jeudi 28 octobre 2010

Saint Michel Archange (sculpteur inconnu)

L’archange Michel est un saint populaire à Marseille. L’actuelle place Jean Jaurès lui était autrefois consacrée sous le vocable de Plaine Saint-Michel. De même, à partir de 1849, l’architecte Pierre-Marius Bérengier (1808-1876) érige à l’extrémité de la rue Terrusse l’église néogothique Saint-Michel. Il n’est donc pas surprenant de croiser la statuette du saint entre ladite place et ledit lieu de culte, à l’intersection des boulevards Chave et Eugène Pierre. Le chef des anges apparaît ailé, une épée très dégradée à la main avec la dépouille du dragon – un dragonneau selon tout toute vraisemblance ! – à ses pieds. Son originalité réside dans son costume de légionnaire romain. L’œuvre, si elle reste aujourd’hui anonyme, n’en est pas moins dater : 1862.

Sculpteur inconnu, Saint Michel Archange, statuette pierre, 1862
Angles des boulevards Chave et Eugène Pierre, 5e arrondissement

lundi 25 octobre 2010

La Géographie (André Allar sculpteur)

J’ai acquis la semaine dernière un médaillon en cuivre, d’un diamètre de 24 centimètres, œuvre du sculpteur André Allar (1845-1926) : La Géographie. C’est l’occasion pour moi d’évoquer les débuts de la Société de Géographie de Marseille.
Ferdinand de Lesseps (1805-1894), de passage dans la cité phocéenne pour une conférence sur le Canal de Suez, suggère la création d’une Société de Géographie à Marseille. Celle-ci est fondée en 1876 et ses statuts sont déposés en février 1877. Elle accueille alors l’élite des scientifiques et des négociants marseillais, malgré une cotisation élevée de 25 francs-or : il est vrai que les intérêts économiques de l’expansion coloniale française incitent la bonne société à adhérer. En 1878, la jeune Société de Géographie de Marseille demande à André Allar de lui modeler une médaille. Le président Alfred Rabaud (1828-1886) offre le modèle, réalisé en galvanoplastie avant d’être réduit et frappé par la Monnaie de Paris, au Cabinet des médailles de la Ville le 1er octobre 1878. Le sculpteur, pour sa part, expose un autre exemplaire au Salon marseillais de 1880 tandis que le graveur Paulin Tasset (1839- ?) expose la médaille d’Allar au Salon des artistes français (1880, n°6770).

André Allar, La Géographie, médaillon en galvanoplastie, 1878
Collection personnelle

L’iconographie du médaillon représente l’allégorie de Massilia – le nom en grec apparaît sur un cartouche porté par un putto et le blason de la ville figure à la poupe du navire – navigant sur les flots pour explorer le monde dans un but commercial – un caducée trône en évidence à la proue du bateau. Elle tient d’une main le compas sur un globe et de l’autre indique le cap à suivre. Des putti l’aide dans son équipée : un premier barre le gouvernail, un deuxième utilise le sextant, un troisième scrute sa boussole flottant dans une cuvette. Dans l’eau, des dauphins stylisés nagent le long de la coque.

samedi 23 octobre 2010

Gustave Martin

Aujourd’hui je vous donne quelques bribes biographiques d’un artiste qui est absent de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur. Or j’ai trouvé quelques informations le concernant dans la Revue belge de numismatique et de sigillographie de 1908.

Martin Gustave (Marseille, 2 novembre 1868 – Marseille, après 1948 ?), dessinateur et médailleur
Après des cours à l’école des Beaux-Arts de la Ville de Marseille, Gustave Martin devient l’adjoint, à l’âge de 21 ans, de Joseph Laugier (1828-1901), le conservateur du Cabinet des médailles ; il lui succède d’ailleurs à ce poste en 1903. Il débute sa carrière artistique comme illustrateur : il collabore ainsi aux ouvrages de l’archiviste numismate Louis Blancard (1831-1902), du naturaliste Antoine-Fortuné Marion (1846-1900) et du paléobotaniste Gaston de Saporta (1823-1895). Parallèlement, il réalise une multitude de médailles et de plaquettes qui évoquent des événements ou des personnalités phocéens. Ses maquettes en plâtre sont ensuite coulées, réduites, frappées et patinées à Paris, à la Monnaie de France. La dernière œuvre connue de sa main date de 1948.

Gustave Martin, Le Petit Marseillais
Plaquette bronze célébrant l’un des quotidiens de Marseille
Gustave Martin, Commission administrative des Hospices de Marseille
Médaille bronze (face), avant 1908

Gustave Martin, Société pour la défense du commerce de Marseille
Médaille bronze (face et pile), 1910

Gustave Martin, Professeur François Arnaud (1856-1932)
Médaille bronze (face et pile), 1926

mardi 19 octobre 2010

Poussin, Puget, Aristote et Cuvier (Philippe Poitevin sculpteur)

Le 23 février 1866, le Conseil municipal de Marseille lance officiellement une troisième campagne décorative pour le Palais Longchamp, faisant pour la première fois appel aux artistes de la région. Dans ce cadre-là, le sculpteur Philippe Poitevin (1831-1907) obtient une commande s’élevant à 6000 francs. Il est chargé de la réalisation d’un groupe d’enfants pour l’escalier monumental du musée et surtout de quatre médaillons en bronze : Nicolas Poussin (1594-1665) et Pierre Puget (1620-1694), les figures artistiques emblématiques du XVIIe siècle français pour l’entrée du musée des beaux-arts ; Aristote (384-322 av. J.-C.) et Georges Cuvier (1769-1832), les maîtres de la classification des animaux pour l’entrée du muséum d’histoire naturelle. Cependant, la réalisation des modèles prélude sans doute à la commande officielle : en effet, l’un des médaillons fondus par la maison Maurel (Cuvier) semble dater de 1865.

