mardi 30 novembre 2010

Ary Bitter sur Ebay

Cette semaine, le sculpteur marseillais Ary Bitter (1883-1973) a largement les honneur du site de vente aux enchères en ligne Ebay avec cinq dessins et une sculpture. Les dessins, dont les enchères échoiront dimanche 5 décembre, sont tous un prix de départ de 9,99 €.

Ary Bitter, Cheval fatigué, dessin original au crayon sur papier
cachet d’atelier, 21 cm x 27 cm
Addenda du 6 décembre : vendu 17,50 € après 4 enchères.

Ary Bitter, Caricatures, dessin original au crayon avec rehauts
de craie sur papier, cachet d’atelier, 27 cm x 21 cm
Addenda du 6 décembre : vendu 13,05 € après 3 enchères.

Ary Bitter, Cheval marchant, dessin original au crayon sur papier pelure
cachet d’atelier, 21 cm x 27 cm
Addenda du 6 décembre : vendu 13,50 € après 2 enchères.

Ary Bitter, Biche, dessin original au crayon sur feuille de carnet de croquis
cachet d’atelier, 19 cm x 11 cm
Addenda du 6 décembre : vendu 35,50 € après 5 enchères.

Ary Bitter, La Chevrière, dessin original à la craie avec rehauts
de gouache sur papier, signé, 21 cm x 27 cm
Addenda du 6 décembre : vendu 53 € après 7 enchères.

Pour sa part, la sculpture est un petit groupe représentant un jeune faune allongée sur une terrasse, face à un chevreau debout. Le bronze présente une patine dorée pour le faune et nickelée pour le chevreau. Quant à la base, elle est en marbre jaune veiné noir. Il s’agit d’une fonte d'édition ancienne, mais non signée, mesurant : H. 15 cm - L. 29,5 cm - P. 6 cm. L’œuvre est mise aux enchères jusqu’au mercredi 8 décembre au prix imbattable de 1 €. (Addenda du 9 décembre 2010 : l'oeuvre s'est vendue 281 € au terme de 21 enchères).

Ary Bitter, Faune et chevreau cabré, bronze, vers 1920-1930

jeudi 25 novembre 2010

Monument à Honoré Daumier (Antoine Bourdelle sculpteur)

Le sculpteur Antoine Bourdelle (Montauban, 1861 – Le Vésinet, 1929) est l’auteur de nombreux décors (théâtre des Champs-Élysées, 1913 ; opéra de Marseille, 1924) et monuments (Monument à Alvear, Buenos Aires, 1923 ; Temple de l’Héraklès archer, Toulouse, 1925) qu’il élabore jusqu’à la fin de sa vie. Cependant, faute de temps, certains ne sont pas exécutés comme un Monument à Daumier dont il ne réalise qu’une esquisse en terre du visage.
Vingt ans après la mort de l’artiste, le comité des Amis de Daumier réunit des fonds pour célébrer le caricaturiste dans sa ville natale. Il est alors décidé de reprendre l’esquisse de Bourdelle, de l’agrandir et de la couler en bronze. Ceci fait, la tête d’Honoré Daumier (1808-1879) est placée sur un haut piédestal et inaugurée le 16 juillet 1949.

Antoine Bourdelle, Monument à Honoré Daumier, tête bronze, 1949
Place Daviel, 2e arrondissement

mardi 23 novembre 2010

Honoré Daumier

Voici une nouvelle notice du Dictionnaire des peintres et sculpteur de Provence Alpes Côte d’Azur :

