dimanche 3 juin 2012

Jeanne d’Arc sculptée à Marseille 1

Les 10 et 11 avril dernier, s’est tenu à Montpellier un colloque international intitulé : Regards méridionaux sur Jeanne d’Arc. Je devais y participer mais un décès dans ma famille, survenu la veille, m’a contraint à annuler. Ceci dit, je collabore aux actes du colloques qui paraîtront à la fin de l’année. Voici donc, en avant-première et en plusieurs livraisons, mon texte à paraître :

La ville de Marseille possède ses héros et ses saints favoris dont elle multiplie à loisir les effigies sculptées. Dans le monde profane, les représentations de Pierre Puget (1)dominent ; dans la sphère sacrée, la Vierge Marie (2) remporte la majorité des suffrages. Ceci dit, Jeanne d’Arc, héroïne et sainte, connaît également un fort engouement populaire : une quinzaine de statues, dont l’essentiel se trouve à l’intérieur d’églises (3), lui est consacrée.
Pourtant, à l’origine, cette reconnaissance ne va pas de soi. En effet, avant la toute fin du XIXe siècle, aucun sculpteur marseillais n’aborde l’épopée de la Pucelle d’Orléans. Et, s’il existe bien une exception de taille, il convient de la relativiser : en 1881, le comité des Dames de France présidé par la duchesse de Chevreuse commandite à André Allar (1845-1926) (4) l’exécution d’un monument colossal – Jeanne d’Arc entend ses voix (St Michel, Ste Catherine et Ste Marguerite) – pour orner le porche de la basilique du Bois-Chenu, à proximité de Domrémy. Toutefois, le statuaire doit davantage cette commande à son ami Paul Sédille, architecte du lieu de culte, plutôt qu’à un quelconque intérêt pour la jeune bergère. Allar travaille longuement sur ce groupe : il présente ainsi le plâtre de sa Jeanne d’Arc au Salon de 1884 (n°3243) ; quant à la version en marbre, elle figure en compagnie du modèle destiné à la fonte des trois saints au Salon de 1891 (n°2227). Parallèlement, le fondeur Thiébaut édite la statue en bronze dans trois différents formats, preuve d’une ferveur grandissante au sein de la population française. Le monument est enfin inauguré le 30 mai 1894, en présence de Mgr Foucault, évêque de Saint-Dié.
André Allar, Jeanne d’Arc entend ses voix (St Michel, Ste Catherine et Ste Marguerite), carte postale
André Allar, Jeanne d’Arc entend ses voix, statuette bronze, 1er format, collection particulière
André Allar, Jeanne d’Arc entend ses voix (St Michel, Ste Catherine et Ste Marguerite), présentation contemporaine à proximité de la basilique

(1) Dans sa ville natale, l’artiste baroque compte un médaillon, deux bustes, trois statues et un monument (statue et allégories) à sa gloire.
(2) La plus célèbre sculpture de la Vierge reste Notre-Dame-de-la-Garde d’Eugène Lequesne. Au demeurant, la popularité du personnage transparaît par son omniprésence sur les façades d’immeubles. Voir Adrien Blès et Régis Bertrand, La statuaire religieuse des maisons de Marseille, Marseille, La Thune, 1998.
(3) Cette étude ne tient compte que des églises communales. Il existe cependant de nombreux lieux de culte catholique ne dépendant pas de la municipalité phocéenne ; d’autres sculptures de Jeanne d’Arc attendent sans doute qu’on les recense. Voir Jean-Robert Cain et Emmanuel Laugier, Trésors des églises de Marseille. Patrimoine cultuel communal, Ville de Marseille, 2010.
(4) Natif de Toulon, Allar se forme à l’école des beaux-arts de Marseille avant d’obtenir le grand prix de Rome en 1869. Le député Jules Charles-Roux le considère comme le chef de file de l’école marseillaise de sculpture. Voir Laurent Noet, Vie et œuvre du sculpteur André Allar (1845-1926). Catalogue raisonné, Paris, Mare & Martin, 2008.

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