vendredi 13 décembre 2013

Paul Rocheil

Il y a quelques semaines, j’ai présenté deux œuvres de Paul Rocheil. Comme je n’ai pas encore publié la notice que je lui ai consacrée dans la refonte du Dictionnaires des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur, je m’exécute aujourd’hui :
 

Paul Rocheil, Francis Siffredi, bas-relief, marbre
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement 

Rocheil Paul (Marseille, 1880 – Marseille, 1962), sculpteur
Élève d’Émile Aldebert à l’École des Beaux-Arts de Marseille, il expose au Salon des Artistes Marseillais, devenu par la suite Salon des Artistes de Provence, de 1919 (Le Mineur, bas-relief) à 1928. Il fréquente au Salon des Artistes Français à partir de 1923 : Vieux fumeur (buste marbre, 1925), Douleur (statue plâtre, 1935). Il y obtient des mentions honorables en 1924 (Le Petit pêcheur et Buste de femme) et en 1933 (Sous le parvis, statue plâtre) et une médaille de bronze en 1951. Par ailleurs, il figure au Salon des Indépendants (1935-1937). Il réalise plusieurs monuments aux morts : ceux de Saint-Barnabé et de Saint-Julien à Marseille, ceux de Martigues et de Cuges-les-Pins. Il est encore l’auteur d’un projet de Monument à Frédéric Mistral (1931) dont le buste est exposé à la Societat d’Art Occitan en 1935. Enfin, il portraiture les présidents de la République Paul Doumer (buste marbre, 1932) et René Coty (buste marbre, 1953).

dimanche 1 décembre 2013

Charlemagne-Émile de Maupas (atelier Jules Cantini sculpteur)

Atelier Jules Cantini, Charlemagne-Émile de Maupas
Médaillon, marbre, linteau de cheminée, 1865
Préfecture des Bouches-du-Rhône, 6e arrondissement

Mardi 3 décembre, je participe à une journée d’étude organisée par les Archives nationales sur leur site de Pierrefitte-sur-Seine consacrée à Charlemagne-Émile de Maupas (1818-1888) dont le nom reste attaché au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte le 22 décembre 1851. Ce personnage est également le commanditaire de la préfecture des Bouches-du-Rhône.
Je vous livre le programme de la journée. Pour plus d’informations, il convient de cliquer sur le lien suivant http://calenda.org/264901

Charlemagne-Émile de Maupas,
un préfet en politique,
de la Monarchie de Juillet au Second Empire

9h00-   Accueil des participants.
9h10-   Ouverture de la journée. Agnès Magnien, directrice des Archives nationales
Présentation de la journée d’étude par Emmanuel Rousseau, directeur des fonds (Archives nationales) et Jacques-Olivier Boudon, professeur à l’université de Paris IV-Sorbonne et directeur du Centre de recherches en histoire du XIXe siècle

Matin (9h25-12h40)
9h25-   Première session : L’homme privé et public, ses réseaux
Présidence : Jacques-Olivier Boudon
9h35-   Les archives Maupas, par Éric Landgraf, Département des archives privées, Archives nationales avec la participation de Claude Vigoureux, directeur de l’action culturelle de la Ville de Meudon, et Roger d'Amécourt, arrière-petit-fils de Maupas
10h00- Les activités de Maupas à travers les fonds ministériels : un paradoxe archivistique ?, par Anne Leblay et Nicole Brondel, Département de la Justice et de l’Intérieur, Archives nationales
10h25- Capital familial et réseaux politiques de Charlemagne-Émile de Maupas, par Alexandre Niess, chercheur associé aux universités d'Orléans et de Reims
10h50- Discussion. Débat