Philippe Poitevin, Poussin, médaillon bronze, 1865-1866

Philippe Poitevin, Puget, médaillon bronze, 1865-1866

Philippe Poitevin, Aristote, médaillon bronze, 1865-1866

Philippe Poitevin, Cuvier, médaillon bronze, 1865-1866
Palais Longchamp ; 4e arrondissement

jeudi 14 octobre 2010

Oeil-de-boeuf et putti (Eugène Lequesne sculpteur)

Je reviens aujourd’hui sur le riche décor sculpté de la Préfecture des Bouches-du-Rhône… pour parler d’architecture :
Le 23 mars 1864, le sculpteur Eugène Lequesne (1815-1887) obtient la commande des sculptures de la façade principale des deux pavillons d’angle moyennant 47000 francs. Cela comprend quatre statues en pied (Vendôme, Pontevès, Cardin-Lebret et Portalis), des médaillons, des Renommées ainsi que des œils-de-bœuf flanqués d’enfants. L’ensemble est réceptionné par l’Administration le 12 mai 1865.
Eugène Lequesne, œil-de-bœuf et putti, pierre de Calissanne, 1865
Préfecture des Bouches-du-Rhône, 6e arrondissement
 
C’est un œil-de-bœuf qui m’intéresse tout particulièrement, sur le pavillon de la ville d’Aix (pavillon de gauche). En effet, l’un des enfants présente aux passants l’élévation et le plan si caractéristique de la Préfecture avec son hémicycle. Il fait écho à une autre représentation, picturale cette fois, qui se trouve au plafond de la salle de bal (Antoine-Dominique Magaud, 1817-1899). Ces deux citations s’inscrivent dans une longue tradition, depuis le Moyen-Âge et la Renaissance, qui veut que l’on figure les plans ou la maquette du monument dans le décor dudit monument.

Antoine-Dominique Magaud, La Sculpture et L’Architecture, 1868
Détail du plafond de la salle de bal
Préfecture des Bouches-du-Rhône, 6e arrondissement

mercredi 6 octobre 2010

Pythéas et Euthymènes (Auguste Ottin sculpteur)

En 1857, la Chambre de Commerce de Marseille passe une première commande à Auguste Ottin (1811-1890) : moyennant 12000 francs, elle lui confie la réalisation des statues devant orner les niches de la façade du palais de la Bourse édifié par Pascal Coste (1787-1879). Le sculpteur, dirigeant des carrières à Carrare, propose l’utilisation du marbre : il pense en obtenir gratuitement en en faisant la demande au ministère de la Maison de l’Empereur. Le 11 août 1857, la chambre entérine la commande avec une augmentation de 3000 francs pour l’exécution en marbre de Carrare. Toutefois, la demande de concession gratuite est refusée ; de fait, on convient en 1859, après l’examen des modèles en plâtre, d’une réalisation en pierre qui établie une harmonie avec les deux bas-reliefs – La Navigation et Le Commerce – d’Eugène Guillaume (1822-1905 ; cf. article du 23 juillet 2010). Les œuvres achevées sont placées dans leur niche respective le 6 octobre 1859.

Auguste Ottin, Pythéas, statue, pierre, 1859
Palais de la Bourse, 1er arrondissement

Auguste Ottin, Euthymènes, statue, pierre, 1859
Palais de la Bourse, 1er arrondissement

Pour l’iconographie, la Chambre de Commerce arrête son choix sur les deux grands marins-explorateurs massaliotes de l’antiquité : Pythéas, vêtu comme un Celte, qui remonte vers le cercle polaire jusqu’au royaume de Thulé et Euthymènes qui longe les côtes africaines jusqu’à l’embouchure du Sénégal.

samedi 2 octobre 2010

Zarafa II/III et Marcel Zarafon (Jean-Michel Rubio sculpteur-plasticien)

À l’origine, Zarafa est le nom de la girafe offerte par le vice roi d'Egypte Méhémet Ali au roi de France Charles X : elle arrive par la mer à Marseille le 14 novembre 1826, avant de remonter à pied jusqu’au Jardin des Plantes à Paris où elle vivra. Aujourd’hui empaillée, elle est conservée au muséum d'Histoire Naturelle de La Rochelle.

Projet de borne livre-échange Zarafa II

En juin 2009, dans le cadre des Bouquinades, l'Art Book Collectif qui promeut la lecture conçoit avec le sculpteur-plasticien Jean-Michel Rubio une girafe – Zarafa II – faite en livres servant de borne de livre-échange. L’événement éphémère se concrétise dans la durée : le 23 avril 2010, Zarafa II est ré-installée en haut de la Canebière avec, à ses côtés, un girafon composé de livres en braille qui n'a pas résisté très longtemps.

Zarafa II en construction et détail de la tête

Hélas, subissant l’inculture de supporters de foot, Zarafa II est incendiée dans la nuit du 16 mai 2010. l’événement soulève une vive émotion : de fait, l’érection d’une Zarafa III en métal – plaques de tôle soudée sur une armature métallique – est aussitôt projetée. Elle est construite sur place du 14 juin au 1er août 2010, retrouvant par la même occasion son girafon prénommé Marcel Zarafon.

Zarafa III et Marcel Zarafon, statues en métal, 2010
La Canebière, 1er arrondissement

Addenda du 19 octobre 2010 : Zarafa III et son girafon Marcel Zarafon ont été officiellement inaugurés le 7 octobre dernier.