dimanche 18 avril 2010

Siège social de la Société des Ciments de la Méditerranée Désiré Michel (sculpteur inconnu)

Je me permets encore une fois de vous livrer une notice de mon amie Florence Marciano extraite du petit catalogue de l’Essor Figures en façades (2005) :

Atlantes, 1858
Siège social de la Société des Ciments de la Méditerranée Désiré Michel
1 rue Frédéric-Chevillon, 1er arrondissement

La présence de deux atlantes sous le balcon à balustres soulignant l'étage noble de cet immeuble à la belle façade est tout à fait normale dans le quartier bourgeois du boulevard Longchamp. Mais elle est cependant incongrue au regard du matériau utilisé : le ciment. Ce matériau, dont le brevet est déposé en 1841, connaît un essor fulgurant au XIXe siècle grâce à ses facilités d'emploi. La société Michel, Armand et Cie est créée en 1839, puis Désiré Michel va diversifier son activité pour promouvoir les qualités du ciment dans l'ornement de l'architecture. Il annonce en 1858 comme un défi la construction du siège de sa nouvelle société, traverse du Chapitre (rue Frédéric-Chevillon), entièrement en ciment et en trois mois seulement, de juillet à septembre. Il lui permet surtout de montrer les propriétés plastiques de ce nouveau matériau par la présence d'un décor abondant sur une façade ordonnancée dont les trois étages sont scandés par trois ordres superposés (dorique, ionique, corinthien). L’accent est mis sur la travée centrale soulignée par un balcon à balustres porté par deux atlantes, dont la position de la tête et le mouvement des bras rappellent les atlantes sculptées en 1657 pour l’Hôtel de Ville de Toulon par Pierre Puget (malheureusement l’un des personnages a souffert et les bras ont disparu). On retrouve ici ce thème de la figure double, un jeune homme et un homme mûr, comme à l’hôtel Grau ou à l’hôtel Déonna. En revanche, les visages sont souriants et ne traduisent pas l’effort et la charge de la structure comme leur modèle ; il n’y a donc plus de corrélation entre le rôle de la figure porteuse et leur expression sculpturale : leur fonction est uniquement décorative. Ces atlantes sont emblématiques de cette période où les architectes ont le souci du décor de la façade : le ciment moulé offre la possibilité aux propriétaires de donner grand air à leur immeuble grâce à ce procédé et d’imiter ainsi les constructions les plus riches. On note la présence de plusieurs types de baies (à linteau horizontal, en arc plein cintre et arc brisé surmontées d'un larmier sur corbeaux, en arc segmentaire) et de toutes sortes de petits ornements : agrafes, coquilles, feuilles d'acanthe, mufles de lion, frises de triglyphes et rosaces.
D'ailleurs, Désiré Michel fait paraître un catalogue en 1863 qui détaille les constructions exécutées par sa compagnie (offrant ainsi une vue de l’atlante manchot dans son état originel) et surtout des pages montrant les avantages du ciment par des illustrations avant/après de façades refaites dans ce matériau ; la façade de l’église de la Mission de France rue Tapis-Vert en est l’emblème. Cela permet à la fois un ravalement, une mise au goût du jour et surtout une abondance d'ornements à peu de frais. Le ciment convient donc parfaitement à l'activité intensive de la construction à Marseille au milieu du siècle et va transformer en grande partie l'aspect de ses rues dans les quartiers modestes ; les plus bourgeois se réservent malgré tout l'usage de la pierre.

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