11h00- Deuxième session : L’ascension de Maupas : de la préfecture au coup d’État
Présidence : Jean-Claude Yon, professeur à l’université de Versailles–Saint-Quentin-en-Yvelines
11h10- Table ronde - Maupas et le métier de préfet, par Jean-Pierre Defrance, chef du département de la formation au ministère de la Culture, Pierre Karila-Cohen, maître de conférences à l’université de Rennes II et à l’Institut universitaire de France, avec les témoignages de Marc-René Bayle, préfet, inspecteur général de l’administration en service extraordinaire, docteur en histoire, et de Pierre-André Peyvel, préfet honoraire, agrégé et docteur en histoire
12h00- Maupas et le policier du 2 Décembre, par Claude Vigoureux, directeur de l’action culturelle de la ville de Meudon et docteur en histoire de l’École pratique des hautes études
12h30- Débat
12h40- Pause déjeuner

Après midi (14h15-17h00)
14h15- Troisième session : Une carrière sous le Second Empire
Présidence : Pierre-André Peyvel préfet honoraire, agrégé et docteur en histoire
14h25- Le ministère de la Police générale, par Arnaud Houte maître de conférences à l’université de Paris-Sorbonne
14h50- Maupas diplomate : l'intermède napolitain (juin 1853-mars 1854), Frantz Laurent, professeur d’histoire-géographie au lycée Georges-Dumézil de Vernon et doctorant à l’université de Paris-Sorbonne
15h15- Le grand œuvre architectural de Maupas : la préfecture des Bouches-du-Rhône, par Laurent Noet, docteur en histoire de l'art
15h40- Débat
15h55- Maupas et la surveillance des théâtres, par Jean-Claude Yon, professeur à l’université de Versailles–Saint-Quentin-en-Yvelines
15h20- Le sénateur : activité parlementaire, rôle, contribution à la vie parlementaire, par Éric Anceau, maître de conférences à l’université de Paris-Sorbonne et à Science-Po (Paris)
16h45- Conclusion et débat, par Isabelle Aristide, responsable du Département des archives privées, Jacques Olivier Boudon et Éric Anceau

jeudi 21 novembre 2013

Publication

Les Éditions du Cerf ont publié, le 18 novembre dernier, un ouvrage collectif coordonné par David Hamidović – La rumeur Salomé – auquel j’ai collaboré. Je vous livre la couverture et le sommaire du livre.

 
David Hamidović. – La rumeur, un concept pour penser l'histoire du temps long. L'exemple Salomé
9

Charlotte Touati. – Salomé-Hérodiade, aux sources du mythe
21

Benjamin Bertho. – « Belle récompense que le sang pour le beau travail qu'est une danse ! » Le banquet d'Hérode et la danse de Salomé dans la littérature chrétienne ancienne (III-IVe siècle apr. J.-C.)
43

Cécile Voyer. – Le corps du péché. La représentation de Salomé au Moyen Âge
69

Thomas Golsenne. – Le triple jeu de Salomé à la Renaissance
101

Nadia Belkheir. – La figure de Salomé chez Flaubert
125

Céline Eidenbenz. – Salomé, une « déesse de l'immortelle Hystérie » au temps du symbolisme
137

Denis Huneau. – L'« Hérodiade » de Jules Massenet : une tradition revisitée
159

Pascal Terrien. – La « Salomé » de Richard Strauss : de la femme fatale à la femme moderne
177

Pascal Terrien. – « Salomé » de Mariotte, entre romantisme et symbolisme musical. Un opéra inabouti
193

Denis Huneau. – La danse de Salomé élargie aux dimensions d'une œuvre. L'exemple de « La Tragédie de Salomé » de Florent Schmitt
223

Laurent Noet. – Le mythe de Salomé dans la sculpture de la IIIe République
245

Valérie Billaudeau. – Les figures de Salomé au cinéma
257

Mathieu Messager. – Salomé ou la mise au silence du langage chez Pascal Quignard
275



La parution, initialement prévue pour 2011, a pris beaucoup de retard. J’avais, de fait, déjà eu l’occasion de donner un extrait de mon texte à propos de la Salomé d’Édouard Pépin (cf. article du 8 mai 2010).