Honoré Daumier, photographie ancienne

Daumier Honoré Victorin (Marseille, 26 février 1808 – Valmondois, Val-d’Oise, 10 février 1879), lithographe, peintre et sculpteur
Installé avec sa famille à Paris en 1816, il entre comme apprenti chez le graveur Zéphirin Belliard en 1825. Avec la publication de Passe ton chemin cochon ! (La Silhouette, juillet 1830) débute sa carrière réellement de lithographe. Il collabore bientôt à différents journaux satiriques (La Caricature, Le Charivari…). Charles Philipon, directeur de La Caricature, lui commande notamment une série de bustes modelés et coloriés des Célébrités du Juste Milieu (ensemble de terres crues, 1832-1835 – musée d’Orsay). Le 23 février 1832, il est condamné pour la publication d’une lithographie, Gargantua qui croque le roi Louis-Philippe en ogre (Bibliothèque Nationale de France), mais n’est pas incarcéré. La parution de La Cour du roi Pétaud provoque, peu après, l’exécution de la sentence ; il est emprisonné jusqu’au 27 janvier 1833. De 1834 à 1850, il réalise quelques-unes de ses gravures les plus célèbres dont Rue Transnonain, 15 avril 1834 ou Ratapoil et Casmajou (1850). En 1848, il participe au concours d’une figure peinte de La République : son esquisse (musée d’Orsay) est primée, mais il n’en exécute pas de version définitive. Son ami Jean-Philippe Jeanron, alors au gouvernement, lui commandite un tableau religieux qui ne sera jamais achevé. En 1849, il reçoit une seconde commande picturale de l’État : Saint Sébastien (musée de Soisson). L’année suivante, il expose deux toiles au Salon, notamment Silène. En 1860, il est renvoyé du Charivari et connaît une existence difficile. En 1863, il essaie d’obtenir une nouvelle commande de l’État mais n’obtient qu’une mise en demeure : il doit honorer sa commande de 1848 ; il s’en libère en livrant son Silène exposé en 1850. Cette même année, après le décès de Philipon, il réintègre Le Charivari. En 1865, un chapitre entier lui est consacré dans Histoire de la caricature moderne de Champfleury. En 1871, il est élu membre de la Commission pour la sauvegarde des œuvres des musées, menacées par le Siège de Paris. Puis délégué aux Beaux-Arts pendant la Commune, il s’oppose à Gustave Courbet qui souhaite abattre la Colonne Vendôme. En 1872, il publie sa dernière lithographie dans Le Charivari : des problèmes de vue le gênent désormais pour son art ; il devient aveugle. En 1874, il acquiert une maison à Valmondois. En 1877, le gouvernement lui accorde une pension de 1200 francs qui est doublée l’année suivante. En 1878, la galerie Durand-Ruel organise une rétrospective de son œuvre, laquelle se solde par un échec. Enfin, il est frappé d’apoplexie au début de 1879 et meurt peu après. On peut voir au musée des Beaux-Arts de Marseille une série complète des Célébrités du Juste Milieu (bronze).

Deux célébrités du Juste Milieu :
Le ministre de l’Intérieur Gizot ou L’Ennuyeux
L’avocat et homme politique Dupin aîné ou L’Orateur
Bustes en terre crue coloriée, 1832-1835, musée d’Orsay

Bibl. : Daumier 1808-1879, catalogue d’exposition, Paris (Grand Palais), 1999 ; Lévêque (Jean-Jacques), Honoré Daumier, ACR Édition / Poche couleur, 1999 ; Daumier. Les célébrités du ‘Juste Milieu’ 1832-1835, catalogue d’exposition, Paris (musée d’Orsay), 2005 ; Klein (Charles-Armand), Honoré Daumier roi de la caricature, peintre et sculpteur, Mémoire du Sud / Équinoxe, 2005.

dimanche 21 novembre 2010

Pierre Puget

Je viens de me rendre compte qu’en trois années d’exercice je n’ai jamais donné de notice biographique du plus connu des artistes marseillais. Je me rattrape aujourd’hui avec celle que je lui ai consacrée dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Pierre Puget, Autoportrait, huile sur toile, 1668
Musée Granet, Aix-en-Provence

