mercredi 28 juillet 2010

Iconographie : les cariatides sirènes – 2

Sculpteur inconnu, Cariatides sirènes, ciment, vers 1860-1870
40 rue Saint-Sébastien, 6e arrondissement

Les sirènes de la rue Saint-Sébastien, à proximité de la place Castellane, apparaissent, elles, très stylisées. Leurs poses totalement symétriques semblent raides mais l’enchevêtrement es queues bifides rappelle bien le modèle initial.

James Pradier, Nemausa, statue marbre, 1851
Fontaine de l’Esplanade Charles de Gaulle, Nîmes

Ici, un détail retient l’attention : la coiffe en feuilles de nénuphars évoque une sculpture de James Pradier (1790-1852) : Nemausa, source mère de la colonie romaine figurant sur la Fontaine de l’Esplanade à Nîmes (1845-1851). Cette référence artistique permet également une simplification du moulage en ciment tel que le pratique Désiré Michel par exemple.

Marius Barneaud, Cariatides, pierre, vers 1865-1869
64 avenue du Prado, 6e arrondissement

Le troisième ensemble diffère des deux premiers : les cariatides du n°64 avenue du Prado ne sont pas des sirènes à proprement dit. Leurs jambes ne se terminent pas en queue de poisson. Toutefois, le tronc bifide se transforme en entrelacs végétaux de feuilles d’acanthe. C’est cette particularité qui la relie aux cariatides sirènes de l’Hôtel des Princes. Par ailleurs, malgré la symétrie des figures porteuses, un grand soin a été apporté à leur réalisation : les visages sont expressifs, la torsion des corps très juste, le feuillage très fouillé… une œuvre d’artiste que le sculpteur Marius Barneaud (actif à Marseille entre 1865 et 1869) revendique en appliquant sa signature.

lundi 26 juillet 2010

Iconographie : les cariatides sirènes – 1

Sculpteur inconnu, cariatides sirènes, pierre, vers 1786-1792
Hôtel des Princes, 10 place du Général de Gaulle, 1er arrondissement
Ensemble et détail

L’Hôtel des Prince est un hôtel de voyageurs édifié à la fin du XVIIIe siècle sur les terrains de l’ancien arsenal détruit en 1784. Sa façade qui regroupe en fait trois maisons concentre l’essentiel du décor sur la partie centrale : outre le mascaron solaire d’Apollon (3e étage), on trouve un mascaron de Neptune et deux cariatides sirènes pour supporter le balcon d’honneur. La caractéristique principale de ces figures féminines aquatiques, très adaptées à un bâtiment proche du port, réside dans leur queue bifide de poisson.
Ce décor connaît une filiation sous le Second Empire, notamment durant la décennie 1860-1870. Plusieurs immeubles d’habitations, relativement éloignés de la mer, reprennent plus ou moins fidèlement le motif de cariatides sirènes.

Sculpteur inconnu, cariatides sirènes, pierre ou ciment, vers 1860-1864
60-62 rue Saint-Savournin, 1er arrondissement
Ensemble et détail

Le premier d’un point de vue chronologique se situe aux alentours de la plaine, au 60-62 rue Saint-Savournin. Il s’agit d’un vaste immeuble qui, avec huit fenêtres en façade, sort des normes du trois-fenêtres marseillais si commun dans ce quartier. Les cariatides scandent l’entrée tout en soutenant le balcon principal. Elles conservent les attitudes de leurs modèles, tout en inversant leur positionnement. Toutefois, elles ont perdu en finesse d’exécution : le dessin est moins fouillé, le traitement plus lourd.

vendredi 23 juillet 2010

La Navigation et le Commerce (Eugène Guillaume sculpteur)

Au mois de juin se sont achevés les travaux de ravalement du palais de la Bourse. C’est l’occasion pour moi de revenir sur l’historique d’une partie du décor.
Le chantier du palais de la Bourse, construit sur les plans de l’architecte Pascal Coste (1787-1879) et dont la première pierre est posée par le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte en 1851, dure de 1854 à 1860. Le 11 août 1857 sont entérinées les premières commandes de sculptures : Auguste Ottin (1811-1890) obtient les statues Euthymènes et de Pythéas pour les niches de la façade ; Armand Toussaint (1806-1862) reçoit le bas-relief de le la loggia et le couronnement de l’attique ; à François Gilbert (1816-1891) échoient les voussures de la grande salle. Le 24 novembre 1857, la Chambre de Commerce entérine la proposition de l’architecte d’un supplément de sculpture afin d’orner la partie inférieure des arrières-corps de la façade principale.