Édouard Pépin, Salomé, bronze, 1887
Place des Baumettes, 9e arrondissement

lundi 11 novembre 2013

Quelques tombes de soldats de 14-18

La semaine dernière, le président Hollande a lancé les commémorations du centenaire de la Grande Guerre. J’ai donc décidé, pour ce 11 novembre, de vous présenter quelques tombes sculptées de soldats de 14-18 du cimetière Saint-Pierre (10e arrondissement).
Jean Bouin, athlète de renom et soldat du 163e régiment d’infanterie tué au champ d’honneur le 29 septembre 1914 lors de l’attaque du Mont Sec, près de Saint-Mihiel dans la Meuse (portrait, Constant Roux sculpteur).

Louis Henry, maréchal des logis de 24 ans tombé au champ d’honneur le 22 septembre 1915 à Souain dans la Marne (Douleur, Louis Botinelly sculpteur).
  
Étienne Cotte, sergent du 111e régiment d’infanterie mort pour la France le 25 septembre 1915 à 28 ans (portrait, Paul Rocheil sculpteur).

Francis Siffredi, tombé à Sedd-ul-Bahr en Turquie, 1894-1915 (portrait, Paul Rocheil sculpteur).
  
Sous-lieutenant Mourgue d’Algue, mort au Bois des Chevaliers le 22 mai 1916 (croix & drapeau, sculpteur inconnu).

 

Raoul Portal, brigadier du 62e régiment d’artillerie tué à la tête de ces caissons en franchissant en franchissant le tir de barrage le 15 juillet 1918 à l’âge de 21 ans. (statue équestre & bas-relief, sculpteur inconnu).


Mais aussi :
Tombe Puppi (Antoine Sartorio sculpteur)

Tombe Cère (Honnoré sculpteur)

Tombe Gauthier (Louis Botinelly sculpteur)

mardi 5 novembre 2013

Sainte Fortunée, vierge et martyre (Louis Botinelly sculpteur)

L’église Saint-Louis de Marseille, construite par l’architecte Jean-Louis Sourdeau (1889-1976), est célèbre pour son décor sculpté extérieur en béton armé, œuvre de Carlo Sarrabezzoles (1888-1971). Toutefois, l’intérieur abrite également un bas-relief en marbre de Carrare de grande qualité dû au ciseau de Louis Botinelly (1883-1962).
L’iconographie représente Sainte Fortunée, vierge et martyre. Il s’agit-là de la sainte patronne de la mère de madame Roche, la donatrice du terrain sur lequel le lieu de culte a été bâti. L’œuvre est donc une commande privée indépendante du reste de l’édifice. C’est sans aucun doute la bienfaitrice qui a imposé l’artiste, fort apprécié de la bourgeoisie et du clergé marseillais.
Botinelly inscrit son motif dans un cadre en forme de tau inversé (┴), jouant sur deux lignes de forces, une verticale et une horizontale. L’esquisse en plâtre montre un traitement plus Art déco qui sera gommé dans la sculpture définitive : la verticalité est surlignée de part et d’autre par des décrochements décroissants. Le relief final s’épure pour revenir à l’essentiel : le personnage féminin, longiligne dans son drapé et tenant la palme du martyre, s’oppose à la rondeurs et aux courbes du lion endormi à ses pieds. La taille du marbre, d’un lissage extrême, se détache sur un fond mosaïqué d’or comme si la sainte baignait dans la lumière divine.


