lundi 28 février 2011

Lions et enfants (Ary Bitter sculpteur)

Le 25 août 1923, le sculpteur marseillais Ary Bitter (1883-1973) soumissionne pour participer au décor de l’escalier monumental de la gare Saint-Charles. Par délibération du 26 février 1924, le Conseil municipal lui concède la réalisation du premier lot de statuaire – deux groupes en marbre blanc de Lion et enfant destinés à l’esplanade de la gare – pour une rémunération de 50 000 francs. L’artiste réalise d’abord les modèles dans son atelier avant de travailler directement sur le site : les blocs de marbre équarris sont placés sur le chantier le 19 août 1925. L’inauguration solennelle s’effectue le 24 avril 1927, même si la majeure partie des travaux était achevée depuis un an.
L’iconographie présente d’abord deux lions, symboles de force. Devant le premier, un enfant déroule un phylactère portant la devise Le Soleil et la Mer. Sur le socle, au milieu des pommes de pin, se trouve une belle ancre ; si le groupe allie l’idée de la terre et de la mer, c’est cependant l’aspect maritime qui prime ici. Devant le second félin, un enfant dévoile une banderole portant la sentence Le Monde est à l’Énergie. Sur le socle, au milieu des fleurs, se trouve un serpent s’enroulant sur un bâton et formant un caducée ; l’emblème du dieu Mercure consacre le groupe au négoce. De fait, l’ensemble des deux sculptures valorise la force du commerce phocéen.

Ary Bitter, Le Soleil et la Mer, groupe en marbre, 1926
Esplanade de la gare Saint-Charles, 1er arrondissement

Ary Bitter, Le Monde est à l’Énergie, groupe en marbre, 1926
Esplanade de la gare Saint-Charles, 1er arrondissement

samedi 26 février 2011

Bernard Brandi

Brandi Bernard (?, 22 février 1947), sculpteur
Il fréquente très jeune l’École des Beaux-Arts de Marseille qu’il quitte en 1966 avec deux premier prix. Dix années plus tard, il intègre l’administration phocéenne en tant que chargé de mission à la Direction Générale de l’Architecture et des Bâtiments Communaux (services des études et des experts). Son expérience dans ce cadre lui vaut d’être nommé expert judiciaire auprès de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, dans la rubrique Bâtiments et Travaux Publics.
La Ville de Marseille, sensible à son talent artistique, lui a commandité depuis trente-cinq de nombreuses sculptures, fresques ou fontaines : Stèle Mendès-France (1985, promenade de la Plage, 8e), Monument des marins-pompiers (1989, parking de la caserne du boulevard de Strasbourg, 3e), Monument du Souvenir (1996, place Saint-Eugène, 7e), Panneau décoratif de l’École Jean Mermoz (2006, rue Jean Mermoz, 8e)… L’une de ses premières réalisations, en 1976, est la Fontaine Daviel où des poissons stylisés fusionnent leurs masses arrondies… Dommage qu’elle ne soit pas en eau comme la plupart des fontaines marseillaises !

Bernard Brandi, Fontaine Daviel, bronze, 1976
(ensemble et signature)
Place Daviel, 2e arrondissement

jeudi 24 février 2011

Les Produits de la Provence (Henri Raybaud sculpteur)

Le sculpteur Henri Raybaud (1879-?) soumissionne le 25 août 1923 afin de participer aux travaux de décoration de l’escalier monumental d’accès à la gare Saint-Charles. Fort de différents prix obtenus à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts (prix Chenavard, prix Crémont de l’Institut, logiste au concours de Rome), le sculpteur marseillais obtient par délibération du 26 février 1924 le quatrième lot de statuaire : un ensemble de six groupes symbolisant les Produits de la Provence. Une somme de 40 000 francs lui est allouée pour cette réalisation.
Le 3 mars 1925, le Conseil municipal choisit le fondeur par adjudication : « Ces motifs […] sont prévus pour être réalisés en bronze, en raison qu’étant à la portée du public ils ne sauraient résister aux dégradations malveillantes dont ils pourraient être l’objet. » C’est finalement le fondeur Alexis Rudier qui emporte le marché pour 50 000 francs. Toutefois, un dépassement de devis de 11 200 francs devra être ajouté à la somme première. Les bronzes sont mis en place pour la seconde inauguration de l’escalier monumental, le 24 avril 1927.
Les six groupes d’Henri Raybaud s’étagent sur trois niveaux ; ils se répondent donc deux à deux. Au bas de l’escalier, on trouve La Pêche et La Chasse ; au niveau médian, Les Fruits et Les Fleurs ; au niveau supérieur, La Moisson et Les Vendanges. L’ensemble est traité dans le goût rocaille (Louis XV).

Henri Raybaud, La Pêche, groupe bronze, 1927

Henri Raybaud, La Chasse, groupe bronze, 1927

Henri Raybaud, Les Fruits, groupe bronze, 1927

Henri Raybaud, Les Fleurs, groupe bronze, 1927

Henri Raybaud, La Moisson, groupe bronze, 1927

Henri Raybaud, Les Vendanges, groupe bronze, 1927
Escalier de la gare Saint-Charles, 1er arrondissement

dimanche 13 février 2011

André Barelier

Voici une nouvelle notice tirée de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur, celle d’André Barelier, dernier lauréat marseillais du grand prix de Rome avant sa suppression en 1968 :

