jeudi 25 mars 2010

Les Quatre partie du monde (sculpteur inconnu)

Une nouvelle fois, j’emprunte une notice de mon amie Florence Marciano publiée dans le petit livret de l’exposition de l’Essor Figures en façades (2005) :

Les Quatre parties du monde, cariatides pierre, 1883
25, cours Lieutaud – 6e arrondissement

L’immeuble, érigé par les entrepreneurs Cayol Frères au 25 cours Lieutaud, appartient à une séquence urbaine caractéristique des transformations d’urbanisme que connaît Marseille à partir des années 1860 : l’haussmannisation du centre-ville. Décidé en 1864 et effectif en 1867, le percement du cours entre les actuels boulevards de Rome (Salvator) et des Parisiens (Garibaldi) est donné à forfait à trois entrepreneurs : Pot, Mauss et Tronc. L’immeuble date cependant de 1883 ; il est donc construit tardivement, mais respecte les schémas modernes de façades qui se sont mis en place grâce au règlement de voirie de 1859 lors des travaux d'élargissement de la rue Noailles et de la création de la rue Impériale. Peut-être a-t-il été projeté avant la crise économique qui va durer de 1870 à 1880 et finalement exécuté une quinzaine d’années après. Son décor monumental est en effet en rupture avec l’appauvrissement général des façades pour la période de la Troisième République. Au n°25, ce sont quatre cariatides en gaine qui soutiennent le balcon du deuxième étage (le rez-de-chaussée commercial interdit la présence d’un balcon au premier étage). Elles sont toutes différentes : visages, drapés, coiffure, attribut ; seuls leurs gestes sont symétriques pour créer une unité : un bras soutenant la console, l'autre tenant un attribut. Ceux-ci, avec les coiffures définissent des allégories qui représentent Les Quatre parties du monde (à une époque où l’Océanie n’a pas d’existence politique propre). La première cariatide, avec la palme et la peau de lion jetée sur ses épaules, symbolise L’Afrique (son visage, plus typé que les autres, a des traits légèrement négroïdes), la seconde avec la corne d’abondance, L’Europe qui est alors le plus puissant continent, la troisième avec son vase, L’Asie et ses parfums, et enfin la quatrième, dont le symbole est difficile à lire, L’Amérique.

L’Afrique, cariatide pierre, 1883
25, cours Lieutaud – 6e arrondissement

L’Europe, cariatide pierre, 1883
25, cours Lieutaud – 6e arrondissement

L’Asie, cariatide pierre, 1883
25, cours Lieutaud – 6e arrondissement

L’Amérique, cariatide pierre, 1883
25, cours Lieutaud – 6e arrondissement

Ce thème s’accorde particulièrement bien avec Marseille, port moderne puissant de la Méditerranée, ouvert sur le monde grâce au Canal de Suez (inauguré en 1869). Elles sont bien sûr à rapprocher de celles du Grand Hôtel du Louvre et de la Paix, plus massives, plus stylisées, mais dont les traits et les attributs (éléphant, dromadaire, cheval marin et roue à aubes) sont beaucoup plus parlants (Hippolyte Ferrat sculpteur, 1863). L’illustration de ce thème connaît d’autres versions avec un des salons de la Préfecture peints par Antoine-Dominique Magaud – Le Génie de la France éclairant les Quatre parties du Monde (1867-1872) – et avec la fontaine sculptée par André Allar place Estrangin (1887-1890).

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