Louis Botinelly, Sainte Fortunée, esquisse plâtre, vers 1935
Collection personnelle

 Louis Botinelly, Sainte Fortunée, marbre et mosaïque, 1935
Photographie ancienne

 Louis Botinelly, Sainte Fortunée, marbre et mosaïque, 1935
Église Saint-Louis, chemin de Saint-Louis au Rove, 15e arrondissement

lundi 21 octobre 2013

Monument aux Volontaires français et alliés (Luigi Betti sculpteur)

Outre des tombes, le cimetière Saint-Pierre accueille plusieurs monuments commémoratifs. Ceux consacrés aux guerres mondiales font actuellement l’objet de rénovation, sans doute dans l’optique des célébrations du centenaire de 14-18. Parmi ces monuments, il s’en trouve un particulièrement expressif : c’est le poilu du Monument aux volontaires français et alliés dû au sculpteur italien Luigi Betti (Chuisi, 1879 – Rome, 1941).
Luigi Betti se forme à l’Institut des Beaux-Arts de Rome. Au début du XXe siècle, il s’installe à Paris. Il expose au Salon de la Société des artistes français à partir de 1909, date à laquelle il obtient une mention honorable pour une statue en plâtre de Cicéron (n°3004). Il fréquente le Salon jusqu’en 1922, année où il présente le modèle en plâtre de son Monument aux Volontaires français et alliés qui sera érigé à Marseille (n°3053). La sculpture montre un soldat avec tout son attirail (sac à dos, fusil, gourde, casque…) en train de dégoupiller la grenade qu’il s’apprête à lancer ; entre ses jambes, la palme du martyre rend hommage aux morts au champ d’honneur. L’œuvre commandée par l’Union des volontaires français et alliés de la guerre, est ensuite fondue en bronze et érigée dans l’enceinte du cimetière Saint-Pierre. L’inauguration a lieu tardivement, le 7 octobre 1925.


Luigi Betti, Monument aux Volontaires français et alliés, statue en bronze
(ensemble, statue et signature)
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

dimanche 13 octobre 2013

Tombeau de la famille F. Charavel (Alix Marquet sculpteur)

Parmi les tombeau les plus impressionnants du cimetière Saint-Pierre se trouve celui de la famille Charavel. Frédéric Charavel – très certainement apparenté au peintre marseillais Paul Charavel (1877-1961) – le fait ériger à la mémoire de son épouse décédée en mai 1909.
Le décor en bronze, daté de 1913, est l’œuvre du sculpteur nivernais Alix Marquet (1875-1939). Ses dates en font le strict contemporain de Paul Charavel ; peut-être est-ce lui qui sert d’intermédiaire pour cette unique commande phocéenne de Marquet.


Tombeau de la famille F. Charavel
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Le statuaire réalise un groupe pour couronner le tombeau : un ange désigne le ciel à une jeune âme défunte. À l’arrière du monument, il insère un médaillon de bronze – Le Silence – dans une fenêtre. L’artiste reprend ici une œuvre qu’il a réalisée pour la tombe de Marguerite Carrière (1889-1908), au cimetière du Père-Lachaise à Paris ; il déclinera d’ailleurs ce même motif en buste et l’exposera au Salon des artistes français de 1921.

Alix Marquet, Tombeau Charavel
Le groupe et le médaillon, bronze, 1913
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

dimanche 29 septembre 2013

Nina (Patrick Chaland sculpteur)

J’ai rencontré Patrick Chaland pour la première fois en 2005. Il était chirurgien et venait d’acheter la maison de Louis Botinelly.
Depuis, une mauvaise chute lui interdit la pratique de son art ; il se tourne alors vers un autre art, la sculpture. Talentueux, il devient sculpteur professionnel en quelques années seulement : il est inscrit à l’URSSAF en qualité de sculpteur depuis janvier 2011.
Cette année, Patrick Chaland a sans doute franchi un nouveau cap : celui de son premier monument public. Au printemps 2013, il expose dans le cadre de « L’art dans le parc » à la Villa Bagatelle (la mairie des 6e et 8e arrondissements). Son Cerbère – un bouledogue à deux têtes – connaît un succès immédiat : les enfants adorent lui grimper dessus tandis que leurs parents immortalisent l’instant, en faisant l’œuvre la plus photographiée de l’exposition.
 

