dimanche 8 juillet 2012

Jeanne d’Arc sculptée à Marseille 4

Malgré cette protection, la première Guerre mondiale s’avère un effroyable désastre humain. Une partie de la population se tourne alors vers la religion, provocant un regain de foi. La canonisation de Jeanne d’Arc le 30 mai 1920, suivie par son élévation au rang de sainte patronne secondaire de la France en 1922, participe pleinement à ce renouveau catholique. Par conséquent, les banlieues ouvrières et populaires telles que Saint-Antoine, Saint-Henri, Saint-Just, La Viste ou Les Olives acquièrent leurs effigies en plâtre de la Pucelle d’Orléans, si elle n’en possédaient pas déjà une. En effet, le culte de Jeanne demeure cantonné à la périphérie du centre ville, l’église de la Trinité – La Palud constituant l’unique exception. Cela s’explique probablement par le fait que le petit peuple a payé un plus lourd tribut à la guerre que les classes aisées.
Pour autant, le statut national que la jeune sainte reçoit en 1922 change la donne. Auguste Cornu (1876-?), un sculpteur parisien installé à Cassis dans les Bouches-du-Rhône, sculpte, en 1924, une Jeanne d’Arc en marbre pour la troisième chapelle du bas côté gauche de l’église Saint-Joseph-intra-muros, paroisse d’un quartier bourgeois. La chapelle est consacrée aux morts de la guerre ; la sainte, représentée en train d’offrir son épée à Dieu, se substitue ici à une allégorie de la France ou de la Victoire. Cela répond directement au nouveau statut de Jeanne.

Auguste Cornu, Jeanne d’Arc, statue, marbre, 1924
Église Saint-Joseph-intra-muros
124, rue Paradis - 6e arrondissement

Le regain de la foi catholique dans le pays est renforcé, en 1925, par la béatification de Bernadette Soubirous et les canonisations de plusieurs religieux français tels que Jean Eudes, le curé d’Ars Jean-Marie Vianney ou Thérèse de Lisieux dite de l’Enfant Jésus. À Marseille, l’Église entreprend une vaste opération de re-christianisation du territoire. Cela se traduit par une plus grande visibilité des catholiques : par exemple, le sculpteur Paul Gonzalès (1856-1938), comparse des frères Carli lors de leurs expositions de Vierges, est président de la section d’art chrétien à l’Exposition coloniale de 1922. Treize années plus tard, l’Église triomphante organise une grande manifestation : l’exposition catholique de 1935. Parallèlement, elle se lance dans de nombreux chantiers de sculpture, chantiers somptuaires où le marbre domine, afin de peupler les chapelles et autels nouveaux.

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