mercredi 30 mars 2011

Importante vente d'oeuvres d'Élie-Jean Vézien

Le 9 avril prochain, l’hôtel des ventes Méditerranée (11/13 rue de Lorgues – 13008 Marseille) va disperser un ensemble important d’œuvres du sculpteur et médailleur marseillais Élie-Jean Vézien (1890-1982), grand prix de Rome de sculpture en 1921.

On y trouve des archives photos … des œuvres achevées

Élie-Jean Vézien, L’Éveil, 1924, plâtre doré, H 59 cm

Élie-Jean Vézien, Porteuse de fruits, plâtre teinté, H 74 cm

… des esquisses de sculptures

Élie-Jean Vézien, Cléopâtre et le serpent, 1948, terre cuite, L 17 cm

… des médailles et leurs moules


Élie-Jean Vézien, médaille officielle de la ville d’Arles à l’occasion de son bimillénaire,1954, bronze à patine noire, Ø 6,5 cm Élie-Jean Vézien, moule en plâtre pour une pièce de 10 francs (Travail, Famille, Patrie et profil du Maréchal Pétain au revers), 1941, Ø 10 cm

… des esquisses dessinées

Élie-Jean Vézien, Porteuse de fruits, 1940, sanguine, 38 x 24 cm


… des peintures

Élie-Jean Vézien, Le Mistral, 1950, huile sur panneau, 46 x 82 cm Palette de l'artiste


Voici une vente qu'il sera intéressant de suivre pour connaître la côte du sculpteur.

mardi 29 mars 2011

Monument à Jeanne d’Arc (Louis Botinelly sculpteur)

La semaine dernière, j’ai parlé de la Jeanne d’Arc de Louis Botinelly (1883-1962) qui se trouve dans l’église Saint-Ferréol-les-Augustins ; il me semble approprié d’aborder aujourd’hui le monument que le sculpteur consacre à la Pucelle d’Orléans. Je vous livre donc la notice que j’ai écrite à son sujet dans ma monographie Louis Botinelly, sculpteur provençal.

Louis Botinelly, Monument à Jeanne d’Arc, pierre, 1943

Parvis de l’église Saint-Vincent-de-Paul les Réformés

8, cours Franklin Roosevelt – 1er arrondissement

À partir de 1941, Botinelly travaille à un Monument à Jeanne d’Arc commandité par le clergé marseillais. Le choix de commémorer cette sainte, héroïne nationale, est emblématique de la période troublée : la France vit alors en grande partie occupée par les troupes allemandes. Le 7 septembre 1942, la Ville de Marseille participe pour 5 000 francs à l’érection du monument, estimé à 200 000 francs. La statue est inaugurée et sanctifiée le 9 mai 1943, à l’occasion des fêtes de Jeanne d’Arc, en grande pompe et dans un patriotisme obséquieux alors même que la cité vie désormais sous le joug de l’occupant.

L’iconographie se décompose en cinq scènes. D’abord, la statue de pierre, signée et datée sur la plinthe du côté gauche Louis Botinelly 1943, représente Jeanne d’Arc vêtue en bergère ; elle joint ses mains aux niveau de la taille et, le visage illuminé, écoute ses voix. Le piédestal circulaire propose ensuite quatre bas-reliefs présentant chronologiquement les épisodes majeurs de la vie de la sainte :


Louis Botinelly, Jeanne d’Arc et Charles VII, bas-relief pierre, 1943

Louis Botinelly, Sacre de Charles VII, bas-relief pierre, 1943

Louis Botinelly, Levée du siège d’Orléans, bas-relief pierre, 1943

Louis Botinelly, Martyre de Jeanne d’Arc, bas-relief pierre, 1943

Parvis de l’église Saint-Vincent-de-Paul les Réformés

8, cours Franklin Roosevelt – 1er arrondissement

lundi 21 mars 2011

Les sculptures de Saint-Ferréol les Augustins

L’église Saint-Ferréol les Augustins a été construite aux XVe-XVIe siècle ; elle est fortement remaniée en 1875 après le percement de la rue de la République. L’architecte Joseph Letz (1837-1890) lui dessine une nouvelle façade réalisée par le cimentier Désiré Michel ; une niche de cette façade abrite aujourd’hui une statue de l’Immaculée Conception sculptée par un certain Coulange. Toutefois, c’est vers 1947 que le décor sculpté intérieur est conçu.
De part et d’autre de l’accès au chœur, deux statues de Raymond Servian (1903-1954) évoquent le vocable du sanctuaire. D’un côté se situe Saint Augustin qui rappelle que la congrégation des ermites de Saint Augustin s’était installé in situ en 1367 pour bénéficier de la protection des remparts ; de l'autre se trouve Saint Ferréol qui évoque le souvenir d’une église détruite à la Révolution et dont le présent lieu cultuel avait récupéré le nom en 1803.

Raymond Servian, Saint Augustin, statue plâtre, 1947
Église Saint-Ferréol les Augustins, Quai des Belges, 1er arrondissement

Raymond Servian, Saint Ferréol, statue plâtre, 1947
Église Saint-Ferréol les Augustins, Quai des Belges, 1er arrondissement
Dans les chapelles latérales du côté droit, on découvre les figures de deux saintes récentes. Tout d’abord, c’est la Jeanne d’Arc de Louis Botinelly (1883-1962) : la Pucelle d’Orléans a été béatifiée en 1909 et canonisée en 1920 ; Botinelly reprend ici la statue principale – Jeanne entendant ses voix – de son monument dédiée à Jeanne d’Arc qui s’élève devant l’église des Réformés (1942). Ensuite, c’est la Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus d’Élie-Jean Vézien (1890-1982) : Thérèse de Lisieux a été canonisée sous ce nom en 1925 (depuis, en 1997, elle a été déclarée docteur de l’Église) ; Vézien reproduit les traits de la jeune sainte, très populaire, que l’on retrouve dans de nombreuses églises marseillaises.