Patrick Chaland, Cerbère, statue
Villa Bagatelle, 8e arrondissement, mai 2013

Dans le même temps, Patrick Chaland s’attèle à un second bouledogue – prénommé Nina – beaucoup plus monumental (deux mètres de haut). Le charmant toutou, fondu l’hiver dernier en aluminium poli par la fonderie grecque Gavala, est installé en avril 2013 devant la clinique vétérinaire Massilia, au 121 avenue de Saint-Julien. Nina accueille désormais les animaux malades tout en regardant placidement passer les voitures.


Patrick Chaland, Nina, statue en aluminium poli
(ensemble et signature du fondeur / monogramme de l’artiste)
Clinique vétérinaire Massilia, 121 av. de Saint-Julien, 12e arrondissement

PS. Blog de Patrick Chaland : sculptchaland.canalblog.com

samedi 21 septembre 2013

Projet d’arc de triomphe pour le plateau Longchamp (Jean Danjoy architecte)

Marseille souhaite célébrer l’arrivée des eaux de la Durance au plateau Longchamp par un édifice remarquable. Toutefois, lors de la pose de la première pierre, le 16 novembre 1839, il n’y a encore ni architecte ni budget. Lorsque le projet est sérieusement repris, à partir de 1854, la Ville se tourne vers les milieux parisiens. Franz Mayor de Montricher (1810-1858), l’ingénieur du Canal de Marseille, est chargé de recruter un architecte et de recueillir tous les avis autorisés. Il choisit Jean Danjoy (1806-1862), architecte diocésain de Coutances et de Bordeaux et futur architecte du château Pastré à Marseille.
Entre 1854 et 1855, Danjoy réalise plusieurs projets d’arc de triomphe. Il imagine d’abord un arc de triomphe à trois baies couronné par une allégorie de Marseille avec bassins en cascade et jets d’eau. Puis, il s’oriente dans une autre direction : sous un arc en fer à cheval, cinq allégories trône sur une barque tirée par des chevaux marins ; deux figures assises flanquent les piédroits ; la clé de l’arc est le masque de l’allégorie de Marseille ; le couronnement montre une guirlande et une coquille saint-jaques faite d’épis de blé ainsi que des oiseaux. Le projet définitif, présenté au Conseil municipal à l’été 1855, découle du projet n°2 et est conservé aux Archives municipales (78 Fi 263).
 

Jean Danjoy, Projet n°1 d’arc de triomphe pour le plateau Longchamp
Dessin à la gouache et à l’aquarelle, 53 x 81 cm, 1854-1855
Collection personnelle

 Jean Danjoy, Projet n°2 d’arc de triomphe pour le plateau Longchamp
Dessin à la gouache et à l’aquarelle, 53 x 81 cm, 1855
Collection personnelle
  

Jean Danjoy & Nicolle, Projet d’arc de triomphe pour le plateau Longchamp
Dessin à la gouache et à l’aquarelle, 53 x 81 cm, 1855
Archives municipales de Marseille, 78 Fi 263
 
À partir de 1856, la Ville demande également à Danjoy un projet de cascade qui aurait dû se trouver à l’emplacement actuel du palais Longchamp. Cependant, la cité phocéenne ne peut passer à la réalisation, trop coûteuse en raison du creusement des pentes et des modifications de l’urbanisme qu’elle entraîne. Les deux projets sont donc ajournés sine die et une indemnité de 4000 francs est allouée à l’architecte en juillet 1857.

jeudi 15 août 2013

Alexandre Renaud

Voici une nouvelle notice – remaniée – de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur. En visitant le Mucem, je suis tombé sur une maquette du sculpteur Alexandre Renaud : c’est donc l’occasion de le présenter.