Eugène Guillaume, La Navigation et Le Commerce
Modèle au 1/3 d’exécution, plâtre patiné, 1857
Réserves des musées de Marseille, 4e arrondissement

Eugène Guillaume (1822-1905) est proposé pour ce supplément de décoration. Les maquettes figurant La Navigation (attributs : rame, sextant, ancre, carte marine, dauphins) et Le Commerce (attributs : caducée, poignée de main, produits d’échange – amphore d’huile d’olive, blé, bois – et corne d’abondance) sont soumises à la Chambre de Commerce le 24 novembre 1857, ce qui indique que le projet avait déjà été élaboré en amont. Une somme de 20000 francs-or est allouée au sculpteur pour ces travaux. La sculpture de ces deux hauts-reliefs va bon train. Guillaume, à la demande de son commanditaire, corrige la trop grande symétrie des putti accompagnant le génie de la Navigation et présente les modèles définitifs dès décembre, lesquels sont acceptés. L’année 1858 est consacrée à la réalisation des modèles en plâtre. Le 24 février 1859, les praticiens entrent en scène et entament la mise aux points, permettant le dégrossissage et la taille des blocs de pierre par les praticiens. Guillaume débarque sur le chantier le 8 juin suivant pour apporter les finitions, ce qui est chose faite le 11 juin. À cette date, il reçoit une récompense de 1500 francs-or pour son extrême diligence et la qualité de son exécution.

Eugène Guillaume, La Navigation et Le Commerce
hauts-reliefs pierre, 1859
Palais de la Bourse, La Canebière, 1er arrondissement

Eugène Guillaume, Le Commerce, haut-relief pierre, 1859
Signature, palais de la Bourse, La Canebière, 1er arrondissement

mercredi 21 juillet 2010

Cavallo - San Marco II (Ludovico de Luigi sculpteur)

Ludovico de Luigi, Cavallo – San Marco II, statue bronze, 1983
Boulodrome de la place Carli, 1er arrondissement

En 1983, les archives municipales de Marseille – alors installées au Palais des Arts, place Carli – ont organisé une exposition consacrée au peintre et sculpteur vénitien Ludovico de Luigi (né en 1933). Parallèlement, l’artiste offre la sculpture d’un grand cheval de bronze à la Ville : mis en place en juin 1983, il sert de signalétique à l’exposition.
Ludovico de Luigi s’inspire pour cette statue des chevaux de la place Saint-Marc à Venise. Il en stylise la musculature, créant de la sorte une sculpture puissante qui marque fortement son œuvre dans les années 1980. En effet, plusieurs versions de Cavallo – San Marco II sont alors réalisées et placées de part le monde. Ainsi, après Marseille qui en a la primeur, se sont aux villes de Saint-Louis, de Chicago, de Denver, de Perth et de Bolzano d’ériger en leur sein le cheval d’airain.

Ludovico de Luigi, Cavallo – San Marco II, statue bronze et fontaine, 1986
One Financial Place, Chicago, USA

Ludovico de Luigi, Cavalli, groupe bronze, vers 1986
Adam’s Mark Hotel, Denver, USA

lundi 19 juillet 2010

La Fidélité et La Force (Antoine Bontoux sculpteur)

Pendant mes vacances à Marseille, je me suis rendu à l’ancien domicile de ma sœur : résidence La Roseraie, 53 boulevard de Hambourg, dans le 8e arrondissement. Il se trouve que l’entrée est décorée par deux Lions en pierre sculptés par Antoine Bontoux (1805-1892). L’artiste réalise ces deux allégories animalières – La Fidélité et La Force – pour l’entrée du château Falguière à Bonneveine – aujourd’hui disparu et remplacé par ladite résidence – en 1859, date à laquelle il expose les modèles en terre cuite au Salon marseillais.

Antoine Bontoux, La Fidélité et La Force, statues pierre, 1859
La Roseraie, 53 boulevard de Hambourg, 8e arrondissement

Antoine Bontoux – signature

vendredi 16 juillet 2010

Monument à Montricher (Philippe Poitevin sculpteur)

En revenant de Marseille, j’ai ramené à Paris la sculpture en terre cuite de Philippe Poitevin (1831-1907) que j’avais acquise aux enchères, par téléphone, le 24 avril dernier (cf. article du 25 avril 2010).
Datant de 1882, elle est légendée au dos La Ville de Marseille / recevant les eaux / de la Durance et / couronnant Mr / Montricher. Il s’agit d’un projet non réalisé de monument à la gloire de Franz Mayor de Montricher, ingénieur du Canal de Marseille (1840-1849), figuré dans un médaillon tenu par un putto. C’est certainement l’une des trois sculptures présentées par Poitevin au Concours régional de Marseille en 1886 (n°514 à 516) sous l’intitulé Ville de Marseille couronnant M. de Mont-Richer.

Philippe Poitevin, Projet de Monument à Montricher
Groupe terre cuite, 1882, collection personnelle

L’œuvre a été accidentée anciennement, notamment la base. Cela n’empêche pas un bonne lecture du sujet. Je la ferai néanmoins restaurer à l’automne : recollement d’un morceau désolidarisé de la base et décrassage.

mardi 13 juillet 2010

Monument à Jules Charles-Roux... rectification

Je reviens d’un séjour de trois semaines dans les Bouches-du-Rhône, ce qui me permet de corriger mon précédent message… car rien ne bouge plus que les statues à Marseille ! Le Monument à Jules Charles-Roux qui dépend des collections du musée du Vieux-Marseille ne se trouve plus au parc Chanot, mais a été démonté et déposé dans les réserves des musées de la Ville.

Denys Puech, Jules Charles-Roux, buste marbre, 1907
Réserves des musées de Marseille, 4e arrondissement

Auguste Carli, Le tirailleur arabe et Marseille, piédestal marbre, 1907
Réserves des musées de Marseille, 4e arrondissement