Barelier André (Plan-de-Cuques, Bouches-du-Rhône, 25 mai 1934), sculpteur
Fils d’un ébéniste, il quitte l’école communale à 15 ans. Après deux ans d’apprentissage dans l’atelier de Louis Botinelly, il intègre l’École municipale des Beaux-Arts. À 19 ans, il entre à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts (Ensba). Ses moyens sont alors modestes ; César cependant lui cède son atelier du quartier latin pour s’agrandir du côté de Montparnasse. En 1961, il remporte le Grand Prix de Rome (La Naissance du Jour, haut-relief plâtre, Ensba). À la Villa Médicis, il se lie à Balthus, le nouveau directeur des lieux ; en 1963, il y épouse Brigitte Baumas (née en 1937), sa compagne depuis ses débuts à Marseille dont il aura deux enfants. De retour à Paris, il est nommé professeur de dessin à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts ; il y enseigne de 1968 à sa démission en 1982. Son œuvre hyperréaliste intègre motif et décor, créant des reliefs picturaux comme ses cabines téléphoniques de bronze (Grande Cabine ; Cabine plate). Le musée Cantini à Marseille conserve L’Atelier (relief bronze, 1976).

André Barelier, Hommage à César, bronze, 1989
Collection particulière

André Barelier, Le Téléphone, bronze, 1999
Faubourg de l’Arche de la Défense

mercredi 9 février 2011

Jean Bouin (Constant Roux sculpteur)

Pour compléter ma notice précédente, j’ajoute quelques mots sur le buste funéraire de Jean Bouin (1888-1914) :

Constant Roux, Jean Bouin, buste en bronze doré, 1921-1922
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Constant Roux (1865-1942) réalise le portrait de l’athlète pour surmonter sa tombe. Bien que connaissant la famille, la commande émane peut-être du comité marseillais à l’initiative du Monument Jean Bouin. En tous les cas, les deux projets sont concomitants : en effet, le buste paraît directement isolée de la statue monumentale ; quant à la fonte, il s’agit d’une cire perdue du bronzier L. Gatti qui est également le fondeur de ladite statue.

dimanche 6 février 2011

Monument Jean Bouin (Constant Roux sculpteur)

Voici la notice issue de mon prochain livre, Constant Roux (1865-1942) sculpteur à la force tranquille, consacrée au Monument Jean Bouin :


Jean Bouin au collège des athlètes
Carte postale

Athlète marseillais de petite taille (1,67 m pour 70 kg), Jean Bouin (1888-1914) remporte quatre titres consécutifs de champion de France de cross de 1909 à 1912 et gagne trois fois le Cross des Nations à Derby (de 1911 à 1913). Il améliore, en 1911, le record de France du 10 000 mètres avec un titre de champion de France à la clé et un record du monde, puis, l’année suivante, celui du 5 000 mètres avec un nouveau titre de champion de France. En 1912, il bat aussi le record du monde du 3 miles (4837 m), peu avant les Jeux Olympiques de Stockholm. L’épreuve du 5 000 mètres reste la grande course de cette olympiade : à 400 mètres de l'arrivée, Jean Bouin qui a mené toute la course accélère et tente de lâcher le Finlandais Hannes Kolehmainen, mais celui-ci le coiffe sur le fil pour 2/10 au terme d'un dernier virage d'anthologie. Un an plus tard, le 6 juillet 1913, il bat le record du monde de l'heure (19,219 Km) à Stockholm, face à trente autres concurrents dont Hannes Kolehmainen. Ce record augure d'un avenir radieux pour Jean Bouin, qui veut sa revanche sur le coureur finlandais lors des prochains Jeux Olympiques : il arrête de fumer et se livre à un entraînement intensif dans une nouvelle structure, le Collège d’Athlètes du Parc Pommery à Reims. Hélas, la Grande Guerre met un terme aux rêves de Jean Bouin. Il meurt au champ d'honneur le 29 septembre 1914 comme soldat du 163e régiment d'infanterie lors de l'attaque du Mont Sec, non loin de Saint-Mihiel, dans la Meuse.

Constant Roux, Monument Jean Bouin, statue bronze, 1922
Parvis du Stade Vélodrome, 8e arrondissement

La sculpture est commandée par le comité du Monument Jean Bouin en 1921 pour perpétuer le souvenir du champion mort sur le front. La mairie prend en charge les fondations du monument (600francs), le reste relevant du comité. L’œuvre est fondue à cire perdue par le bronzier Gatti. Finalement, le monument est inauguré le 5 juin 1922 au parc Borély. Sauvée en 1943 de la récupération des bronzes, l’œuvre est transférée après guerre dans la cour d’honneur du Stade Vélodrome.
Constant Roux qui connaissait la famille de Jean Bouin a certainement vu l’athlète courir. Il le représente dans l’action, la jambe droite portante et le bras gauche en avant. Il n’est vêtu que d’un slip évoquant la tenue d’entraînement du Collège d’Athlètes : la quasi-nudité était censée endurcir le corps dans la rigueur du climat rémois. Il tient dans chacune de ses mains serrées une poignée d’effort.

Constant Roux, Monument Jean Bouin, modèle plâtre, 1922
Réserves des musées de Marseille, 4e arrondissement

Quant au modèle en plâtre, il est offert au musée en 1924 par le comité du Monument Jean Bouin, alors présidé par le fondateur du Musée du Vieux-Marseille Marius Dubois, après avoir figuré au Salon des artistes français de 1922 (n°3681).

Constant Roux, Jean Bouin, réduction bronze (60 cm), 1922
Musée National du Sport, Paris

Enfin, la fonderie parisienne Susse frères édite en deux tailles (103 cm et 60 cm) des réductions du monument. Constant Roux en présente un exemplaire à l’Exposition coloniale de Marseille de 1922 (n°229), puis au Salon des artistes français de 1924 (n°3877).