Renaud Alexandre Charles (Spoix, Côte d’Or, 1756 – Pensing, Autriche, 1815), sculpteur
Lauréat en 1776 du Grand Prix institué en 1775 par les États de Bourgogne, il effectue un séjour à Rome de 1777 à 1781. Membre de l’Académie de Florence en 1784, il se fixe cette année-là à Marseille et y demeure jusqu’en 1806. En 1787, il est nommé professeur à Académie de Peinture et de Sculpture phocéenne. Révolutionnaire, membre du club des Jacobins, il se montre très engagé dans ses actes et dans ses œuvres. Dans la nuit du 29 au 30 avril 1790, il fait partie des cinquante Marseillais qui prennent d’assaut la citadelle de Notre-Dame de la Garde. En 1790 toujours, il propose d’ornementer la rocaille de la fontaine dédiée au prince de Beauvau, gouverneur de Provence, et érigée sur les allées de Meilhan (auj. allées Gambetta & Canebière) à Marseille ; il imagine le Triomphe de la nouvelle législation qui aurait comporté cinq allégories. Il récidive en 1792 avec un projet de Jugement dernier des rois dans lequel Minerve écrase le Despotisme et l’Aristocratie tandis que l’Océan, la Méditerranée, le Rhône et la Durance jettent leurs eaux dans le bassin. En septembre de la même année, il projette de remanier l’écusson de Puget à l’hôtel de ville. En janvier 1795, après concours, il reçoit commande pour ledit hôtel de ville d’une cheminée destinée à remplacer celle de Puget détruite le 30 janvier 1794 en représailles au mouvement fédéraliste ; l’iconographie illustre le Triomphe de la République sur le fédéralisme. La cheminée est mise en place le 6 avril 1797. On trouve ses œuvres dans plusieurs musées : à Aix-en-Provence (La Mort de Socrate, bas-relief cire, vers 1790), à Bordeaux (Le Triomphe de la République, relief plâtre, 1796), à Marseille (maquette de la cheminée de l’hôtel de ville de Marseille – musée des Beaux-Arts).

Alexandre Renaud, Allégorie du serment civique, Constitution de l’an II
Maquette en plâtre de la cheminée de l’hôtel de ville de Marseille, 1794
Musée des Beaux-Arts de Marseille

samedi 27 juillet 2013

La Pitié Suprême (Stanislas Clastrier sculpteur)

À l’approche du centenaire de la guerre 14-18, je m’intéresse aux nombreux monuments commémoratifs qui ont été érigés à Marseille. L’un d’entre eux suscite particulièrement ma curiosité car, jusqu’à présent, je ne l’ai pas retrouvé. Voici son histoire :
Le 24 août 1916, le président du comité La Pitié Suprême écrit au maire de Marseille Eugène Pierre (1864-1937) pour lui demander l’autorisation d’élever à ses frais un monument au cimetière Saint-Pierre, sur le terrain militaire. Il souhaite l’élever à la mémoire des soldats et marins morts pour la Patrie dans les hôpitaux de Marseille. Le maire lui accorde très volontiers son autorisation.
Le comité confie la conception du monument au sculpteur Stanislas Clastrier (1857-1925) tandis que l’architecte en chef de la Ville Léonce Muller (1859-1935) se charge de la partie architecturale. L’artiste modèle une Gloire aux ailes déployées tendant une couronne de lauriers à un soldat blessé. C’est Marius Malan (1872-1940), sans doute praticien de Clastrier, qui met l'œuvre en place au cimetière avec le concours de Muller. Enfin, le monument est inauguré très solennellement le 24 juin 1917 : les membres de vingt-cinq sociétés militaires et œuvres de guerre défilent devant la sculpture pour honorer les héros.

