jeudi 25 février 2010

immeuble n°46 bd de la Liberté (sculpteur inconnu)

En 1862, Joseph Boyer fait édifier un immeuble, exceptionnel dans ses dimensions et encore plus par son décor sculpté, au n°46 du boulevard de la Liberté. En fait, le bâtiment se développe sur trois façades : la principale sur ledit boulevard, la façade arrière sur la rue des Héros et un pan coupé à l’intersection des deux artères. Le propriétaire est alors entrepreneur en menuiserie ; en 1855, il s’affichait également comme ébéniste et marchand de bois. Pourtant, malgré un indéniable investissement visible au travers du décor, il n’y demeure que deux ans tout au plus. Après lui, l’immeuble abrite un restaurant, puis l’hôtel de Paris jusqu’en 1890.

Atlantes, pierres, 1862
46 bd de la Liberté – 1er arrondissement

L’entrée, sur le boulevard, est scandée de deux atlantes baroquisants de proportions modestes. Cependant, l’essentiel de la statuaire investit le pan coupé qui, par son dégagement, constitue une véritable vitrine.

Pan coupé, angle du bd de la Liberté
et de la rue des Héros – 1er arrondissement

La sculpture s’inspire ici du XVIIIe siècle avec quelques réminiscences louis-quatorziennes. Pour sa part, l’iconographie se divise en deux axes : les Arts et les Saisons. Au 4e étage, de chaque côté des fenêtres, deux putti en bas-relief symbolisent l’un l’Architecture (attributs : un té et un traité), l’autre la Musique (une mandoline et une partition). Ils font écho au décor du 1er étage, inscrit dans de larges médaillons, la Peinture (génie ailé accompagné d’un putto à la palette) et la Sculpture (génie ailé s’appuyant sur le buste du Milon de Crotone de Puget et dévoilant un buste emperruqué – Louis XIV ?).

La Peinture et la Sculpture, médaillon pierre, 1862
angle du bd de la Liberté et de la rue des Héros – 1er arrondissement

Les deux étages intermédiaires exposent les quatre saisons : le Printemps (bouquets de fleurs et arrosoir) et l’Été (serpe, épis e blé, corne d’abondance) au 2e étage ; l’Automne (raisin et aiguière à vin) et l’Hiver (allégorie masculine dans un manteau et brasero) au 3e étage. D’autres petits éléments décoratifs comme des têtes dans des frontons de fenêtre émaillent encore les façades de cet immeuble. L’ensemble, bien que de bonne facture, demeure malheureusement anonyme.

Les Quatre Saisons, bas-reliefs pierre, 1862
angle du bd de la Liberté et de la rue des Héros – 1er arrondissement

Merci à mon amie Florence Marciano qui a étudié l'historique de cet immeuble dans le cadre de l'exposion de l'Essor "Figures en façades".

mercredi 24 février 2010

Nice se donnant à la France (Henri Lombard sculpteur)

Demain, 25 février, un antiquaire propose à la vente sur ebay un groupe en plâtre exceptionnel : Nice se donnant à la France ou Réunion du comté de Nice à la France d’Henri Lombard (1855-1929). Et les quelques petits accidents existants ne nuisent en rien à la qualité de la sculpture.

Henri Lombard, Nice se donnant à la France, groupe plâtre, 1896
H. 118,5 cm – L. 60 cm – P. 31,5 cm

Cette œuvre provient de la succession du préfet des Alpes-Maritimes Arsène Henry (1848-1931) qui a été dispersée le 31 janvier dernier à Vannes. N°26 du catalogue de vente, elle est partie au prix dérisoire de 960 €, frais compris ; le professionnel qui a fait cette excellente affaire en demande aujourd’hui 7800 €… Avec la crise, je doute qu’elle parte à ce prix là !

Henri Lombard, Nice se donnant à la France, groupe marbre, 1896
Préfecture des Alpes-Maritimes, Nice

Enfin ! … Il s’agit du modèle demi-grandeur d’un groupe en marbre qui orne la salle des fêtes de la préfecture des Alpes-Maritimes. Cette œuvre a été commandé par l’Ètat le 9 juillet 1895 à compte à demi avec la ville de Nice pour 20000 francs-or et a été mis en place le 20 février 1897. Le modèle plâtre a sans doute été offert par l’artiste au préfet en place ou acquis par ce dernier.

vendredi 19 février 2010

Lions et Tigres (Antoine-Louis Barye sculpteur)

