jeudi 9 septembre 2010

Le Dresseur d'oursons (Louis Botinelly sculpteur)

Voici un extrait de mon livre Louis Botinelly, sculpteur provençal à propos du Dresseurs d’oursons (p.22-23) :

Louis Botinelly (1883-1962) travaille certainement dès 1909 au Dresseur d’oursons, un jeune saltimbanque quasi nu apprenant à deux petits ours à tenir debout sur un ballon au son de son tambourin. Il choisit pour modèle un musculeux portefaix italien, prénommé Vincent, rencontré aux Halles. Il loue ensuite un ourson baptisé « Nenette » au dompteur Pézon. L’animal, logé dans l’atelier, reste à l’origine de nombreuses anecdotes : lorsque Louis suspend du pain enduit de miel afin qu’il se dresse sur ses pattes, l’astucieux plantigrade préfère pousser un escabeau pour atteindre sa friandise ; une nuit, bien qu’enchaîné au mur, il renverse une selle et fait tant de bruit qu’il attire l’attention de la concierge, laquelle, terrifiée, découvre inopinément son bruyant locataire... Mais les études d’après nature sont suffisamment avancées ; l’ours peut regagner sa ménagerie. Le groupe en plâtre, de grandeur naturelle, semble conçu pour remporter tous les suffrages avec une belle académie et un sujet léger. Et cela fonctionne puisque, présentée sous le numéro 3139 au Salon de 1911, la sculpture reçoit une médaille de 3e classe, l’équivalent d’une médaille de bronze. Par contre, les espoirs d’un achat ou d’une bourse de l’État sont une nouvelle fois déçus. La déception de Botinelly est d’autant plus grande qu’Antoine Sartorio, son rival de l’École des Beaux-Arts de Marseille, obtient, lui, une prime d’encouragement de 1000 francs pour son bas-relief Les Ilotes (n°3807).

Louis Botinelly, Le Dresseur d’oursons, groupe bronze, 1913
Photo au Salon des artistes français de 1913

Afin de marquer les esprits, Botinelly décide de présenter au Salon une version en bronze de son Dresseur d’oursons. L’entreprise est financièrement risquée : à moins qu’ils ne soient le produit d’une commande, peu de grands bronzes figurent dans les expositions à cause du coût du matériau. Le sculpteur vise assurément un achat de l’État. Malheureusement, il ne possède pas l’argent nécessaire à son projet. Qu’à cela ne tienne ! Jeanne, sa jeune épouse, finance elle-même la fonte, probablement avec l’héritage de Jean Veyan, son grand-père décédé en 1910.
L’œuvre apparaît au Salon de 1913, sous le numéro 3217. Elle fait forte impression aux côtés d’une statuette en plâtre, La Chanson du Printemps. Le 5 juillet, l’Institut lui décerne le prix Desprez d’une valeur de 1000 francs par 19 voix contre 16 à deux autres prétendants, Louis Lejeune et Pierre Christophe. Pour sa part, l’État lui accorde enfin une prime d’encouragement, mais ne la retient pas dans la liste de ses acquisitions. De fait, malgré le succès d’estime, c’est un nouveau coup dur car les récompenses obtenues ne couvrent pas l’investissement.
Revenu à Marseille après la Grande Guerre, Louis Botinelly présente son groupe en bronze dans différents lieux : dans la galerie Carbonnel en 1918, à l’exposition de l’Association des artistes marseillais en 1919 , dans la section Art provençal (n°198) de l’Exposition coloniale de 1922. Au final, la ville de Marseille l’acquiert le 23 août 1927, moyennant 25 000 francs payables en trois annuités. Sauvée de la refonte, elle demeure sur la place de la Bourse jusqu’au percement du parking Charles de Gaulle. À la suite de ces travaux, le Dresseur d’oursons est érigé sur le parvis Saint-Laurent, en bordure de l’esplanade de la Tourette.

Louis Botinelly, Le Dresseur d’oursons, groupe bronze, 1913
Parvis Saint-Laurent, 2e arrondissement

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