Stanislas Clastrier, La Pitié Suprême, pierre, 1917
Carte postale

Xavier Maunier, La Pitié Suprême, poème
Le Petit Marseillais, 24 juin 1917, p.1

La Pitié Suprême est très certainement le premier monument commémoratif marseillais de la Guerre 14-18. Hélas ! il semble qu’il ne se trouve plus aujourd’hui dans l’enceinte du cimetière Saint-Pierre. A-t-il été détruit ? A-t-il été déplacé ? Si oui, dans un autre cimetière communal ? Si quelqu’un possède des informations à son sujets, sachez que je suis preneur !

vendredi 12 juillet 2013

Notice des oeuvres et récompenses de M. H. Ferrat

Il est rare de tomber sur un récapitulatif d’œuvres de la main même d’un artiste. Il s’agit toujours d’un document précieux permettant de cerner au mieux sa carrière.
Dernièrement, en dépouillant des liasses aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône, j’ai découvert par hasard un document manuscrit intitulé Notice des œuvres et des récompenses de M. H. Ferrat. En 1876, le sculpteur aixois Hippolyte Ferrat (1822-1882) soumissionne pour la réalisation de sa statue de Saint Trophime qui doit remplacer celle décapitée en 1870 sur la façade de la préfecture des Bouches-du-Rhône. Pour appuyer sa candidature, il joint donc la notice susnommée. Rédigée six années avant la mort du statuaire, elle résume les grandes lignes de sa carrière. On y retrouve, entre autres, tous ses travaux pour Marseille : La Condamnation et L’Acquittement pour le Palais de Justice (1862), Les Quatre continents (cariatides) ainsi que Le Commerce et la Navigation (fronton) pour l’hôtel du Louvre et de la Paix (1863), Les Génies de Puget, de Forbin et de Constantin au Palais Longchamp (1867), Le Génie des Sciences et des Arts à l’École des Beaux-Arts – Bibliothèque (1868).

 
AD13 4N52 - notices des oeuvres & récompenses d'Hippolyte Ferrat

jeudi 13 juin 2013

Funny zoo

Jamais la cité phocéenne n’a compté en son sein autant de sculptures ! Depuis l’ouverture de Marseille-Provence capitale européenne de la culture, cet art a littéralement envahi l’espace urbain. Je n’aurai pas le temps d’évoquer l’ensemble de ces manifestations éphémères. Toutefois, je souhaite au moins parler de ma préférée : le funny zoo.
Moi qui ai assisté enfant aux derniers feux du zoo, j’adore l’idée de restituer sa fonction initiale au jardin zoologique de Longchamp. J’aime l’abondance des animaux en plastique de couleurs vives et de grandeur naturelle qui réinvestissent les cages et les pelouses. J’apprécie beaucoup les fiches signalétiques de chaque pensionnaire, comme s’il était réel… avec des incongruités plaisantes comme le dinosaure ! Bref ! C’est ludique et réussi !

 Les bassins de Lomgchamp

 La cascade

Le pavillon des girafes

 La grande singerie et la volière

 Le zèbre rose

Les zébus

Les pingouins et l'ours polaire

Le pavillon des éléphants

 Les fauves

 Lionne et lionceau

 Crocodiles et tortues

L'utahraptor

jeudi 30 mai 2013

Conférence

Demain, débutent à la salle d’exposition du Parc du 26e Centenaire les traditionnelles Journées Culturelles de Printemps du Comité Inter Quartier Castellane Cantini Prado. Le thème de cette année est « histoire d’eaux ».
C’est dans ce cadre que, dimanche 2 juin, à 15heures, je donnerai une conférence intitulée « 200 ans de fontaines à Marseille, 1800-2000 ». Mon intervention fera écho l’exposition permanente « Les architectures de l’eau à Marseille du XVIIIe siècle à nos jours ». Il s’agit en fait de la présentation de documents prêtés par les Archives départementales des Bouches-du-Rhône relatifs à l’exposition que j’avais organisée l’année dernière.

vendredi 17 mai 2013

Colonnes et obélisques 4 et fin

On le voit, le néoclassicisme et les références romaines dominent la création monumentale marseillaise entre 1770 et 1830. Par la suite, le motif de l’obélisque disparaît tandis que la colonne – elle – se raréfie. Cependant, parmi les rares exemples tardifs de colonnes, se trouvent deux chefs-d’œuvre.