Puget Pierre (Marseille, 16 octobre 1620 – Marseille, 2 décembre 1694), sculpteur, peintre et architecte
Apprenti de Jean Roman, menuisier et sculpteur sur bois à l’arsenal des galères de Marseille, dès 1634, il parfait son éducation en Toscane, à Livourne puis Florence, en 1638. En 1639, il intègre l’atelier florentin de Pierre de Cortone ; il y reçoit sans doute ses premières leçons de peinture. Il rentre à Marseille en 1644. L’année suivante, il rejoint son frère Gaspard, tailleur de pierre, à Toulon et collabore avec Nicolas Levray, maître sculpteur à l’arsenal, à la réalisation d’une galère. En 1647, il se marie à Toulon et honore plusieurs commandes d’embellissement urbain. En 1649, il signe un contrat pour la décoration d’un retable pour la chapelle de la Confrérie Saint-Joseph de La Valette. La Fronde nuisant à l’activité de l’arsenal à partir de 1648 et ce jusqu’en 1652, il s’adonne davantage à la peinture : ainsi, en 1651, réalise-t-il Sainte Cécile musicienne (musée des Beaux-Arts de Marseille) et apparaît dans les archives comme maître peintre de la ville de Toulon. En 1656, il exécute les Atlantes de l’hôtel de ville de Toulon et reçoit pour la première fois le titre d’architecte. En 1659, Claude Girardin lui commande pour le jardin du château de Vaudreuil en Normandie deux sculptures, dont Hercule terrassant l’Hydre de Lerne (musée des Beaux-Arts de Rouen). Deux ans plus tard, Nicolas Fouquet lui demande un Hercule au repos dit aussi Hercule gaulois (musée du Louvre) pour Vaux-le-Vicomte ; le surintendant disgracié, la statue entre dans les collections de Colbert au château de Sceaux. De 1661 à 1668, il s’installe à Gênes, rejoint par sa famille et son élève Christophe Veyrier. Il honore alors de nombreuses commandes pour les familles Sauli, Lomellini, Brignole et Spinola. Durant ce séjour, sa peinture évolue notamment au contact de l’art de Giovanni Benedetto Castiglione et de Van Dyck. De retour à Toulon en 1668, il entre au service du roi en tant que directeur de l’atelier de sculpture de l’arsenal. Avec le peintre Jean-Baptiste de La Rose, il donne plusieurs esquisses de navires (Le Monarque, Le Soleil Royal, Le Paris, L’Isle-de-France…), décore plusieurs vaisseaux et forme quelques 92 sculpteurs ainsi que 39 peintres. En 1671, il entreprend son Milon de Crotone (achevé en 1689 – musée du Louvre) pour le parc de Versailles ; suivent Alexandre et Diogène (bas-relief, 1676-1689 – musée du Louvre) et Persée et Andromède (groupe, 1678-1684 – musée du Louvre). En 1679, il quitte l’arsenal de Toulon, ayant exaspéré Colbert avec ses projets toujours plus onéreux ; il s’installe à Marseille et entame la construction de la chapelle de La Charité (1679-1707). Il envisage alors la création d’une place royale à Marseille dans le goût du Bernin ; la guerre de la Ligue d’Augsbourg en 1688 anéantit le projet, les échevins offrant au roi les fonds réservés à la construction. En 1692, il débute un Faune (musée des Beaux-Arts de Marseille) destiné au jardin de sa demeure de Fongate ; cette œuvre reste inachevée. Le musée des Beaux-Arts de Marseille conserve de lui de nombreuses sculptures (Les Armes du Roi, haut-relief marbre ; Louis XIV, médaillon marbre ; Louis XIV à cheval, bas-relief marbre ; Salvator Mundi, buste marbre ; Lapidation de saint Étienne, bas-relief terre cuite ; Saint Charles Borromée priant pour la cessation de la peste de Milan, bas-relief marbre) et peintures (Le Baptême de Clovis ; Le Baptême de Constantin ; Le Sacrifice de Noé ; Le Sauveur du Monde ; Portrait de Gaspard Puget ; Le Sommeil de l’Enfant Jésus ; La Vierge apprenant à lire à l’Enfant Jésus ; L’Éducation d’Achille par le centaure Chiron).

Pierre Puget, Le Faune, statue en marbre, 1692-1693
Musée des Beaux-Arts de Marseille

Bibl. : Gloton (Marie-Christine), Pierre et François Puget peintres baroques, Édisud, Aix-en-Provence, 1985 ; Pierre Puget (1630-1694) peintre, sculpteur, architecte, catalogue d’exposition, Marseille (Vieille Charité), 1994 ; Connaissance des arts, hors série n°63 : Puget, 1994 ; Lagrange (Léon), Pierre Puget peintre, sculpteur, architecte, décorateur de vaisseau, Paris, 1868, reprint éditions Jeanne Laffitte, Marseille 1994

jeudi 18 novembre 2010

Le fonds Jean-Barnabé Amy au musée des Beaux-Arts de Marseille

En 1909, Marius Amy, fils du sculpteur tarasconnais Jean-Barnabé Amy (1839-1907), donne à la Ville de Marseille plus d’une centaine d’œuvres de son père. En majorité, il s’agit de masques représentants des portraits, des allégories, des figures grotesques, des expressions type.

Jean-Barnabé Amy, panneau de masques en bronze
Salon des artistes français de 1899

Jean-Barnabé Amy dans son atelier, vers 1900-1907

Le visage du sculpteur est encadré à gauche par une caricature de l’employé modèle intitulée Le Rond de cuir (musée des Beaux-Arts de Marseille, inv.514-37) et à droite par une allégorie de La Servitude (musée des Beaux-Arts de Marseille, inv.514-46).

