainsi un axe de symétrie, les deux têtes extérieures légèrement de trois quarts pour créer un mouvement, une dynamique. Par le traitement ensuite : les têtes des Rois très individualisées, véritables petits portraits, le jeu des drapés du manteau et de la robe de la Vierge agenouillée. Par les détails enfin des têtes d’anges et des rameaux d’olivier sous les Rois Mages, symbole de paix.
Comme très souvent pour ce type de décor, l’artiste demeure anonyme ; toutefois l’ensemble garde toute sa signification puisque la rue a heureusement conservé son nom.

1 commentaire:

Julien Anderson a dit…

Monsieur, vos articles sont très intéressants. Concernant la mention faite au sujet d'Auguste Hippolyte Agnel, il me semble que les bains se trouvaient à l'emplacement actuel du Boulevard d'Athènes. On retrouve en effet la mention de bains sur le cadastre napoléonien sur un terrain ayant appartenu à un Joseph Agnel. Auriez-vous d'autres informations à ce sujet ? Je m'intéresse particulièrement au 20 bd d'Athènes. Cordialement