Louis Botinelly, Jeanne d’Arc, statue terre cuite, vers 1947
Église Saint-Ferréol les Augustins, Quai des Belges, 1er arrondissement

Élie-Jean Vézien, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, statue pierre, vers 1947
Église Saint-Ferréol les Augustins, Quai des Belges, 1er arrondissement

jeudi 17 mars 2011

L’église Saint-Louis de Marseille (Carlo Sarrabezolles sculpteur)

Le 12 février 1935, l’abbé Pourtal, curé de Saint-Louis dans la banlieue nord de Marseille, commande une église à l’architecte Jean-Louis Sourdeau (1889-1976), moyennant 50 000 francs. Pour diminuer les coûts de construction, elle est entièrement réalisée en béton. Ce matériau facile à mettre en œuvre permet une édification rapide : le lieu de culte est effectivement inauguré le 20 octobre 1935.
Le décor monumental est confié au sculpteur toulousain Carlo Sarrabezolles (1888-1971), spécialiste de la taille directe du béton armé en prise. L’un de ses premiers chantiers en la matière fut l’église de Villemomble (Seine-Saint-Denis) en 1926 : en soixante-trois jours, il réalise vingt-huit personnages, étagés sur trois niveaux de sept mètres, perché sur un étroit échafaudage à cinquante mètres de haut.
Il est donc bien rodé à l’exercice quand se présente le chantier de Marseille. Ici, il réalise trois ensembles distincts. D’abord un Christ crucifié (6,50m x 6m) illustre la devise « L’Amour est plus fort que la Mort ». Ensuite, de part est d’autre de la figure christique se développent deux frises représentant des Anges agenouillés et en adoration (2,30m x 4m chacune). Enfin, l’Archange Gabriel (9m) en ronde-bosse domine le clocher à quarante mètre du sol ; il lève ses bras vers le ciel la couronne d’épines, relique de la passion rapportée de Terre Sainte par Saint Louis.
Depuis le 14 décembre 1989, l’église est inscrite à l’inventaire des monuments historiques.

Jean Sourdeau et Carlo Sarrabezolles, Église Saint-Louis, béton, 1935
20, chemin de St-Louis au Rove – 15e arrondissement

vendredi 11 mars 2011

Félix Chabaud sujet d’un roman policier

Jean-Marc Héry est le spécialiste du sculpteur Félix Chabaud (Venelles, 1824 – Aix-en-Provence, 1902). Il lui consacre actuellement une monographie qui paraîtra au printemps chez Mare&Martin. J’aurais alors l’occasion d’en reparler, d’autant plus que le musée d’Orsay va racheter une partie du fonds Chabaud qui se trouve à Venelles pour ses collections.

Aujourd’hui, c’est un polar historique que Jean-Marc Héry consacre au statuaire : Les fantômes de l’opéra ont perdu leurs linceuls. Plutôt que de déflorer l’intrigue, je vous invite à une conférence que donne l’auteur, le lundi 14 mars à 15h15, à l’Université du Temps libre de Vitrolles (Domaine de Fontblanche - 4, allée des Artistes - 13127 Vitrolles ; 04 42 02 46 53)… sinon, c’est à lire le livre que je vous invite.

jeudi 3 mars 2011

Atlantes (Antoine Bontoux et André Mouren sculpteurs)

Je vous livre ce matin une notice de mon amie Florence Marciano, publiée dans le petit fascicule de l’Essor consacré à l’exposition Figures en façades qui s’est tenue à la Préfecture des Bouches-du-Rhône lors des journées du patrimoine en septembre 2005 :

Antoine Bontoux et André Mouren, Atlantes, pierre, vers 1864
14 rue de Rome, 1er arrondissement

L’immeuble situé 14 rue de Rome appartient à cette période si féconde de l’embellissement du centre de Marseille. Il figure en effet dans les cadastres antérieurs et a été probablement reconstruit… ou du moins sa façade totalement refaite au goût du jour par l’insertion de deux atlantes baroques, ployés sous le poids du balcon du premier étage, dans une façade par ailleurs richement ornée. Tout d’abord, ces atlantes, très fouillés et d’une belle facture, rappellent les riches heures baroques de Marseille ; de plus, ils font face à la placette dégagée par le pan coupé de la maison du Pierre Puget, emplacement particulièrement évocateur du grand artiste. Ensuite, ils sont signés : les deux sculpteurs – Antoine Bontoux (1804-1892) et André Mouren (?-?) – sont beau-père et gendre. Ce décor peut se percevoir comme le témoignage d’une transmission de savoir-faire intergénérationnel. Antoine Bontoux est alors professeur à l’École des Beaux-Arts de Marseille depuis l’ouverture de la classe de sculpture en 1848 et il cautionne, en se nommant, la présence de son beau-fils comme collaborateur. L’œuvre marque également sa consécration d’artiste, démentant la réputation de statuaire assez médiocre qui lui colle à la peau. Il est toutefois difficile de dire qui a fait quoi dans l’ensemble du décor : l’élève a-t-il simplement servi de praticien ? ou d’ornemaniste ? ou bien a-t-il traité à part égale avec son beau-père ? Enfin, dernière particularité, les traits négroïdes des atlantes font référence à la situation géographique et commerciale de Marseille, Porte de l’Orient… et visiblement de l’Afrique noire : n’oublions pas que le général Faidherbe entreprend la conquête du Sénégal entre 1854 et 1865 !

Antoine Bontoux et André Mouren, Atlantes, pierre, vers 1864
(détails et signature)
14 rue de Rome, 1er arrondissement