Le 24 juin 1864, le Conseil municipal de la ville de Marseille répartit différents travaux de sculpture pour le décor du Palais Longchamp entre cinq sculpteurs parisiens : Antoine-Louis Barye (1796-1875), Francisque Duret (1804-1865), Jules Cavelier (1814-1894), Eugène Lequesne (1815-1887) et François Gilbert (1816-1891).
Parmi ceux-ci, seulement deux ne sont pas titulaires du prix de Rome. Mais Gilbert est alors bien connu des édiles pour avoir travaillé sur le chantier du Palais de la Bourse. Barye, pour sa part, est un nouveau venu ; il bénéficie cependant d’une grande notoriété : en 1855, il reçoit une médaille d’honneur à l’Exposition universelle, est élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur et, depuis 1863, préside l’Union centrale des arts appliqués à l’Industrie ; en 1868, il sera élu à l’Académie des Beaux-Arts bien que n’étant pas passé par la Villa Médicis (un tour de force pour l’époque !).
Moyennant 48000 francs-or, il obtient la commande prestigieuse – la dernière de sa carrière – des quatre groupes animaliers surplombant les piédestaux des portes du jardin : à gauche, Lion avec un mouflon et Tigre avec une biche ; à droite, Lion avec un sanglier et Tigre avec une gazelle. Les sculptures sont en place en 1869 pour l’inauguration du Palais Longchamp.

Antoine-Louis Barye, Lion avec un mouflon, groupe pierre, 1869
Entrée du Palais Longchamp, 4e arrondissement

Antoine-Louis Barye, Tigre avec une biche, groupe pierre, 1869
Entrée du Palais Longchamp, 4e arrondissement

Antoine-Louis Barye, Tigre avec une gazelle, groupe pierre, 1869
Entrée du Palais Longchamp, 4e arrondissement

Aujourd’hui, à cause de la pollution et d’une restauration agressive, les quatre groupes ont perdu beaucoup de leur allure. On peut néanmoins retrouver leur modelé original dans les maquettes présentées dans le musée des Beaux-Arts… enfin, on le pourra à sa réouverture !

PS : Le dernier lion étant dans l'ombre lors de mon dernier passage, je ne l'ai pas photographié... une prochaine fois.

mardi 16 février 2010

Le compositeur Ernest Reyer

Louis Étienne Rey, dit Ernest Reyer (1823-1909), doit être considéré comme le plus grand compositeur marseillais du XIXe siècle. Auteur – entre autres – de l’opéra comique en un acte Maître Wolfram et du ballet Sakountâla, il demeure surtout connu pour deux opéras : Sigurd aux forts accents wagnériens et Salammbô. Il fut également critique musical.

Jean Hugues, Ernest Reyer, buste en marbre, 1890
(ensemble et signature)
Réserves du musée des Beaux-Arts, rue Clovis Hugues,
4e arrondissement

En 1890, un comité d’artistes et d’amateurs présidé par le mécène savonnier Louis Arnavon (1844-1901) ouvre une souscription publique pour orner le foyer du Grand Théâtre (aujourd’hui Opéra de Marseille du buste en marbre du composteur ; la commande de l’œuvre est passée au sculpteur Jean Hugues (1849-1930). C’est ce buste qui, le 24 février 1909, est solennellement couronné sur scène après une représentation de Sigurd afin de saluer une dernière fois le musicien décédé en janvier.

Paul Gondard, Ernest Reyer, statue en marbre, 1934
Plateau Longchamp, 4e arrondissement

Malgré toute l’admiration qu’Ernest Reyer suscite, ce n’est que dans les années 1930 qu’un monument lui est dédié. Œuvre du sculpteur Paul Gondard (1884-1953), la statue présente le compositeur concentré, la tête entre ses mains, et siégeant sur un trône massif flanqué des masques de Sigurd et Salammbô. Érigé en 1934 devant l’Opéra, le monument est transféré en 1936 en haut du cours Puget jusqu’à ce que la statue de Puget du statuaire Henri Lombard (1855-1929) ne le déloge ; il déménage alors sur le plateau Longchamp.

mercredi 10 février 2010

Tombe Bozadjian (Raoul Lamourdedieu sculpteur)

On trouve, au cimetière Saint-Pierre, une tombe sans doute tardive (vers 1945-1953) mais spectaculaire : la tombe d’une famille d’Arméniens – les Bozadjian – sculptée par un artiste du Lot-et-Garonne, Raoul Lamourdedieu (1877-1953). Deux processions de personnages supportent une dalle de marbre sous laquelle repose une allégorie étendue.

Raoul Lamourdedieu, tombe Bozadjian, pierre
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

La procession, de face, s’efface derrière les figures d’un jeune homme et d’une jeune femme. Du côté gauche, derrière le personnage masculin, les allégories du Mariage, du Travail et du Deuil symbolisent le temps qui passe.

Raoul Lamourdedieu, tombe Bozadjian (côté gauche), pierre
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Du côté droit, derrière la jeune femme, se situe la représentation des maux et des désirs de l’humanité : la Médisance, le Doute et la Maternité. Au sortir de la guerre, ces allégories traduisent peut-être des relations troubles avec l’ennemi.

Raoul Lamourdedieu, tombe Bozadjian (côté droit), pierre
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Enfin, au centre de la composition, sous le dais incliné, se trouve la figure apaisé du Repos éternel.

Raoul Lamourdedieu, tombe Bozadjian (figure centrale), pierre
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

samedi 6 février 2010

Flore (Louis Botinelly sculpteur)

Jeudi prochain, 11 février 2010, un antiquaire propose à la vente sur Ebay une charmante statuette de Louis Botinelly (1883-1962) : Flore (n°296 de mon catalogue raisonné). L’iconographie présente un nu féminin respirant une pleine brassée de fleurs ; les boucles en accroche-cœur de la chevelure à la garçonne de la jeune femme et le petit socle vermiculé datent avec certitude l’œuvre de la période art déco (vers 1925-1930). Il s’agit un plâtre patiné, signé L. Botinelly sur la plinthe du socle, haute de 29,5 cm (diamètre du socle : 8 cm). La mise à prix est de 85 €.

Louis Botinelly, Flore, statuette plâtre, vers 1925-1930

Du vivant du sculpteur, l’œuvre est restée au stade de modèle-plâtre… à moins qu’une pierre, non répertoriée à l’heure actuelle, n’ait été taillée. Une fonte posthume a été réalisée à la demande d’Ève Botinelly, la fille du sculpteur. La fonderie parisienne Leblanc-Barbedienne a alors réalisé plusieurs exemplaires à cire perdue (H. 28,5 cm).

Louis Botinelly, Flore, statuette bronze
Collection Botinelly, Paris

Addenda : la statuette en plâtre est partie au prix de base de 85 €, n'ayant été convoitée que par un seul internaute.

jeudi 4 février 2010

Maximin Consolat & Franz Mayor de Montricher

Le Conseil municipal de Marseille décide, le 5 février 1869, d’orner le nymphée du Palais Longchamp des bustes du maire Maximin Consolat et de l’ingénieur Franz Mayor de Montricher à titre de reconnaissance publique : le premier a initié le chantier du canal de Marseille que le second a mené à bien.
Les sculpteurs Philippe Poitevin (1831-1907) et André Allar (1845-1926) qui vient d’obtenir le grand prix de Rome soumissionnent pour la réalisation des deux portraits moyennant 2500 francs-or. Ainsi, Allar s’engage-t-il, le 1er décembre 1869, à réaliser le modèle en plâtre de son buste dans les deux mois suivant la commande et à livrer le marbre d’une hauteur de 1,10 m dans un délai de quatre mois. La commande définitive est passée le 9 mars 1870 : l’effigie de Consolat échoit à Poitevin et Allar obtient le portrait de Montricher ; quant au marbrier Jules Cantini (1826-1916), il est chargé des fournitures et des travaux d’installation.
Le calendrier n’est cependant pas respecté : Allar et Poitevin ne perçoivent leur 1er acompte de 500 francs-or pour l’achèvement de leur modèle et leur approbation que le 30 décembre 1870. Il est vrai que la situation financière de la ville a changé : avec la guerre franco-prussienne et la chute de l’empire, la cité phocéenne se retrouve sur-endettée. Certains conseillers parlent désormais de ce tribut de reconnaissance comme d’une dépense de luxe. Pour autant, attendu que les artistes ont bien avancé leurs œuvres, le Conseil autorise le 10 janvier 1871 la poursuite de travaux en maintenant la commande. Les bustes achevés sont finalement mis en place le 31 décembre 1871.

Philippe Poitevin, Maximin Consolat, buste en marbre, 1871
Nymphée du Palais Longchamp, 4e arrondissement

André Allar, Franz Mayor de Montricher, buste en marbre, 1871
Nymphée du Palais Longchamp, 4e arrondissement