vendredi 23 novembre 2012

Les fontaines du Second Empire et de la Troisième République 5

Néanmoins, l’occasion d’embellir l’espace urbain d’une œuvre majestueuse surgit enfin en 1904 lorsque le sculpteur Jean-Baptiste Hugues (1849-1930) propose à la cité phocéenne l’achat de sa Fontaine des Danaïdes avec le concours de l’État. Le maire Amable Chanot répond favorablement à cette avantageuse proposition. Mis en place sur le cours du Chapitre, le groupe est prêt pour une inauguration solennelle en décembre 1907. Malheureusement, son cofinancement implique la présence d’un membre du gouvernement ; or la municipalité se montre incapable de réunir les officiels requis. De fait, le seul grand monument public érigé par la Ville à cette époque-là est également le seul à n’avoir jamais connu de consécration !
Jean Hugues, étude pour la Fontaines des Danaïdes
Carnets Hugues, musée d’Orsay, RF 51944 - f°10v-11r

Jean-Baptiste Hugues, Les Danaïdes, esquisse en terre cuite, 1901
Musée d’Art et d’Histoire de Belfort, C 46.2.6

Devant son incapacité à ériger des fontaines monumentales, Marseille délaisse cette tâche à de généreux bienfaiteurs. Quand les félibres parisiens décident d’élever un Monument à la mémoire de Victor Gélu en 1891, le Conseil municipal leur propose la petite fontaine de la place Neuve, quartier du poète, comme emplacement avec l’espoir d’un embellissement à moindre coût. Et, en effet, l’architecte Joseph Huot (1840-1897/98) remanie et agrandit l’édicule pour y insérer un haut-relief de bronze – fondu sous l’Occupation – de Stanislas Clastrier (1857-1925).

Stanislas Clastrier, Monument Victor Gélu, haut-relief en bronze, 1891 - carte postale

Cependant, quelques riches mécènes marseillais surpassent les espérances les plus folles. En 1887, le négociant Louis Estrangin confie un projet de fontaine à l’architecte du Département Joseph Letz (1837-1890) et au sculpteur André Allar (1845-1926) pour orner la place Paradis (auj. Estrangin-Pastré) sur laquelle donnent son hôtel particulier et ses bureaux. C’est une véritable pièce d’orfèvrerie à la gloire du commerce maritime que le député Jules Charles-Roux inaugure le 30 novembre 1890.

Joseph Letz, Projet pour la fontaine Estrangin, dessin, 1887
Archives dépépartementales des Bouches-du-Rhône, 7 O 19-2 Estangin 001

André Allar, Fontaine Estrangin, pierre, 1890
Place Estrangin-Pastré, 6e arrondissement

dimanche 4 novembre 2012

Les fontaines du Second Empire et de la Troisième République 4


Et la chute de l’Empire ne change rien ! En effet, le remboursement des emprunts contractés pour les grands travaux d’urbanisme sous le régime précédant grève lourdement les budgets municipaux et hypothèque tous désirs d’ornementation publique jusqu’à la Première Guerre mondiale. De fait, la Ville ignore la nouvelle proposition de fontaine pour l’entrée de la colline Puget émanant du sculpteur Jean-Barnabé Amy (1839-1907) en 1881. Plus grave, faute d’un financement suffisant, elle doit abandonner la rénovation des vieux quartiers situés derrière le palais de la Bourse qui, du reste, a fait l’objet d’un concours national en 1906 : le nouvel hôtel de ville, les immeubles d’habitation, la place dédiée au négoce et son colossal Monument à la Navigation, au Commerce et à l’Industrie ne verront par conséquent jamais le jour, au grand dam des architectes lauréats, Henri Ébrard (1876-1941) et André Ramasso.

Jean-Barnabé Amy, Fontaine du cours Puget et groupe allégorique, dessin aquarellé sur calque, 1881
Archives municipales de Marseille, 31 Fi 60

Henri Ébrard & André Ramasso, Monument à la Navigation, au Commerce et à l’Industrie, gravure, 1906
Archives municipales de Marseille, 63 ii 4

En définitive, les rares fontaines sculptées financées par les édiles entre 1852 et 1914 possèdent une ampleur modeste. Elles revêtent essentiellement la forme de bas-reliefs plaqués contre une architecture : la Fontaine de la Joliette s’inscrit ainsi dans l’escalier de la cathédrale (Ottin sculpteur, 1859) tandis que la Fontaine Espérandieu (1870) de Jules Cavelier (1814-1894) et Lucien Chauvet (1832-?) s’appuie sur la façade de l’École des Beaux-Arts. Seule la fontaine du grand bassin du parc Borély (1864) apparaît plus imposante : au relief de Pierre Travaux (1822-1869), la France protégeant la réunion de la mer Rouge à la Méditerranée, s’ajoutent deux Griffons en ronde-bosse par Chauvet.

Fontaine de la Joliette, bois couleur, vers 1860-1865
Musée d’Histoire de Marseille, 1981.7.42

Fontaine Espérandieu, gravure, 1876
Archives municipales de Marseille, 63 ii 3

Pierre Travaux, La France protégeant la réunion de la mer Rouge à la Méditerranée, bas-relief en pierre, 1864
Parc Borély, 8e arrondissement