Jean-Barnabé Amy, La Tarasque, bas-relief, 1883

Fidèle à sa Provence natale, le sculpteur perpétue ses mythes et notamment celui de La Tarasque dont un exemplaire en étain polychrome est conservé au musée des Beaux-Arts de Marseille (inv.538).

mercredi 10 novembre 2010

Monument aux morts des armées d'Orient et des terres lointaines (Antoine Sartorio sculpteur)

À la veille de la commémoration de l’Armistice du 11 novembre 1918, il me semble opportun de présenter un monument aux morts de 14-18. Marseille en compte de nombreux, mais j’ai décidé de m’arrêter ce matin sur le plus célèbre : le Monument aux morts des armées d'Orient et des terres lointaines. Labellisé « patrimoine XXe siècle » après l’avis favorable de la Commission régionale du patrimoine et des sites (CRPS) du 28 novembre 2000, il est depuis le 23 juillet 2009 inscrit sur la liste des Monuments historiques. Je vous soumets aujourd’hui la notice de la Drac le concernant :

Antoine Sartorio, Monument aux morts des armées d'Orient et des terres lointaines
Bronze, granit blanc de Corse, béton et pierre, 1927
60 Corniche du président J. F. Kennedy, 7e arrondissement

En novembre 1921, le gouvernement français donne l’autorisation d’ériger à Marseille un monument national aux Poilus d’Orient pour commémorer les victimes des armées françaises tombées loin du sol français pendant la grande guerre. Un concours est lancé peu après l’Exposition coloniale de 1922. Gaston Castel (1888-1971), architecte en chef du département et grand prix de Rome, est choisi parmi 17 concurrents. Il propose, avec son ami sculpteur Antoine Sartorio (1885-1988), les plans d’un monument formant un portique dressé sur le rocher promontoire devant la mer, comme pour rappeler que Marseille est la porte de l’Orient, mais aussi pour qu’il puisse être vu de loin. Le monument, conçu comme « un portique en plein ciel » est inauguré le 24 avril 1927.
Cette arche massive comporte en son centre un croissant et une étoile, son intrados est décoré de palmes stylisées. Elle est flanquée de part et d’autre de personnages en pied assurant la mémoire de l’armée de Terre et celle des combattants aériens, tandis que deux figures féminines aux ailes massives, plaquées sur le fruit des jambages, représentent leur héroïsme. Sur un socle, au centre de l’arche, se dresse la Victoire en bronze, les bras tendus vers le ciel. Sur les flancs de l’arche sont inscrits les noms et les dates des grandes campagnes du premier conflit mondial. Le tout est conçu en granit blanc, béton armé et pierre. Les conditions atmosphériques ont dégradé l'ensemble.

vendredi 5 novembre 2010

Tombe de Louis Rouffe (Émile Aldebert sculpteur)

L’une des tombes les plus originales du cimetière Saint-Pierre est, à mon sens, la stèle funéraire aux formes tarabiscotées du mime Louis Rouffe (1849-1885). En juin 1874, à l’Alcazar, le public décerne à ce jeune artiste de 25 ans une palme d’or et le sacre « roi des Pierrots ». En une vingtaine de créations, il donne à son personnage fétiche une dimension tragique inédite, l’effroi devenant un ressort du burlesque. Atteint de phtisie, il meurt à seulement 36 ans tout auréolé de gloire.

Émile Aldebert, Tombe de Louis Rouffe, stèle en marbre, 1886
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Émile Aldebert (1828-1924) qui sculpte la tombe en 1886 réalise un double portrait du défunt. Il le représente d’abord de façon traditionnelle, de profil en médaillon ; mais il le représente également de face, au sommet de la composition, grimé en Pierrot (bonnet et collerette) avec la devise de la pantomime : « Tout dire sans parole ». Une palme et un rameau de laurier rappellent les succès du mime.
Pour finir, il convient de signaler que la tombe accueille une autre artiste : Alida Rouffe (1874-1949), fille de Louis Rouffe, meneuse de revue, chanteuse comique et créatrice du rôle d’Honorine dans la trilogie marseillaise de Marcel Pagnol (1895-1974) Marius-Fanny-César.

mardi 2 novembre 2010

La Religion soutenant la Douleur (Pierre Travaux sculpteur)

Comme nous sommes au lendemain de la Toussaint, une escale au cimetière Saint-Pierre me paraît de saison. Je m’attarde ce matin sur la belle sépulture de la famille Barbaroux réalisée dans les années 1860 par le sculpteur bourguignon Pierre Travaux (1822-1869). Sculpteur officiel sous le Second Empire, il travaille à la décoration du Louvre de 1856 à 1859. Il est ensuite appelé à Marseille pour l’ornementation du Palais de Justice (La Sagesse et La Vigilance, façades latérales) et de la Préfecture des Bouches-du-Rhône (façade sur jardin). La Ville lui commande par ailleurs L’Isthme de Suez, une fontaine pour le parc Borély (cf. notice du 7 décembre 2009). Ces œuvres séduisent le public phocéen, motivant deux commandes privées pour le cimetière Saint-Pierre : les tombeaux des familles Reynard et Barbaroux. Pour celle-ci , il conçoit un groupe très séduisant intitulé La Religion soutenant la Douleur.

Pierre Travaux, La Religion soutenant la Douleur
Groupe pierre, vers 1862-1866
Tombe Barbaroux, cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement