dimanche 31 janvier 2010

Henri Lombard au cimetière Saint-Pierre

En 1885, le peintre Raphaël Ponson (1835-1904) perd son fils Édouard (1866-1885) âgé de dix-neuf ans. Pour commémorer son souvenir, l’artiste s’adresse à Henri Lombard (1855-1929), tout jeune grand prix de Rome pour la sculpture (1883). C’est certainement à la Villa Médicis que ce dernier exécute le modèle de ce médaillon d’un goût à la fois romantique et néo-renaissance, encadré d’une guirlande de fleurs au pied d’une colonne tronquée (signature sur la tranche du médaillon).

Henri Lombard, Édouard Ponson, médaillon marbre, vers 1885-1888
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

En 1921, Henri Lombard expose au Salon des artistes français un groupe en plâtre intitulé La Bienfaisance (n°3701). Il s’agit du modèle d’un bronze réalisé en 1919 et destiné à coiffer la sépulture de Jean-Pierre Martin (1835-1917) au cimetière Saint-Pierre de Marseille. Ce philanthrope, négociant et juge au tribunal de commerce, consacre sa fortune en 1903 à la création d’un sanatorium héliomarin sur la Corniche qui fonctionne jusqu’en 1977 ; il est par ailleurs, de 1909 à 1912, administrateur des Hospices civils de Marseille auxquels il lègue un important patrimoine immobilier. Il est probable que les Hospices soient à l’origine de la commande de ce groupe.

Henri Lombard, La Bienfaisance, groupe bronze, 1919
(ensemble & signature)
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

lundi 25 janvier 2010

Mercure (Stanislas Clastrier sculpteur)

Créée le 12 janvier 1836, la compagnie Fraissinet est la plus ancienne compagnie marseillaise de navigation à vapeur. Installée au quai d’Orléans (aujourd’hui quai de la Fraternité), elle déménage en 1853 son siège au 5, rue de Beauvau. En 1906, la compagnie agrandit ses locaux en acquerrant un immeuble contigu sis sur la place de la Bourse (aujourd’hui place du Général de Gaulle). Du coup, la nouvelle façade principale ne se trouve pas du côté de l’entrée, rue de Beauvau, mais sur la place de la Bourse pourtant dépourvue d’accès.

Stanislas Clastrier, Mercure, masque pierre, 1906
Place du Général de Gaulle, 1er arrondissement

Afin de valoriser cette nouvelle façade très en vue, l’architecte Léonce Muller (1859-1935) s’adresse au sculpteur Stanislas Clastrier (1857-1925). Il lui demande d’inscrire dans le fronton la tête de Mercure, dieu du commerce couronné de son pétase ailé, au-dessus de l’écusson Compagnie Marseillaise de Navigation Fraissinet & Cie. Sous les volutes des rampants interrompus du fronton, des fruits en abondance évoquent la prospérité de l’entreprise.
Le choix iconographique de Mercure est cependant doublement judicieux : en effet, le messager des dieux prête ici son effigie à une compagnie concessionnaire de l’État pour le service postal de 1873 à 1883 et qui reprend en 1905 les lignes postales pour la Corse.

jeudi 21 janvier 2010

Antoine Botinelly

Voici une énième notice de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Botinelly Charles Antoine (Sisteron, 1827 – Marseille, 1891)
Fils d’un tailleur de pierre originaire du Tessin, il complète sa formation à Milan avant de s’établir comme sculpteur à Marseille. Là, il réalise plusieurs ensembles funéraires pour le cimetière Saint-Pierre (tombe Auguste Raynaud). Il est aussi l’auteur d’un buste en marbre du Général Gémeau exposé à Marseille à l’occasion de l’exposition des Beaux-Arts du Concours Régional de 1861. Enfin, il est l’oncle du sculpteur Louis Botinelly (1883-1962).

Antoine Botinelly, La Jeunesse, tombeau d’Auguste Reynaud
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

La tombe s’inspire de celle de l’écrivain Henry Murger au cimetière Montmartre, à Paris. Sans doute Antoine Botinelly trouve-t-il le modèle de La Jeunesse effeuillant des pétales de roses, conçu par Aimé Millet dans L’architecture funéraire contemporaine de César Daly, publiée en 1871.

vendredi 15 janvier 2010

Monument à Mgr de Belsunce (Marius Ramus sculpteur)

Dès 1819, l’Intendance sanitaire souhaite commémorer Mgr de Belsunce (1670-1755), héros de la peste de 1720. Cependant, ce n’est qu’en 1851 que l’affaire se concrétise. Le préfet Suleau soumet au maire Chanterac le nom du sculpteur genevois James Pradier (1790-1852). Celui-ci envoie alors des ébauches dessinées au Conseil municipal, peu compétent en matière d’art : la position agenouillée du prélat inquiétait particulièrement les élus qui craignaient un monument écrasé sur lui-même. Ils reporte donc leur choix sur un artiste local, l’Aixois Marius Ramus (1805-1888). Une délibération du 13 octobre 1851 entérine ce choix.
Le site retenu est le cours Saint-Louis ; quant au matériau, le bronze est préféré au marbre. Le coût du monument (statue + piédestal + deux bas-reliefs) se chiffre ainsi à 20000 francs-or. L’œuvre est achevée pour le voyage du prince-président en septembre 1852 et provisoirement installée pour l’occasion sur le parvis de la cathédrale. Toutefois, l’inauguration officielle, sur le cours, se déroule quelques mois plus tard, pendant les fêtes de Pâques, le 28 mars 1853. Durant l’été 1878, le monument déménage du centre ville pour rejoindre (à nouveau) les abords de la Vieille Major.

Marius Ramus, Monseigneur de Belsunce, statue bronze, 1852
Parvis de la Cathédrale, 2e arrondissement

Marius Ramus, Mgr de Belsunce pendant la peste, bas-relief bronze, 1852
Parvis de la Cathédrale, 2e arrondissement

Marius Ramus, Mgr de Belsunce priant pour que cesse la peste, bas-relief bronze, 1852
Parvis de la Cathédrale, 2e arrondissement

mardi 12 janvier 2010

Griffons (François Gilbert sculpteur)

Le sculpteur parisien François Gilbert (1816-1891) est retenu dès la première campagne de décoration du Palais Longchamp (le 24 juin 1864). On lui confie la réalisation de divers sujets pour le couronnement du château d’eau, moyennant 14000 francs-or.

Le château d’eau du Palais Longchamp

Toutefois, c’est le 18 octobre 1867 que le Conseil municipal lui commande l’exécution de deux Griffons, moyennant 7000 francs-or supplémentaires. Il s’agissait pour l’architecte Henry Espérandieu (1829-1874) de meubler les parties environnantes du château d’eau afin d’éviter une cassure trop nette entre l’horizontalité de la colonnade et la verticalité du corps central. Les Griffons adoucissent ainsi la transition des deux axes. Gilbert qui avait déjà travaillé sur le couronnement du château d’eau est naturellement choisi pour ce travail dans un souci d’unité de style.

François Gilbert, Griffon, statue en pierre, 1868
Palais Longchamp, 4e arrondissement

Un petit air de Plus belle la vie
Griffon de Gilbert et Notre-Dame de la Garde

samedi 9 janvier 2010

Alphonse de Lamartine (Albert Bouquillon sculpteur)

En 1942, la Ville de Marseille répond à l’exigence de Vichy : envoyer à la fonte les sculptures réalisées en métaux non ferreux (bronze notamment) pour réaffecter cette ressource à l’armement allemand. Parallèlement, l’État s’engage à financer l’érection d’une œuvre en pierre en lieu et place de certains monuments sacrifiés. C’est le cas du buste du poète Alphonse de Lamartine, érigé sur le plateau Longchamp en 1891.
Le gouvernement commande alors une statue en pied au sculpteur Albert Bouquillon (1908-1997), originaire de Douai et grand prix de Rome en 1934. Sans doute ne s’était-il pas rendu compte qu’il s’agissait de remplacer un simple buste. Une fois le quiproquo levé, la Ville de Marseille se voit contrainte de détruire le socle existant, laissé vacant mais inadapté à la statue nouvelle. Un nouveau socle est donc conçu aux frais de la municipalité, lequel accueille enfin l’effigie de Lamartine en 1946.

Élévation du nouveau socle
Archives municipales de Marseille 32M39

Albert Bouquillon, Lamartine, statue en pierre, 1946
Plateau de Longchamp, 4e arrondissement

mardi 5 janvier 2010

Le Danseur au tambourin (Francisque Duret sculpteur)

Le sculpteur parisien Francisque Duret (1804-1865), grand prix de Rome en 1823, n’a que peu de lien avec Marseille : c’est à lui que, le 24 juin 1864, le Conseil municipal confie la réalisation du groupe colossal du Palais Longchamp moyennant 88000 francs-or ; sa mort prématurée l’empêche d’exécuter cette œuvre qui sera alors attribuée à Jules Cavelier.

Francisque Duret, Danseur au tambourin, statuette en terre cuite
Éditée par la tuilerie Guichard frères
Collection particulière

L’une des sculptures de Duret va toutefois intéresser la tuilerie Guichard frères, sise dans le quartier Saint-Henri : le Danseur au tambourin. Cette statuette est ainsi éditée en terre cuite par l’entreprise fondée en 1832 (signature dans le tambourin : Guichard frères / St Henri Marseille). Elle pourrait cependant être tardive et postérieure à la mort du sculpteur bien que la pièce originale date des années 1830-1840.
À la même époque, toutes les grandes tuileries marseillaises diversifient en effet leur production. Elles fabriquent bien sûr tuiles et tomettes, mais se lancent également dans la production artistique pour le décor des jardins et des vestibules.

Encart publicitaire de la tuilerie Guichard frères
Annuaire almanach de Commerce & Industrie Didot-bottin, 1894

Encart publicitaire des tuileries Roux frères
Annuaire almanach de Commerce & Industrie Didot-bottin, 1894

samedi 2 janvier 2010

Gabriel Joucla

Voici pour commencer l’année une nouvelle notice de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Joucla Gabriel (Marseille, XIXe-XXe), sculpteur
Élève d’Aldebert, il participe deux fois aux expositions de l’Association des Artistes Marseillais : 1890, Portrait et Le Moine au violoncelle ; 1900, Monseigneur Freppel et La Sainte Vierge, Saint François de Sales et Saint Barnabé, modèle d’un bas-relief exécuté pour l’église de Saint-Barnabé à Marseille. La cathédrale de Marseille possède une Piéta (groupe plâtre, 1898) et l’Académie de Marseille un portrait d’homme en médaillon daté de 1904.

Gabriel Joucla, Piéta, groupe plâtre, 1898
Cathédrale de Marseille, 2e arrondissement