Esprit Latour, Abords de la chapelle de N-D de la Garde, projet, 1864
Archives départementales des Bouches-du-Rhône 7 O 20 59-6

Henry Espérandieu & Eugène Guillaume
Colonne de l’Immaculée Conception, 1857
Angle des bd Voltaire et de la Liberté, 1er arrondissement

Le premier glorifie l’Immaculée Conception. C’est le 8 décembre 1854, le pape Pie IX promulgue ce dogme. Dans la foulée, la Ville, sous l’impulsion de Mgr de Mazenod, commande un monument célébrant la nouvelle croyance à l’architecte Henry Espérandieu (1829-1874) – malgré les difficultés qu’engendre son appartenance au culte protestant – et au sculpteur Eugène Guillaume (1822-1905).
Afin que la Vierge dorée devienne un signal urbain bien visible, Espérandieu accentue la verticalité de son monument par rapport au premier projet soumis. Il rehausse sa colonne d’un haut piédestal, l’ensemble culminant à 9 mètres. Par ailleurs, la colonne n’est plus ici un simple support ou faire-valoir ; elle participe pleinement au message. Ainsi le chapiteau, habité comme dans l’art médiéval, présente-t-il des anges. Le fût, pour sa part, est incisé de symboles virginaux : monogramme marial dans des mandorles, lys et roses, étoiles. Ces décors sont dorés ou peint en bleu, ce qui en faisait – avant que les couleurs ne s’efface – le 1er monument polychrome de Marseille.
Le choix du site a fait longtemps débat. Le maire préférait les abords cossus de N-D de la Garde ; l’évêque, toutefois, réussit à imposer un terrain privé au bout du bd d’Athènes, dans un quartier populaire à rechristianiser. La colonne de l’Immaculée Conception y est inaugurée le 8 décembre 1857. Toutefois, elle doit déménager en 1922 pour céder sa place à l’escalier de la gare Saint-Charles en construction ; elle se trouve aujourd’hui à l’angle des bd Voltaire et de la Liberté.

Monument à Lamartine, carte postale

Je passe rapidement sur le modeste Monument à Lamartine, érigé en 1891 sur le plateau Longchamp et qui se trouve aujourd’hui orphelin de son buste fondu pendant l’Occupation.

Anonyme, La fontaine Cantini en chantier, photographie, 1911
Musée d’histoire de Marseille 2004-6-11-001

Inauguration de la fontaine Cantini
Carte postale, 12 novembre 1911

L’ultime monument à utiliser une colonne est la Fontaine Cantini. Le marbrier Jules Cantini (1826-1916) offre à sa ville natale une fontaine colossale, due au ciseau du sculpteur André Allar (1845-1926), qu’il édifie sur la place Castellane, l’ancien emplacement de l’obélisque. Ses dimensions sont impressionnantes, atteignant une hauteur totale de 31,5 mètres répartis de la sorte : piédestal (9m), fût (13,7m), chapiteau (1,5m), socle (1,3m) et allégorie de Marseille (6m). L’œuvre engloutit 1616 tonnes de marbre de Carrare : cette débauche magnifie le matériau qui a fait la fortune du marbrier.
La fontaine, inaugurée le 12 novembre 1911, constitue le jalon central du grand axe urbain nord-sud, partant de l’arc de la porte d’Aix et aboutissant à l’obélisque de Mazargues.
Après cette apothéose impossible à surpasser, les monuments publics du XXe siècle et du début du XXIe siècle explorent – me semble-t-il – d’autres voies que la monumentalité et la verticalité. Pour moi, les édicules commémoratifs reviennent à une échelle plus humaine ; quant aux fontaines, elles se développent de nos jours essentiellement à l’horizontale.